Préambule

Deux hommes ont probablement jeté, à des périodes différentes de notre histoire, dans des aires géographiques très éloignées, les bases d’une des formes d’agriculture de demain.

Si les humains étaient sages, s’ils n’étaient pas aussi corrompus par la monnaie, aussi avides de pouvoir, cette agriculture prédominerait sur Terre. Dès lors, les mots ‘malnutrition’, ‘famine’, ‘carences’ disparaîtraient de notre vocabulaire.

Comme nous ne verrons par la suite, les freins au développement d’une telle forme d’agriculture relèvent plus de la politique que de l’éthique : en effet ce mode de production agricole et la philosophie qui le sous-tends, représentent un danger pour l’économie de marché, puisqu’il est basé sur le principe d’échanges à court terme, de réciprocité et d’entraide. Alors que les multinationales de l’industrie agro-alimentaire cherchent à réduire les peuples en esclavage, le jardinage naturel libère chaque homme, chaque femme, de toute contrainte mercantile où qu’il ou elle se trouve de par le vaste monde.

Rudolf Steiner

A début du siècle dernier, Rudolph Steiner (né en Croatie en 1861, mort près de Bâle en 1925), connu alors pour être le fondateur de la Société Antroposophique, imagine, à l’occasion d’une série de conférences intitulées : « Cours aux agriculteurs« , ce que peuvent être les différents mécanismes cosmiques qui régissent la nature.
Il invente par la suite un certain nombre de pratiques, qui permettent à l’agriculteur de mettre son domaine en harmonie avec le cosmos, de nourir la terre, et d’éviter aux plantes maladies et parasites inutiles.

Masanobu Fukuoka

Plus proche de nous dans le temps, Masanobu Fukuoka (né le 2 février 1913 et mort le 16 août 2008 ) a vécu au Japon, où il était considéré comme un patrimoine vivant. Il a mis au point une méthode qu’il a présenté dans son livre « La révolution d’un seul brin de paille« . Il prônait, entre autres, le « non-travail du sol », mais sa manière de cultiver est plus une philosophie qu’il faut envisage de manière globale, comprendre la ferme dans son environnement, et la cultiver de façon systémique.
Certains ont imaginé, d’après ces révélations, ce qu’ils appellent la « Permaculture », un façon de cultiver la terre qui est devenue très à la mode, mais qui, bien trop souvent, se réduit à des recettes techniques qui ne sont qu’une infime partie des enseignement de Masanobu Fukuoka, et qui, sans leur fondement spirituel sont totalement dénuées de sens et de réelle efficacité.

En effet, si l’on y regarde de plus près, et si l’on cherche à comprendre le sens réel de ces deux enseignements, ces méthodes d’agriculture ne sont pas uniquement des techniques de travail, mais également de véritables philosophies, imaginées par deux hommes qui avant tout étaient des techniciens érudits.

Certains rétorqueront que c’est en rien étonnant avec Rudolph Steiner qui était un mystique. Masanobu Fukuoka a longtemps été considéré comme un loufoque et un fainéant, avant que, après trente ans, on s’intéresse à sa vison des choses. Mais ces philosophies n’ont rien de théologique. Il s’agit plutôt d’une connaissance tellement fine de la nature, d’une communion si intime avec elle, qu’il devient alors possible de retrouver les automatismes que nous croyions être ceux des hommes sages. Dans leur recherche, le moine, le lama, ont fait un chemin parallèle ; le jardinier en quête de sa vérité découvrira un jour la lumière et une sorte d’extase, à la manière de ces religieux. Non qu’il se soit rapproché d’un quelconque « Dieu » (à supposer qu’il en existe seulement un), mais parce qu’il aura pris conscience de lui-même et de la place qu’il tient dans l’Univers.

Il est donc préférable de parler de philosophie, plutôt que de technique. Les pratiques utilisées ne fonctionneraient pas si l’esprit n’y était pas. En revanche, si l’esprit y est, le besoin de recourir à ces pratiques devient de moins en moins important.

Dans les temps anciens, beaucoup de ces savoirs étaient appliqués, aussi bien dans l’antiquité gréco-romaine que chez les peuples indiens ou sud américains. Les religions et l’Inquisition sont passés par là, on a brulé les sorciers, on a massacré les indigènes, et on a volontairement fait disparaître ces savoir antiques au nom du progrès de l’humanité.
Puis, au cours des siècles, la majeure partie de ces connaissances s’est perdue, car il s’agissait d’influences discrètes et subtiles.

La règle, dans cette façon de cultiver, est de ne pas vouloir domestiquer la nature, mais de composer avec elle. De ne pas chercher à produire (une richesse), mais de vouloir nourrir.
De recherche en tout l’équilibre, en veillant à ne pas intervenir maladroitement sur un système, qu risque de compromettre tout l’ensemble. Il convient, pour chaque geste, de comprendre quelles peuvent en être les conséquences. Il est important, chaque fois que l’on modifie l’état d’un milieu naturel, de réfléchir à ce qui peut en découler par la suite.

L’objectif de cette façon de cultiver la terre n’est pas de produire des légumes dits « biologiques », sans pesticides : il s’agit d’obtenir des aliments sains, équilibrés (non carencés) et riches énergétiquement.

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Principes de l’agriculture naturelle

Les principes de l’agriculture naturelle sont tout sauf des dogmes.

L’ensemble des règles reste suffisamment large pour permettre à chacun-e de les adapter à son cas particulier. Il s’agit plutôt de les considérer comme des bases, qui vont permettre à l’agrobiologiste (quel joli non !) d’apprendre à observer les multiples énergies qui régissent la nature, et donc, à les prendre en compte sur son domaine.

L’essentiel est la notion de globalité, chaque action ayant une interaction avec le reste de l’environnement du domaine – aussi bien physique, géographique que social.

En fait, la plupart des principes de l’agriculture naturelle découlent directement de la notion d’organisme agricole, qui est l’unité de base d’un paysage agricole, comme la cellule est l’unité de base d’un tissu vivant. Cela est contraire aux tendances actuelles, où l’on trouve l’agriculteur, jardinier de la nature, et de l’autre, l’agriculteur producteur intensif. Dans le monde agricole biodynamique, la nécessité d’entretenir un paysage sain, diversifié et sans pollution permet aussi d’obtenir des aliments sains.

Malheureusement, la nature ne se laisse pas facilement contraindre à l’exploit : les rendements records, de même que la « révolution verte » ont souvent laissé un goût de cendre, une fois passée l’euphorie des premières années. Le malaise récurent de ceux qui ne sont plus des cultivateurs, mais des exploitants agricole est là, pour nous le rappeler.

Pourtant, la nature est capable de prodiges, et nous le constatons tous les jours lorsque nous nous donnons la peine de regarder.

Je vois d’ici les commentaires des certaines lectrices et certains lecteurs : « Oui, mais il parle d’agriculture pour les paysans, ceux qui ont des fermes« … détrompez-vous !

Depuis vingt ans, j’ai testé cette façon de produire dans des jardins au quatre coins du monde, et, du bidonville d’une île paradisiaque de l’océan indien aux jardins de village du fin fond de la forêt sibérienne, de la cour d’école de quartier au balcon du quatrième étage d’un immeuble en béton dans une cité de banlieue, chaque fois il a été possible de produire des aliments sains, en adaptant les principes aux conditions rencontrées.

Après avoir jardiné sur plus de quatre hectares, je cultive aujourd’hui sept cent mètres carrés. Sur le fond, rien n’a changé, même si les matériels, les techniques sont légèrement différentes, le principe est toujours le même.

 

Lettre ouverte aux derniers de la classe

Il y a plus de vingt ans, quand j’ai évoqué la notion de non travail du sol, certains, trop fainéant, probablement, pour lire un ouvrage dans son intégralité, se sont contenté du titre pour en faire une technique liée à leur philosophie de vie (récolter sans rien faire).

Pourtant, dès la première phrase je prévenais que « le non travail du sol ne consiste pas à rester les bras croisés, mais à mettre en œuvre un certain nombre de pratiques différentes de celles enseignées jusqu’à aujourd’hui. »

Depuis, les choses ont évoluées, et même dans les cours d’agronomie enseignés aux agriculteurs et aux spécialistes de l’agriculture, on prends en compte les différentes couches spécifiques du sol, et mis à part quelques réactionnaire et/ou abrutis arriérés, plus personne ne laboure profondément son champ ou son jardin.

Mais les choses ont évoluées aussi dans l’autre extrême, et ce qui était une philosophie, mal comprise par certain, devient un ensemble de techniques à la mode, mise en valeur dans certains média par des apprentis écrivains en mal d’idées qui recopient des inepties sans même savoir de quoi ils parlent.

Engrais vert - Novembre 2015

C’est ainsi qu’est sortie de nulle part la « permaculture » qui est aux derniers de la classe, le concours permanent des idées les plus stupides pour les plus fainéants des jardiniers et les « bourgeois bohèmes écologistes » (les bo-bec, chers à mon ami Pierre Bourdieu).

En effet, la mode du « naturel » a fait que dans nos campagnes, mais surtout dans nos villes, on a voulu transposer des idées à la mode, mais surtout sans s’encombrer d’un philosophie qui demandait un certain nombre d’efforts parfois peu compatibles avec la vie du XXIème siècle.

On s’est donc contenté de faire de quelques techniques, mal comprises, des choses indispensable pour quiconque voudrait se prévaloir d’une culture avant-gardiste et respectueuse de notre environnement. C’est ainsi que sont apparues des buttes de cultures dans des jardins à la terre déjà assez riche, la couverture du sol avec des déchets industriels importés de l’autre bout du monde (comme la fibre de coco) et autant d’inepties qui font plus de dégâts à notre environnement qu’une culture intensive chimique.

De plus, et nous savons le démontrer, simplement en ressortant nos cours d’agronomie, ces techniques, mal comprises et mal utilisées, produisent bien certainement les effets contraires à ceux escomptés.

La permaculture, maladie infantile du jardinage naturel

La permaculture s’est imposée ces dernières années comme le concept de jardinage préféré des bourgeois bohèmes écologistes et des paresseux.

Les élèves turbulents, les fainéants, les derniers de la classe, en fait, ont laissé émerger l’idée que la nature peut subvenir seule à leurs besoins, et qu’il leur suffira de récolter ses bienfaits. Pour cela, ils se prévalent de la philosophie de Massanobu Fukuoka (dont on peut se demande s’il ont seulement ouvert un des livres). La médiacratie ordinaire, où de pseudo-journalistes, en mal d’idée, se contentent de copier des choses déjà écrites par ailleurs, a fait le reste. Les préceptes des mauvais élèves pourraient apparaître de nos jours comme l’exemple à suivre dans la pensée dominante écologiste moderne.

L’une de ces idées largement répandues semble inspirée du titre d’une de mes publications des années 1980 comme quoi, il ne faudrait plus travailler la terre. Or, Le Non-Travail du Sol était une boutade, pour marquer les esprits de l’époque qui imposaient le labour profond, et le bêchage des jardins selon la méthode à deux fers de bêche, qui consistait à enfouir la couche superficielle de terre riche en bio-éléments et en oxygène, et remonter à la surface la terre minérale anaérobie. Une parfaite stérilisation du sol !

J’expliquais toutefois dans cette plaquette (jugée subversive à l’époque) qu’il fallait remplacer les labours par un travail vertical du sol, soit par des outils à dents (cultivateur), soit par un labour superficiel avec des rotobêches.

Mais quand on est paresseux, on se contente de lire le titre d’un livre, sans même en lire la moindre ligne. En cela, ils pratiquent ce que Masanobu Fukuoka désignait comme Agriculture Sauvage Pure qui met en pratique le « non-agir » et qui conduit directement toute exploitation agricole menée ainsi à une reforestation en l’espace d’une quinzaine d’année, car quand la nature reprends ses droits, c’est la forêt primaire qui réapparaît.

Agriculture Sauvage Pure

L’idée que la nature serait une grande pourvoyeuse de ses bienfaits aux plus paresseux d’entre nous, et que le non agir permet des récoltes extraordinaires est une vue étroite de l’esprit de ceux qui, derniers de la classe, se sont endormis pendant qu’on leur expliquait le travail lié nécessaire à toute activité de jardinage.

Désormais, de nombreux amateurs qui n’ont lu, ni Rudolph Steiner, ni Masanobu Fukuoka, qui ne connaissent pas Maria Thun et aucun des pionniers de ces méthodes culturales, ne comprennent pas qu’elles sont étroitement liées à une philosophie et une approche globale du domaine. On applique donc des méthodes culturales sans en connaître le fondement, comme on utiliserait une recette de cuisine qui ne donnerait aucune proportion des divers éléments qui la compose.

Il s’en suit un certain nombre de déconvenues, c’est tout à fait logique.

Dans quelques jardins, les mulots et rats taupiers, attirés par les reliefs de cuisine laissé dans le composteur en plastique mangent toute les récoltes, dans d’autres jardins, la butte a fini par stériliser le sol, absorbant toute l’énergie de la biomasse dans une désespérée tentative de décomposer le bois qui la compose.

C’est ce qu’on appelle la pédagogie de l’échec !

Le jardinier débutant qui ne prends pas le temps de cultiver suffisamment son esprit pour s’imprégner de l’expérience des pionniers qui, depuis plus d’un siècle ont fait leur propre expérience, émaillée d’échecs cuisants, mais aussi couronnées de succès éclatants, ce jardinier-là, donc, va au devant de déceptions. Ces pionniers, dont la plupart sont aujourd’hui disparus, nous ont laissé le fruit de leurs recherches. Le jardinage respectueux de la nature n’est pas une suite de recettes, de techniques à appliquer sans réfléchir.

Le jardinage naturel commence par une longue période d’observation qui dépends du degré de connaissances, de l’apprentissage qui a été fait en matière d’agronomie et de botanique.

Puis viendra le temps des expérimentations, à comprendre comme telles : on ne maîtrise pas une science exacte en milieu naturel, on expérimente des techniques, liées à une façon de comprendre son milieu, et que l’on pense adaptées à notre situation.

C’est pourquoi celles et ceux qui se lancent, sans chercher à comprendre, dans les idées véhiculées par les tenants de ce qu’ils appellent la permaculture, vivent ce temps comme les enfants vivent la période des maladies infantiles. C’est un passage (qui n’est pas obligé) entre l’apprenti sorcier de la nature, et l’adulte qui a acquis la connaissance subtile de la nature qui entoure son domaine.

Parce que le domaine que l’on cultive évolue, au fil des saisons, des ans, de la perception que l’on a de l’espace, l’idée même de culture permanente est une hérésie infantile… qui même au retour de la forêt primaire dans tout domaine « cultivé » dans l’esprit du « non-agir ».

Le Jardin du Non-Agir

Les fainéants de la butte

J’ai eu l’occasion d’expérimenter la culture sur des buttes composées de bois en putréfaction dans deux conditions très particulières, pour lesquelles cette technique pouvait avoir un certain intérêt :

Dans le cadre d’un projet d’aide au retour à l’autosuffisance alimentaire en zone tropicale humide, nous voulions réutiliser une clairière dont le sol nous paraissait riche, mais qui était encombrée d’arbre en voie de putréfaction. D’autre part, notre souhait était d’installer, à proximité du village, des cultures sur un sol qui, à force des pratiques culturales (cultures sur brulis) et des éléments climatiques, était devenu pauvre et minéralisé.

Nous avons donc nettoyé la clairière et transporté ces arbres pourris près du village. Une fois alignés, ils ont été recouverts de diverses couches de matière végétales, de déchets putrescibles, et de terre végétale tirée des forêts avoisinantes.

Les cultures alimentaires réalisées sur ces buttes ont prospéré grâce au climat chaud et humide, et leur taille réduite a autorisé la continuité du processus de décomposition de la matière organique. Après quelques années les buttes avaient disparues, mais la parcelle autre fois inculte produisait en abondance de beaux et bons légumes, tandis que dans la clairière, les légumes racines traditionnels avaient remplacé la friche.

Dans le cadre de la valorisation de marais envahis par la forêt primaire, l’abattage de ces arbres envahisseurs a permis de concevoir des îlots sur lesquels de la manière végétale a été apportée, sur laquelle nous avons étendue la vase en creusant des canaux autour des îlots.  Dans ce projet, nous n’avons rien inventé : c’est ainsi que se sont créés les hortillonnages et tous les jardins flottant de la planète.

Comme on le voit, la technique de la butte sur bois pourris est utile, parfois, dans des situations très particulières, et parfois extrêmes.

Dans le dernier quart du XXème siècle, des hippies convertis au jardinage, mais ayant conservé la fainéantise comme principal défaut, ont « inventé » une nouvelle manière de ne pas travailler la terre, qui, plus tard a été nommée « permaculture ».

La principale philosophie de cette façon de jardiner est qu’elle plaît aux fainéants et aux derniers de la classe qui considèrent un ouvrage d’agronomie comme un livre tendancieux. Pourtant, même en agriculture naturelle, les principes de l’agronomie restent exacts, et il est nécessaire de les connaître pour comprendre le sens de nos actions et leur impact sur le domaine dont nous avons la responsabilité et son environnement.

Emilia Hazelip faisait par­tie de groupes Hip­pies en Ca­li­for­nie dans les an­nées 70. Inspirée par le travail du microbiologiste japonais Masanobu Fukuoka et surtout après avoir lu son livre La révolution d’un seul brin de paille, Emilia Hazelip réussit à transformer les enseignements de Fukuoka, en les adaptant à la culture occidentale et aux conditions climatiques locales, elle s’est installée en Provence au début des années 1960.
Elle a passé sa vie à chercher un moyen de se rapprocher de la nature et elle est surtout connue pour avoir développé l’agriculture synergique après avoir étudié différentes méthodes d’agriculture naturelle dans une démarche holistique. Contrairement à Fukuoka, Emilia Hazelip a concentré son attention à l’entretien des légumes et des herbes du jardin potager.
Emilia Hazelip a également, involontairement, été utilisée pour répandre la permaculture comme idéologie en France, sauf que les derniers de la classe qui dormaient pendant ses interventions ont simplement conservé en mémoire ce qu’ils ont vu et compris, entre deux périodes sous l’influence des psychotropes.
Du jardin d’Emila Hazelip, entre deux pétards, ils n’ont retenus que ces quelques buttes dans une partie humide de son domaine et en ont fait un credo.
Le jardin d'Emilia
Phillip Forer est un autre de ces grands responsables de cette ineptie qu’est la culture sur butte de bois putréfié, qu’il a érigé en règle d’or dans son Jardin du Graal  où il prétend des récoltes spectaculaires depuis quarante ans.

Selon lui, cette technique est extrêmement simple à mettre en pratique, totalement gratuite et respectueuse de l’environnement.
Elle permet d’obtenir un sol riche, de ne pas utiliser d’engrais ni pesticides et herbicides, et de ne pas arroser.
Elle ne demande qu’un effort physique de quelques heures pour obtenir selon lui une terre riche pour une quinzaine d’années.

Les véritables conséquences de la butte sur bois putréfié.

Faire des buttes pour assainir un marais, est historiquement connu depuis que l’homme cultive la terre.

Faire des buttes en zone sahélienne aride pour lutter contre la sécheresse peut être utile.

Faire des buttes en zone tropicale humide pour régénérer un sol minéralisé, nous l’avons plus haut, et une bonne chose.

Mais faire des buttes chez nous, en climat tempéré avec des sols riches, et souvent argileux, il faut vraiment avoir envie de se casser les reins pour rien, et surtout, c’est contre productif.

Les buttes, c’est beaucoup de travail. Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple en déposant la matière organique à la surface… C’est plus reposant !

Dans nos terres qui sont très souvent argileuses, et qui ont tendance à devenir compactes si on ne les aère pas, enfouir de la matière organique et du bois en putréfaction vous permettra seulement d’obtenir du charbon dans un millions d’années.

Beaucoup réalisent des buttes façon Forrer qu’ils appellent butte de permaculture… Mais ils ne connaissent pas grand-chose aux mécanismes du sol et de la fertilité. Ils réalisent des buttes bourrées de matières organiques sur des terrains déjà fertiles.
La grande bêtise de l’agriculture intensive était de labourer profondément les sols et d’enfouir la matière organique, et les éléments nutritifs hors de portée des racines. La culture sur butte de bois putréfie comment exactement la même erreur, et l’extraordinaire vivacité des plantes sur la butte les premières années tiens simplement au fait que la terre arable a été aérée qu’elle est donc plus chaude et perméable. Mais après quelques années de tassement, on obtient un sol qui s’acidifie et on ne peut pas avoir de décomposition de la matière végétale en profondeur parce qu’il faut de l’oxygène.
La matière organique tombe sur le sol puis est transformée en humus par les organismes de surface avant d’être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines pour nourrir les plantes. Mais quand les éléments nutritifs sont déjà dans les profondeurs du sol, ils sont entraînés par les eaux encore plus profondément dans le sol, hors d’atteinte des racines des plantes !

La butte de culture, cette technique agricole ancestrale et universelle pour cultiver les zones humides est un pur produit du bon sens paysan, détournée aujourd’hui par l’ignorance et ses croyances. Si le bois est enfoui à 40 cm et plus, arrive très vite à l’anoxie car la structure du sol n’est jamais grumeleuse sur une telle épaisseur, il serait intéressant de faire des analyses du Ph dans des buttes assez anciennes, et ainsi prouver de façon scientifique que cette méthode tend à rendre le sol stérile par un Ph trop acide.

Tours à fraisiers saison II

  • Ne cherchez pas « Les tours à fraisiers saison I » car je ne l’ai jamais écrit (mais je vais en parler ci-dessous).

Contrairement à ce que l’on peut lire souvent, le fraisier est une plante frugale : ça tombe bien, l’adjectif frugal, dérive de Fragaria, le nom latin de la famille à laquelle appartiennent nos fraisiers (Fragaria vesca).

Donc, le fraisier sait se contenter de peu, du moment que le sol n’est pas trop calcaire, et qu’il soit assez perméable. Dans notre terre argileuse, nous avons installés nos premiers fraisiers en planches, sur des buttes au dessus des allées (sauf qu’au lieu de les planter tous les 20 cm sur deux rangs espacés de 40, nous les avons placés tous les 15 cm en quinconce sur 5 rangs espacés de 20 cm). Avant cela nous avions apporté du compost afin d’apporter de la vie dans le sol, et qu’à moyen terme, il devienne moins compact, et nous avons paillé avec une toile d’origine végétale qui devrait se désagréger en 3 ou 4 ans, toile qui est recouverte de BRF (Bois Raméal Fragmenté).

Avril 2016 877

Mais de nos jours les jardins sont de plus en plus petits, et il convient de rechercher des solutions pour gagner de la place, j’ai également pensé à nos ami-e-s qui sont de plus en plus nombreux et nombreuses à retrouver goût au jardinage en milieu urbain. Je me suis alors souvenu des tours à fraisiers que l’on voyait dans les catalogues de ma jeunesse, et que l’on peut encore trouver de nos jours, malgré qu’il soit désormais prouvé que toutes les matières plastiques exposées au soleil et aux ultra-violets dégagent des particules chimiques cancérigènes que l’on retrouvera dans les fraises.

Tour à fraisiers cancérigène

En 2016, j’ai donc expérimenté une tour à fraisier sans aucun produit issu de la pétrochimie. J’ai simplement réalisé un tube avec du grillage à volière, dans lequel j’ai mis de la terre, puis planté des fraisiers.

Juillet 2016 354

Cela a assez bien fonctionné, mais…

  • lors de chaque arrosage, l’eau ruisselait sur les cotés dans humidifier la terre
  • la terre de la tour s’est tassée et compactée
  • avec les arrosages, la pluie, puis le gel, une partie de la terre est partie à travers les trous du grillage.

Le système devait donc être perfectionné. A l’automne, j’ai tenté une nouvelle expérience, très concluante, et au printemps 2017 nous avons installé quatre autres tours à fraisiers.

Voici donc la méthode pour construire et installer une tour à fraisiers.

Matériel nécessaire :

  • 1 rouleau de grillage à volière (grillage soudé, 1 cm x 1 cm, en 1 mètre de large)
  • 1 rouleau d’Aquanap (chutes de laines de recyclage, fixées dur un voile textile non tissé, utilisé par les horticulteurs pour l’irrigation de leurs cultures, ou pour les murs végétaux)
  • fil de fer fin
  • fil de fer gros
  • une paire de pinces coupantes
  • un cutter

Avril 2017 016

J’ai utilisé un des seaux à vendanges dont je me sert constamment pour définir le diamètre de mes tours.

Avril 2017 017

Une fois que vous aurez coupé le grillage avec les pinces coupantes, il suffit de replier les parties métalliques qui dépassent pour fixer le cylindre de grillage.

Avril 2017 018.jpg

Une fois le cylindre formé et fixé, on mesure la quantité de feutre nécessaire (+ 10 cm pour faire un recouvrement), et on le fixe à l’intérieur du cylindre, sur toute la périphérie des deux cercles (en haut et en bas) avec du fil de fer fin à chaque extrémité.

Avril 2017 021

Une fois les cylindres réalisés avec leur face intérieure tapissée de feutre, on peut les mettre en place, fixés à un piquet par un gros fil de fer bien solide (pensez bien au fait qu’une fois rempli de terre mouillée, l’ensemble pèsera plus de 80 kilos et sera peu stable).

Avril 2017 095

Jeter au fond du cylindre deux seaux de terre de jardin un peu caillouteuse, pour le drainage de l’ensemble. Puis insérer au centre du cylindre un tube et le maintenir pendant le remplissage (nécessité d’être à deux à ce moment-là).

Avril 2017 100

Remplir la tour avec un substrat composé de :

  • 50 % de bonne terre de jardin (sol vivant)
  • 35 % de compost
  • 15 % terreau bien mûr (ou « Terreau Plantations » du commerce)

Il faut prévoir l’équivalent d’une brouette de ce mélange pour chaque tour.

Avril 2017 102

Remplir la tour jusqu’à ras bord. Il faut savoir que le substrat se tassera et qu’il faudra en rajouter, plus tard.

Avril 2017 105

Une fois la tour pleine de terre, remplir le tube au centre avec un matériaux drainant. nous utilisons un mélange de chanvre haché et de rebuts de noix (nous utilisons des produits locaux de la région grenobloise). Vous pouvez utiliser les écorces de bois, de la pouzzolane, des billes d’argiles, etc…

Avril 2017 112

Retirer le tube.

Avec les pinces coupantes, découper des trous dans le grillage (je fais 3 x 4 carrés) et le rabattre en dessous de la découpe (ne couper que les deux cotés et la partie haute). Tailler des fentes dans le feutre. Enfin, planter les fraisiers un dans chaque trou.

Avril 2017 154

Ce n’est pas la peine de remplir dès le début la tour sur tout son périmètre et sur toute la hauteur, pour les variétés les plus onéreuses, on peut simplement planter quelques pieds au bas de la tour, puis, quand ils auront fait des stolons à l’automne, piquer simplement les plantules toujours liées par leur stolon, dans le feutre.

Avril 2017 195

Le potager naturel n’étant pas trop l’ami des alignements rectilignes, on peut même se dispenser de mettre les premiers plants de façon régulière. De toute façon, dans deux ou trois ans, toute la surface de la tour sera entièrement couverte de fraisiers.

On arrose par le haut, l’eau coule à l’intérieur par la cheminée de matériaux drainants, et ne coule pratiquement pas par les trous de plantations. On pensera également à bassiner par l’extérieur, au moins la première année. Une fois que la tour sera noyée sous le feuillage, les bassinages n’auront d’intérêt que par grosses chaleurs.

Avril 2017 205