Préambule

Deux hommes ont probablement jeté, à des périodes différentes de notre histoire, dans des aires géographiques très éloignées, les bases d’une des formes d’agriculture de demain.

Si les humains étaient sages, s’ils n’étaient pas aussi corrompus par la monnaie, aussi avides de pouvoir, cette agriculture prédominerait sur Terre. Dès lors, les mots ‘malnutrition’, ‘famine’, ‘carences’ disparaîtraient de notre vocabulaire.

Comme nous ne verrons par la suite, les freins au développement d’une telle forme d’agriculture relèvent plus de la politique que de l’éthique : en effet ce mode de production agricole et la philosophie qui le sous-tends, représentent un danger pour l’économie de marché, puisqu’il est basé sur le principe d’échanges à court terme, de réciprocité et d’entraide. Alors que les multinationales de l’industrie agro-alimentaire cherchent à réduire les peuples en esclavage, le jardinage naturel libère chaque homme, chaque femme, de toute contrainte mercantile où qu’il ou elle se trouve de par le vaste monde.

Rudolf Steiner

A début du siècle dernier, Rudolph Steiner (né en Croatie en 1861, mort près de Bâle en 1925), connu alors pour être le fondateur de la Société Antroposophique, imagine, à l’occasion d’une série de conférences intitulées : « Cours aux agriculteurs« , ce que peuvent être les différents mécanismes cosmiques qui régissent la nature.
Il invente par la suite un certain nombre de pratiques, qui permettent à l’agriculteur de mettre son domaine en harmonie avec le cosmos, de nourir la terre, et d’éviter aux plantes maladies et parasites inutiles.

Masanobu Fukuoka

Plus proche de nous dans le temps, Masanobu Fukuoka (né le 2 février 1913 et mort le 16 août 2008 ) a vécu au Japon, où il était considéré comme un patrimoine vivant. Il a mis au point une méthode qu’il a présenté dans son livre « La révolution d’un seul brin de paille« . Il prônait, entre autres, le « non-travail du sol », mais sa manière de cultiver est plus une philosophie qu’il faut envisage de manière globale, comprendre la ferme dans son environnement, et la cultiver de façon systémique.
Certains ont imaginé, d’après ces révélations, ce qu’ils appellent la « Permaculture », un façon de cultiver la terre qui est devenue très à la mode, mais qui, bien trop souvent, se réduit à des recettes techniques qui ne sont qu’une infime partie des enseignement de Masanobu Fukuoka, et qui, sans leur fondement spirituel sont totalement dénuées de sens et de réelle efficacité.

En effet, si l’on y regarde de plus près, et si l’on cherche à comprendre le sens réel de ces deux enseignements, ces méthodes d’agriculture ne sont pas uniquement des techniques de travail, mais également de véritables philosophies, imaginées par deux hommes qui avant tout étaient des techniciens érudits.

Certains rétorqueront que c’est en rien étonnant avec Rudolph Steiner qui était un mystique. Masanobu Fukuoka a longtemps été considéré comme un loufoque et un fainéant, avant que, après trente ans, on s’intéresse à sa vison des choses. Mais ces philosophies n’ont rien de théologique. Il s’agit plutôt d’une connaissance tellement fine de la nature, d’une communion si intime avec elle, qu’il devient alors possible de retrouver les automatismes que nous croyions être ceux des hommes sages. Dans leur recherche, le moine, le lama, ont fait un chemin parallèle ; le jardinier en quête de sa vérité découvrira un jour la lumière et une sorte d’extase, à la manière de ces religieux. Non qu’il se soit rapproché d’un quelconque « Dieu » (à supposer qu’il en existe seulement un), mais parce qu’il aura pris conscience de lui-même et de la place qu’il tient dans l’Univers.

Il est donc préférable de parler de philosophie, plutôt que de technique. Les pratiques utilisées ne fonctionneraient pas si l’esprit n’y était pas. En revanche, si l’esprit y est, le besoin de recourir à ces pratiques devient de moins en moins important.

Dans les temps anciens, beaucoup de ces savoirs étaient appliqués, aussi bien dans l’antiquité gréco-romaine que chez les peuples indiens ou sud américains. Les religions et l’Inquisition sont passés par là, on a brulé les sorciers, on a massacré les indigènes, et on a volontairement fait disparaître ces savoir antiques au nom du progrès de l’humanité.
Puis, au cours des siècles, la majeure partie de ces connaissances s’est perdue, car il s’agissait d’influences discrètes et subtiles.

La règle, dans cette façon de cultiver, est de ne pas vouloir domestiquer la nature, mais de composer avec elle. De ne pas chercher à produire (une richesse), mais de vouloir nourrir.
De recherche en tout l’équilibre, en veillant à ne pas intervenir maladroitement sur un système, qu risque de compromettre tout l’ensemble. Il convient, pour chaque geste, de comprendre quelles peuvent en être les conséquences. Il est important, chaque fois que l’on modifie l’état d’un milieu naturel, de réfléchir à ce qui peut en découler par la suite.

L’objectif de cette façon de cultiver la terre n’est pas de produire des légumes dits « biologiques », sans pesticides : il s’agit d’obtenir des aliments sains, équilibrés (non carencés) et riches énergétiquement.

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L’approche de Rudolf Steiner

Le philosophe et scientifique allemand a répondu à l’attente des agrobiologistes de son époque, en réfléchissant sur des règles qui devaient leur permettre de travailler, tout en respectant la terre qui leur était confiée, et de créer des espaces voués à la production de nourriture saine, qui bénéficierait au maximum des différentes énergies potentielles des plantes.

Rudolf Steiner

Visionnaire – n’avait-il pas annoncé, au début du siècle, que si l’on donnait à consommer de la viande à un bovin, le système digestif de ces herbivores sécréterait des substances, aujourd’hui nommées Prions, néfastes à l’homme… ? – il livra, au cours d’un cycle de conférences un certain nombre de règles à respecter, ainsi que des recettes, favorisant la relation entre les plantes et le cosmos, et leur permettant de bénéficier au maximum de toutes les énergies, et par voie de conséquence, de les restituer à l’homme.

L’ensemble de ce qu’il délivra, après avoir été adopté par de nombreux agrobiologistes, détermina les travaux de Maria Thun : elle dirige inlassablement, en Suisse, des recherches sur les effets de la biodynamie, prouve la réelle action des pratiques. Visibles notamment grâce à la cristallisation sensible. Son calendrier des travaux est suivi par tous les agriculteurs en biodynamie, ainsi que de nombreux jardiniers, (qui, toutefois, l’emploient souvent sans en connaître toutes les possibilités…) avec des résultats plus que probants.

Les légumes, les fruits, les céréales, mais aussi les animaux qui sont issus de l’agriculture biodynamique ne sont pas seulement plus sains parce qu’ils ne contiennent aucun résidu de pesticides, mais ils sont aussi meilleurs, car à tout moment de leur élaboration, le paysan aura pris soin qu’ils bénéficient des forces positives du cosmos, dont ils sont issus, et de l’ensemble des forces magnétiques et telluriques.

A long terme, ces méthodes permettent aussi un travail moins contraignant, car la terre, cesse d’être considéré – à tort – comme un support inerte ; elle est reconnue comme un lieu vivant, de plus en plus aisé à travailler, et de plus en plus productif. Enfin, et ce n’est pas négligeable ! dans ce milieu équilibré où les plantes bénéficient de toute leur énergie, les maladies et les ravageurs se font de plus en plus discrets.

L’approche biodynamique, permet de mieux sentir les différents mécanismes qui gèrent la nature. Elle aide à prévenir plutôt que guérir, et le néophyte trouvera facilement une ressemblance avec l’homéopathie. A juste titre … !

Mina Hofstetter

Rudolf Steiner expose en 1924 la théorie de l’agriculture biodynamique, en réaction à l’industrialisation galopante.

Mina Hofstetter

Mina Hofstetter est la première de toute une lignée de pionniers suisses qui ont consacré leur vie à l’agriculture écologique. Elle étudie la théorie de Steiner, réalise des expériences non conventionnelles dans son jardin et expose ses conclusions dans des livres et des conférences. Elle donne à Ebmatingen (ZH) des cours de jardinage et d’agriculture biologique à partir de 1928 et fonde en 1936 un centre de formation à l’agriculture biologique.

Rosa et Konrad Oswald sont les premiers à convertir, dès 1930, leur exploitation de Klarsreuti (TG) à l’agriculture biodynamique.

Rosa et Konrad Oswald

Hans Peter Rusch

Médecin autrichien, Hans Peter Rusch a pratiqué la gynécologie à partir de 1932 dans un hôpital universitaire. Il développe une approche holistique de l’agriculture qui marquera les mouvements biologiques français. Son ouvrage, La fécondité du sol, sera traduit en 1968 par Claude Aubert, secrétaire national de Nature & Progrès. Pour Rusch, il existerait une « loi de la conservation de la substance vivante », selon laquelle la substance vivante circulerait en un cycle – sous forme saine ou malade – entre le sol, les plantes, les animaux et les hommes, sans jamais se décomposer réellement. D’où la nécessité du recyclage de la matière organique et le rejet des engrais de synthèse.

En 1952, il écrit un article dans le Paysan suisse contre les engrais de synthèse. C’est alors que les Suisses Hans Müller, botaniste et responsable d’un mouvement agrarien ayant sympathisé avec les nazis avant la guerre, et son épouse Maria, initiée aux thèses de Steiner et Howard, prennent contact avec Rusch. A partir de là, Hans Peter Rusch collabore avec le couple Müller, qui avait développé entre 1940 et 1950 l’agriculture organobiologique dans le jardin de l’école d’agriculture de Möschberg. Müller et Rusch mettent au point une méthode bactériologique d’étude du sol. Pendant plusieurs années, ils commercialisent auprès des agriculteurs leurs examens de laboratoire, appelés « Test Rusch », qui ont pour objectif d’évaluer et de suivre la fertilité des sols des fermes.

Par ailleurs, Hans Peter Rusch donne régulièrement des conférences au Centre pour l’agriculture biologique de Möschberg, et participe aux visites et consultations des fermes biologiques organisées. Sa théorie ne se fondant sur aucune réalité scientifique, elle finit dans les oubliettes dans les années 70.

Hans Peter Rusch

Les cendres, pour lutter contre les indésirables

La réalisation et la dynamisation d’une préparation à partir d’une cendre reste un point sur lequel on me pose le plus souvent des questions.

La première réaction reste le scepticisme, mais quand je fais l’analogie, évidente, avec l’homéopathie, qui, de nos jours, est considéré comme une pratique médicale ordinaire, alors mes interlocuteurs commencent à se poser, enfin, des questions, par rapport à leurs croyances, a tout une certain nombre de chose qu’ils pensent être « la vérité », et à d’autres choses qui ne peuvent pas appartenir à cette « vérité » qu’on leur a inculquée.

Toutefois, il convient de réaliser une cendre et la dynamisation de sa préparation selon des règles très précises, que je vais essayer de vous transmettre, pour vous éviter des désillusions dont la conclusion serait, inévitablement « son truc ça ne marche pas« , alors que vous avez simplement oublié quelque chose.

Les cendres sont des préparations qui permettent de régler des problèmes très variés, mais, comme avec un médicament allopathique, on agit sur la conséquence, et non sur la cause qui doit rester notre priorité.
Une cendre permet de résoudre un problème ponctuel, afin de nous laisser le temps, parfois assez long, jusqu’à plusieurs années, de réguler le dysfonctionnement qui se traduit par la présence de quelque chose d’indésirable sur notre domaine.

Les cendres agissent sur les végétaux, permettant de réguler une population d’une plante envahissante et même de la faire disparaître totalement en quelques années. Toutefois, une plante qui envahit, indique un dérèglement, et c’est sur ce dérèglement qu’il convient d’agir en priorité, et dans ce cas, la plante ne sera plus aussi invasive.
Par exemple, nous avons fait disparaître les pissenlits de notre pelouse par ce moyen, alors qu’ils continuent à proliférer dans notre terre très argileuse, à quelques centimètres des endroits traités.
Pour réaliser une cendre avec des végétaux, il faut prendre la plante entière, racines comprises, lorsqu’elle est en graine.

Les cendres agissent avec une redoutable efficacité sur les invertébrés. Sans savoir qu’ils sont tués ou simplement écartés et envoyés chez le voisinage, toujours est-il qu’on ne les revoie plus. Il faut prendre l’animal vivant, et le faire bruler entier, avec sa carapace ou coquille le cas échant.

Les cendres permettent de faire d’excellents répulsifs contre les animaux vertébrés, mais dans ce cas, on ne brulera que leur peau.

Pour illustrer ce propos, et suite à vos nombreuses questions à ce sujet, nous avons choisi de l’illustrer avec une cendre qui vous permettra de lutter contre les limaces et escargots.

La première phase, consiste à piéger les mollusques.
Pour cela, déposer quelques repas de leur menu préféré, à l’abri du soleil, sous des planches, des pots renversés…

Piège à gastéropodes

Piegeage des limaces

Il suffit de passer, tôt chaque matin, où à la tombée de la nuit, pour les y trouver et les capturer.

Capture de limaces grises

Lorsque l’on a capturé assez de limaces et d’escargots, et si possible, de toutes les espèces qui peuplent votre potager, le temps est alors venu du bûcher.
Il faut préparer un petit feu dans un endroit où l’on pourra aisément récolter la centre (nous utilisons le barbecue qui nous a été vendu avec la maison). Je préfère, lorsqu’il s’agit d’animaux, les ensacher dans du papier et jeter cette boule sur le feu, ainsi, il ne risque pas y avoir de fugueur, et la crémation est plus rapide.

Capture d'une population de limaces prêtes à la crémation

Le bûcher

Après avoir recueilli la cendre après la combustion, il faut lui ajouter un peu d’eau de pluie de préférence jusqu’à obtenir un produit de la consistance d’une pâte à crêpes.

La cendre mouillée comme une pâte à crèpes

Ce produit va être dilué dans un récipient qui ne doit pas être métallique. A une part de cette pâte, on ajoute 9 part d’eau, de sorte à diluer à 10 %

Puis on commence le processus de dynamisation : avec une branche d’arbre feuillu, on fait tourner l’eau dans le sens de sorte à créer un tourbillon, jusqu’à voir le fond du récipient. Alors, brusquement, on change de sens. On répète cela une dizaine de fois à peu près… (je peux vous garantir qu’à la fin, c’est plutôt moins que plus, car vous aurez mal au bras).

Dynamisation

Ensuite on laisse reposer.
Une fois que les matières en suspensions se sont déposées, on prend un part de ce liquide, et on le dilue avec 9 autres parts d’eau de pluie de préférence. Nous obtenons donc à nouveau une dilution à 10 % de la première dilution (ou D1).
On dynamise comme précédemment et on laisse reposer. On obtient la seconde dilution ou D2, liquide encore trouble, mais déjà plus clair.

On prend une part de ce liquide, et on recommence pour obtenir la D3.
Ainsi de suite jusqu’à la D7, ou septième dilution. A ce stade là, vous aurez l’impression que vous n’avez plus que de l’eau dans votre seau. De l’eau, avec, quelque part, la mémoire de toutes les espèces de limaces que vous avez capturées.

Dynamisation

La huitième dilution est le produit que vous allez utiliser, soit en arrosant le sol, soit en pulvérisant le produit (s’il s’agit de lutter contre des pucerons ou des chenilles). Donc, vous pouvez diluer autant de fois une part du septième seau que vous en aurez besoin, d’où la nécessité d’avoir un volume important dans ce septième seau.

Il faut savoir que ce produit n’agit qu’avec les espèces que vous aurez brulé. Si vous avez dix espèces de limaces dans votre jardin, et que vous n’en ayez capturé que huit, la population des deux autres espèces ne sera aucunement affectée par le produit. De même, les prédateurs naturels ne souffriront pas du produit, mais risquent partir chercher leur pitance plus loin si vous détruisez tous les indésirables.

Voici une petite vidéo pour tout comprendre de la fabrication d’une cendre :