Les cendres, pour lutter contre les indésirables

La réalisation et la dynamisation d’une préparation à partir d’une cendre reste un point sur lequel on me pose le plus souvent des questions.

La première réaction reste le scepticisme, mais quand je fais l’analogie, évidente, avec l’homéopathie, qui, de nos jours, est considéré comme une pratique médicale ordinaire, alors mes interlocuteurs commencent à se poser, enfin, des questions, par rapport à leurs croyances, a tout une certain nombre de chose qu’ils pensent être « la vérité », et à d’autres choses qui ne peuvent pas appartenir à cette « vérité » qu’on leur a inculquée.

Toutefois, il convient de réaliser une cendre et la dynamisation de sa préparation selon des règles très précises, que je vais essayer de vous transmettre, pour vous éviter des désillusions dont la conclusion serait, inévitablement « son truc ça ne marche pas« , alors que vous avez simplement oublié quelque chose.

Les cendres sont des préparations qui permettent de régler des problèmes très variés, mais, comme avec un médicament allopathique, on agit sur la conséquence, et non sur la cause qui doit rester notre priorité.
Une cendre permet de résoudre un problème ponctuel, afin de nous laisser le temps, parfois assez long, jusqu’à plusieurs années, de réguler le dysfonctionnement qui se traduit par la présence de quelque chose d’indésirable sur notre domaine.

Les cendres agissent sur les végétaux, permettant de réguler une population d’une plante envahissante et même de la faire disparaître totalement en quelques années. Toutefois, une plante qui envahit, indique un dérèglement, et c’est sur ce dérèglement qu’il convient d’agir en priorité, et dans ce cas, la plante ne sera plus aussi invasive.
Par exemple, nous avons fait disparaître les pissenlits de notre pelouse par ce moyen, alors qu’ils continuent à proliférer dans notre terre très argileuse, à quelques centimètres des endroits traités.
Pour réaliser une cendre avec des végétaux, il faut prendre la plante entière, racines comprises, lorsqu’elle est en graine.

Les cendres agissent avec une redoutable efficacité sur les invertébrés. Sans savoir qu’ils sont tués ou simplement écartés et envoyés chez le voisinage, toujours est-il qu’on ne les revoie plus. Il faut prendre l’animal vivant, et le faire bruler entier, avec sa carapace ou coquille le cas échant.

Les cendres permettent de faire d’excellents répulsifs contre les animaux vertébrés, mais dans ce cas, on ne brulera que leur peau.

Pour illustrer ce propos, et suite à vos nombreuses questions à ce sujet, nous avons choisi de l’illustrer avec une cendre qui vous permettra de lutter contre les limaces et escargots.

La première phase, consiste à piéger les mollusques.
Pour cela, déposer quelques repas de leur menu préféré, à l’abri du soleil, sous des planches, des pots renversés…

Piège à gastéropodes

Piegeage des limaces

Il suffit de passer, tôt chaque matin, où à la tombée de la nuit, pour les y trouver et les capturer.

Capture de limaces grises

Lorsque l’on a capturé assez de limaces et d’escargots, et si possible, de toutes les espèces qui peuplent votre potager, le temps est alors venu du bûcher.
Il faut préparer un petit feu dans un endroit où l’on pourra aisément récolter la centre (nous utilisons le barbecue qui nous a été vendu avec la maison). Je préfère, lorsqu’il s’agit d’animaux, les ensacher dans du papier et jeter cette boule sur le feu, ainsi, il ne risque pas y avoir de fugueur, et la crémation est plus rapide.

Capture d'une population de limaces prêtes à la crémation

Le bûcher

Après avoir recueilli la cendre après la combustion, il faut lui ajouter un peu d’eau de pluie de préférence jusqu’à obtenir un produit de la consistance d’une pâte à crêpes.

La cendre mouillée comme une pâte à crèpes

Ce produit va être dilué dans un récipient qui ne doit pas être métallique. A une part de cette pâte, on ajoute 9 part d’eau, de sorte à diluer à 10 %

Puis on commence le processus de dynamisation : avec une branche d’arbre feuillu, on fait tourner l’eau dans le sens de sorte à créer un tourbillon, jusqu’à voir le fond du récipient. Alors, brusquement, on change de sens. On répète cela une dizaine de fois à peu près… (je peux vous garantir qu’à la fin, c’est plutôt moins que plus, car vous aurez mal au bras).

Dynamisation

Ensuite on laisse reposer.
Une fois que les matières en suspensions se sont déposées, on prend un part de ce liquide, et on le dilue avec 9 autres parts d’eau de pluie de préférence. Nous obtenons donc à nouveau une dilution à 10 % de la première dilution (ou D1).
On dynamise comme précédemment et on laisse reposer. On obtient la seconde dilution ou D2, liquide encore trouble, mais déjà plus clair.

On prend une part de ce liquide, et on recommence pour obtenir la D3.
Ainsi de suite jusqu’à la D7, ou septième dilution. A ce stade là, vous aurez l’impression que vous n’avez plus que de l’eau dans votre seau. De l’eau, avec, quelque part, la mémoire de toutes les espèces de limaces que vous avez capturées.

Dynamisation

La huitième dilution est le produit que vous allez utiliser, soit en arrosant le sol, soit en pulvérisant le produit (s’il s’agit de lutter contre des pucerons ou des chenilles). Donc, vous pouvez diluer autant de fois une part du septième seau que vous en aurez besoin, d’où la nécessité d’avoir un volume important dans ce septième seau.

Il faut savoir que ce produit n’agit qu’avec les espèces que vous aurez brulé. Si vous avez dix espèces de limaces dans votre jardin, et que vous n’en ayez capturé que huit, la population des deux autres espèces ne sera aucunement affectée par le produit. De même, les prédateurs naturels ne souffriront pas du produit, mais risquent partir chercher leur pitance plus loin si vous détruisez tous les indésirables.

Voici une petite vidéo pour tout comprendre de la fabrication d’une cendre :

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A propos des tomates – partie I – Si nous commencions par un peu de biologie végétale ?

La tomate sauvage, pousse son cri, le soir, dans l’Ouest de l’Amérique du Sud, depuis l’Équateur jusqu’au nord du Chili, et même deux espèces sont endémiques des îles Palapagos.

Gravure sur bois de "Poma aurea" ou "Goldapffel" (Solanum lycospersicum) de Matthioli (1586) dans une édition allemande de l'herboriste Joachim Cameriarius
Gravure sur bois de « Poma aurea » ou « Goldapffel » (Solanum lycospersicum) de Matthioli (1586) dans une édition allemande de l’herboriste Joachim Cameriarius

Elles poussent dans des habitats aussi variés que le bord de mer, ou à plus de 3300 mètres d’altitude, dans les zones arides comme dans celles plus humides, dans les hautes vallées des Andes, ou le sévère désert d’Atacama.

Autrefois un genre botanique à par, Lycopersicon, elles ont été rattachées désormais au genre Solanum car l’étude de leur ADN montre leur profond attachement à ce genre.

Solanum peruvianum et Solanum corneliomuelleri ont été décrits et nommés respectivement par Linné (1753) et MacBride (1962).

Certaines espèces sauvages sont auto compatibles, d’autre non. Les compatibles peuvent s’auto-féconder (le pistil s’allonge pour se faire polliniser par le pollen des étamines de sa propre fleur), les incompatibles n’ont pas cette faculté. Quand aux variétés allogames, elles ont la possibilité de d’hybrider avec d’autres variétés quand elles ont le même habitat ou dans les collections.

13 especes botaniques de tomates

Au total, nous connaissons 13 espèces de tomates sauvages, y compris la tomate cultivée (Solanum Iycopersicum) et ses formes herbeuses échappés qui sont distribués dans le monde entier :

  • Solanum lycopersicoides Dunal (ex Lycopersicon lycopersicoides), aux fruits vert-jaune devenant noirs à maturité, auto incompatible et allogame.
  • Solanum sitiens I.M. Johnst (ex Lycopersicon sitiens) aux fruits vert-jaune devenant noirs à maturité, auto incompatible et allogame.
  • Solanum juglandifolium Dunal (ex Lycopersicon ochrantum) aux fruits vert-jaune, auto incompatible et allogame.
  • Solanum ochranthum Dunal (ex Lycopersicon juglandifolium) aux fruits verts à vert chartreuse, auto incompatible et allogame.
  • Solanum Pennellii Correll (ex Lycopersicon Pennellii) aux fruits verts, traditionnellement auto incompatible, mais a provoqué des surprises dans certaines collections.
  • Solanum habrochaites S. Knapp (ex Lycopersicon hirsutum) aux fruits verts avec des rayures plus foncées, le plus souvent auto incompatible.
  • Solanum chilense Reiche (ex Lycopersicon chilense) aux fruits verts à blanc verdâtre veinés de pourpre, auto incompatible et allogame.
  • Solanum huaylasense Peralta (ex Lycopersicon peruvianum) aux fruits verts avec des rayures plus foncées, auto incompatible et allogame.
  • Solanum peruvianum L. (ex Lycopersicum peruvianum) aux fruits vert à vert blanchâtre, auto incompatible et allogame.
  • Solanum corneliomuelleri J.F. Macbr. (ex Lycopersicon peruvianum) aux fruits vert rayés de pourpre, parfois tachés de pourpre bleu, auto incompatible et allogame.
  • Solanum arcanum Peralta (ex Lycopersicon peruvianum) aux fruits verts rayé de vert très foncé, auto incompatible et le plus souvent allogame.
  • Solanum Chmeilewskii D.M. Spooner (ex Lycopersicon Chmeilewskii) aux fruits vert rayés de vert foncé, auto compatible et parfois allogame.
  • Solanum Neorickii D.M. Spooner (ex Lycopersicum parviflorum) aux fruits verts avec des rayures foncées, auto compatible et très autogame.
  • Solanum pimpinellifolium L. (ex Lycopersicon pimpinellifolium) aux fruits rouges, auto compatible et autogame.
  • Solanum lycopersicum L. (ex Lycopersicon esculentum), aux fruits rouges, auto compatible et essentiellement autogame.
  • Solanum chesmaniae Fosberg (ex Lycopersicon cheesmaniae) aux fruit jaune orangé, auto compatible et strictement autogame.
  • Solanum galapagense S.C. Darwin (ex Lycopersicon cheesmaniae) aux fruits jaune orangé, auto compatible et strictement autogame.

Solanum huaylasense

Solanum chilensis

Solanum peruvianum

Solanum sitiens

Solanum Pennellii

Solanum juglandifolium

Solanum habrochaites

Solanum lycopersicoides

 

A propos des tomates – partie II – Un peu d’histoire pour le légume roi

La tomate est originaire des vallées montagneuses des Andes péruviennes où les incas la cultivaient avant Christophe Colomb. A l’état sauvage, elles n’ont absolument rien à voir avec les tomates que nous connaissons aujourd’hui. Elles sont de la grosseur d’une cerise.

Le terme « tomate » vient de l’espagnol tomate, lui-même emprunté au nahuatl (langue de la famille uto-aztèque) tomatl qui désignait le fruit de la tomatille (Physalis ixocarpa). Sans doute fut-elle d’abord cultivée au Pérou (on l’appelait autrefois Pomme du Pérou), puis au Mexique où les indigènes lui donnèrent le nom de « tomalt » ou « tomalti », dérivé d’un mot aztèque « zitomate ». Toutefois, le mot nahuatl xitomatl (qui signifie « tomatille de nombril » et qui a donné en espagnol mexicain : jitomate) désigne la tomate (Lycopersicon esculentum). La première attestation de « tomate » en français date de 1598 dans la traduction de l’ouvrage de José de Acosta, Historia natural y moral de las Indias, par Robert Regnauld. « Tomate » n’est entré dans le dictionnaire de l’Académie française qu’en 1835, le fruit s’est longtemps appelé « pomme d’amour » ou « pomme d’or ».

La tomate est originaire des régions andines côtières du Nord-Ouest de l’Amérique du Sud (Colombie, Équateur, Pérou, Nord du Chili). C’est en effet seulement dans ces régions qu’on a retrouvé des plantes spontanées de diverses espèces de l’ancien genre Lycopersicon, notamment Solanum lycopersicum cerasiforme, la tomate cerise. Cette dernière est actuellement répandue dans toutes les régions tropicales du globe mais il s’agit d’introductions récentes.

La première domestication de la tomate à gros fruits est vraisemblablement intervenue dans le Mexique actuel, où l’ont trouvée les conquérants espagnols lors de la conquête de Tenochtitlán (Mexico) par Hernán Cortés en 1519.

Cette domestication s’est probablement produite après celle de la Tomatille (Physalis philadelphica), qui était plus appréciée que la tomate à l’époque préhispanique, mais sa culture s’est marginalisée par la suite. L’hypothèse d’une domestication parallèle au Pérou ne peut toutefois être définitivement écartée.

On ne sait pas comment la tomate a migré du Pérou au Mexique, peut-être par le truchement d’oiseaux migrateurs.
Les Incas, qui pratiquaient des cultures complexes, en particulier les pommes de terre et le maïs, connaissaient la tomate à l’état sauvage, mais elle était surtout cultivée par les Aztèques qui en produisaient plusieurs espèces, de formes et de couleurs différentes, Bernardino de Sahagún dans son Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne rapporte que les Aztèques préparaient une sauce associant les tomates avec du piment et des graines de courges.

Les Incas ne se doutaient pas que leur Mala Peruviana – pomme du Pérou – ferait l’objet de tant de débats.

Elle fut découverte et ramenée en Europe, par les conquistadores Espagnols en 1519, ainsi que d’autres spécimens botaniques tel que le piment, le  poivron, le maïs, la courge et bien d’autres. Les fruits utilisés pas les Aztèques et rapportés en Europe étaient déjà variés, comme l’atteste la description de Matthiolus, botaniste et médecin italien, en 1544 dans « Petri Andreae Matthioli medici senensis Commentarii, in libros sex Pedacii Dioscoridis Anazarbei ». Pierandrea Mattioli qui la baptise Mala Insana ! C’est la première description connue des tomates. C’est grâce à cette description qu’on pense que les tomates cultivées par les Aztèques étaient déjà diversifiées.
La tomate est rapidement classée par les botanistes dans la famille des Mandragores, une cousine de la tomate, bien connue en Europe et réputée pour sa toxicité.

La tomate a été longtemps considérée comme un aphrodisiaque. Il n’en faut pas davantage pour que la tomate se range du côté des stimulants sexuels et acquiert le doux nom de « pomme d’amour ».

Elle fit sa première apparition en Europe dans les jardins sévillans de quelques monastères qui se spécialisaient à cultiver des curiosités du Nouveau Monde et d’ailleurs. Les Maures ayant envahi l’Espagne furent envoûtés par ce légume en forme de cœur qui chantait l’amour et l’embarquèrent dans leurs bagages pour la conquête de tout le bassin méditerranéen. Séduisante, ensorceleuse, la tomate modifie radicalement la cuisine du soleil et monte même à l’assaut de Paris en même temps que les citoyens de la Révolution.

Quelques années plus tard, John Gerard, physicien anglais et herboriste reconnu, écrit dans un mémoire que la tomate est toxique et qu’elle ne doit être consommée sous aucune forme tout en sachant qu’on commençait à l’utiliser en Espagne et en Italie. Il stipule même qu’en pharmacopée elle pourrait soigner la goutte et les ulcères mais que d’autres plantes ont des vertus similaires reconnues et que son incidence sur la santé ne vaut pas le risque. À cause de son refus catégorique de classer la tomate comme aliment, la tomate s’étiole comme plante ornementale dans les jardins anglais et ce n’est qu’en 1728 qu’on commence doucement à en mettre quelques quartiers dans la soupe.

L’introduction en France fut lente. Elle commença par la Provence. En 1600, Olivier de Serres, un des premiers agronomes français, qui cultivait son domaine du Pradel dans l’Ardèche, classe la tomate parmi les plantes d’ornement. Voici ce qu’il écrivait dans Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs :

« Les pommes d’amour, de merveille, et dorées, demandent commun terroir et traictement, comme aussi communément, servent-elles à couvrir cabinets et tonnelles, grimpans gaiement par dessus, s’agrafans fermement aux appuis. La diversité de leur feuillage, rend le lieu auquel l’on les assemble, fort plaisant : et de bonne grace, les gentils fruicts que ces plantes produisent, pendans parmi leur rameure… Leurs fruicts ne sont bons à manger : seulement sont-ils utiles en la médecine, et plaisans à manier et flairer »

Il fallut attendre 1731 pour qu’elle soit reconnue officiellement « comestible » par le botaniste écossais Philippe Miller qui lui adjoint l’adjectif « esculentum » qui veut dire comestible. Malgré cela, presque un siècle plus tard dans nos bons vieux livres de jardinage, on pouvait lire, la tomate ne serait pas utile en cuisine.
En 1760, le catalogue de la maison Andrieux-Vilmorin classe encore la tomate comme plante ornementale, les premières variétés potagères apparaissent dans l’édition de 1778 et dans le Bon jardinier en 1785.
La tomate arriva à Paris en 1790 au son de la « Marseillaise » avec les révolutionnaires marseillais qui en en réclamaient dans les auberges de la capitale. On raconte que Robespierre lui même allait en déguster régulièrement dans les restaurants parisiens. Et ce n’est qu’à ce moment-là que les maraîchers de l’Île de France se sont mis à en développer la culture.

Les tomates d'André Vilmorin

Il fallut attendre néanmoins le début du XXème siècle avec le développement du transport ferroviaire pour que la tomate prenne son plein essor avec les variétés hâtives du sud de la France et celles cultivées en Belgique et aux Pays Bas. Elle est aussi très appréciée des Japonais qui l’utilisent jusque dans les sushis.

En Amérique du Nord, la tomate avait ses adeptes, ses suspicieux et ses conditionnels. Trop belle et trop tentante, les puritains la considéraient comme un péché au même titre que la danse, la boisson et les cartes. Les scientifiques prétendaient que ses liens de parenté avec la foudroyante mandragore, la mystérieuse belladone, toutes issues de la famille des solanacées, pouvaient avoir laissé des traces … et détruire l’homme petit à petit. N’avait-elle pas été baptisée Mala Insana par le botaniste italien ! Quant aux sorcières et alchimistes, la senteur de soufre dégagée par ses consœurs et sa rougeur prononcée leur faisaient pressentir une alliance infernale et la tomate trônait dans leurs marmites fumantes plus souvent que dans le chaudron de la cuisinière.

Mais la grande révolution américaine de la tomate prend racine dans un article du Dr John Bennet en 1834 qui vante ses vertus de façon telle que le New York Times évalue une montée spectaculaire de ce plant en culture. On ne parle plus que de tomate. L’offensive médiatique fait tomber les dernières barrières et les éditeurs se lancent dans la publication de livres de recettes, de périodiques horticoles, de chroniques médicales.

Aujourd’hui, la tomate est le premier fruit produit dans le monde et le deuxième légume le plus consommé, juste derrière la pomme de terre.

La production de tomates fraîches pour la transformation industrielle représente près d’un quart de la production totale (26,8 millions de tonnes, soit 23,4 % en 2002). Cette culture est pratiquée surtout dans les régions proches du quarantième parallèle, essentiellement dans l’hémisphère nord (90 % du total). Il s’agit d’une culture de plein champ, de plus en plus mécanisée. Les trois principales zones de production sont la Californie, le bassin méditerranéen et la Chine.

En France :

  • plus des trois quarts des semences de tomates autorisées à la vente sont celles de plantes hybrides F1.
  • 98 % des semences sont sous certificat d’obtention végétale.

Le principal transformateur français de tomates, la société S.A.S. Conserves de Provence, qui était à l’origine une coopérative agricole fondée en 1947 et qui vend ses produits sous la marque « Le Cabanon », a été rachetée en 2004 par un groupe chinois, la Xinjiang Chalkis Company Limited.

Principaux pays consomateurs de tomates - source Wikipedia

A propos des tomates – partie III – Pratiques culturales

Semis, repiquage, taille, tuteurage, entretien, prophylaxie, on peut lire, entendre tout et son contraire à propos de la culture des tomates.

Dans ma famille, dans le Lot-et-Garonne, on cultivait la variété Marmande, depuis 5 générations. Mes cousins cultivent encore la tomate de plein champ, de façon traditionnelle, mais ils utilisent désormais des variétés à port déterminé, hybride F1. La tomate est récolté quand elle est blanche (au moment où elle va prendre sa couleur rouge), calibrée, emballée, elle est chargée le soir dans des camions pour être vendue au marché de Rungis dès le lendemain matin.

Bref, chez nous, la culture de la tomate est quelque chose que nous maitrisons. J’ai été le premier de la famille à cultiver ce fruit en culture biologique, puis en biodynamie.

Klod tomates 1998

Le semis des tomates se réalise, en février ou mars, au chaud, en lune ascendante, lorsqu’elle passe devant les constellations du Bélier ou, mieux, du Sagittaire.

On peut réaliser ses semis en terrines ou en godets. Si l’on cultive plusieurs variétés, il est préférable d’utiliser des contenants séparés pour chaque variété. En effet, un des moyens utilisé par les tomates pour conquérir de nouveaux espaces, c’est de laisser ses graines flotter pour voyager. C’est pourquoi on peut voir, souvent, des tomates pousser en bordure de rivières, en aval d’aires de pique-nique.

Il faudra aussi se souvenir de cette particularité lors des premiers arrosages : la graine de tomate flotte, et si vous arrosez trop, elle passera par dessus bords.

Pour les collectionneurs qui font beaucoup de variétés, c’est un des points sur lequel vous devez rester très vigilants. Pas question de faire des lignes de tomates côte à côte, les graines flotteront d’une ligne à l’autre sans problème. Quand à certains collectionneurs, qui veulent avoir la plus grosse collection, sans en avoir les moyens, et qui dédient la surface d’un timbre poste dans une clayette pour chaque variété, c’est de l’inconsciente et de la fumisterie. Ces gens n’ont aucune connaissance en biologie végétale et voudraient donner des leçons au monde entier.

Donc, c’est avec un grand soin et beaucoup de prudence que vous aborderez le semis de vos protégées, que vous ayez une ou cent variétés.

Dans la nature la graine de tomate qui flotte, est déposée délicatement par l’eau sur une berge accueillante. Il n’y a aucune foreuse pour creuser un trou énorme et enfouir cette semence : déposez donc simplement vos graines sur un terreau très fin, tassez et arrosez délicatement.
Les semis seront maintenus à une température comprise en 18 et 25 degrés.

Je sème mes graines de tomates une par une. Je fais tomber quelques graines du sachet sur un bout de bristol blanc (ou de couleur unie) et avec le doigt, je dépose une par une mes graines sur le terreau. J’ai choisi de semer désormais dans des plaques de cultures alvéolées : une alvéole, une graine : un plant. Quatre graines pour chaque variété, dont je ne garderai au final que les trois plus beaux plants.

La tomate est une plante de jours long. Le semis se fait en période de jours très courts, il sera donc utile de faire des apports avec des lampes horticoles. Il existe des lampes horticoles LED qui sont désormais plus économes en énergie.

Semis de tomates en plaque alvéolées

Le repiquage se fait en lune ascendante devant la constellation du Lion, période qui vient 16 à 18 jours plus tard.

Il faut donc retirer délicatement le jeune plant lorsqu’il a deux vrais feuilles, et le planter dans un récipient plus grand, pour qu’il continue à grandir.

Il ne faut pas hésiter à enfoncer la plantule jusqu’aux premières feuilles, toute la partie enterrée produira des racines, et la plante entière en sera fortifiée.

On peut faire deux repiquages sur les mêmes plants, entre le semis et la plantation en pleine terre, en utilisant des godets plus grands à chaque fois. Plus on repique la tomate, et plus elle sera vigoureuse.

Pour ma part, je repique en godets de 7, et pour les variétés que je met en place plus tard, en godets de 9 une seconde fois.

Mars 2016 435

La plantation en plein terre se fait une fois que les Saints de Glace son passés, vers le 15 mai, en lune descendante devant la constellation du Lion (en principe, il y a une période de trois ou quatre jours favorables).

On prépare le tuteur et on le plante en premier, puis on fait un trou suffisamment grand, et surtout, profond. On enlève les feuilles du bas de la tomate, que l’on jette au fond du trou, puis on y met une poignée d’ortie broyées, et de feuilles de consoude déchiquetées. On couche la motte au fond du trou, et on enterre la plus grande partie de la tige jusqu’aux premières feuilles. Plus on enterre de tige, plus la tomate développera de racine, plus elle aura de puissance dans sa croissance.

Contrairement aux idées reçues, la tomate aime être plantée toujours au même endroit et retrouver des éléments nutritifs qu’elle y a laissé. Le compostage en tas, sur place, de la culture précédente lui est donc favorable.

En ce qui me concerne, et dans ma logique de « ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier », je procède à la plantation des tomates en deux étapes, au moins.
Une première fois en avril, une seconde fois en mai, lorsque les Saints de Glace sont passés. Pour certaines variétés, cette plantation plus précoce, permet, effectivement de gagner un mois de précocité à la récolte. Pour d’autres variétés, les tomates plantées plus tard, rattrapent les autres, et produisent en même temps. J’ai commencé à observer plus finement ce phénomène afin d’en tirer des conclusions cette année.

On peut aussi dé-saisonner facilement les tomates, en les cultivant sous serre ou sous tunnel. Si la culture n’est pas chauffée, on ne gagne pas grand chose. Si la culture est chauffée, on peut produire toute l’année de la tomates sans goût.

Pour tuteurer mes tomates, sous abris, je les fais grimper le long d’une ficelle, en les enroulant dans le sens des aiguilles d’une montre, car nous sommes dans l’hémisphère nord. Lecteurs de l’hémisphère sud, vous devrez faire le contraire !
J’enterre les ficelle avec la motte des tomates, elles sera prise par les racines. Cela évite d’attacher la ficelle au pied, et souvent de blesser, voir couper la tomate.
En fin de saison je recycle ces ficelles pour un autre usage, et je ne m’en sert jamais deux fois pour des tomates, pour des raisons prophylactiques. C’est également pour des raisons de prophylaxie que je déconseille les tuteurs en bois. Il est préférable d’utiliser des piquets métalliques, plus faciles à désinfecter en fin de saison.

Plantation des tomates sous abris

La taille est un sujet polémique, en effet certains la déconseille catégoriquement, car elle serait une porte ouverte aux infections. Pour avoir voulu suivre ce conseil, une année, nous avons perdu une partie de notre récolte.

Il existe des variétés qui ne se taillent absolument pas.

Les tomates à petit fruits, type tomate groseille, tomate cerise, tomate poire, tomate pèche, n’ont besoin ni de tuteur, ni de taille. On plante, on laisse pousser et on récolte.

Les tomates à port déterminé, ne se taillent pas et ne se tuteurent pas. On plante, on paille abondamment, en poussant la plante va se coucher sur la paille qui protègera les fruit du pourrissement.

Les tomates à très gros fruits ne se tuteurent pas, mais se taillent au dessus de la troisième feuille de sorte à produire trois gourmands. On paille alors abondamment, et sur chaque branche on gardera deux ou trois bouquets. Parfois, il peut être nécessaire de poser les fruits sur un pot, pour éviter le pourrissement, ou l’attaque de limaces par dessous.

Toutes les autres variétés se tuteurent et se taillent. On coupera les gourmands qui naissent à l’aisselle des feuilles pour ne garder qu’une seule tige érigée. On étêtera cette tige unique au dessus du septième bouquet de fleurs, pour favoriser la maturation des dernières tomates de la saison.

Cultures associées :

Dans le potager naturel, où tout est mélangé, la tomate s’associe avec presque tout, sauf les pommes de terres qui leur donne la maladie, ainsi que les courges et concombres.

Sous abris, elle apprécie la présence de basilic, aneth, mâche, persil… ainsi que les soucis et les œillets d’Inde. Les tagètes, en effet, éloignent les nématodes du sol. D’ailleurs, je les composte, en tas, avec les tomates, sur le lieu qui leur est dévolu.

Fumure et fertilisation :

Je prépare ma saison de culture de tomates dès que j’ai terminé d’arracher les derniers plants à l’automne. Je composte en tas, sur place, les pieds de tomates sans fruits, avec les tagètes et d’autres matières, ainsi que du fumier de cheval. A la fin du mois d’avril, les poules qui ont passé l’hiver dans le potager vide on étalé ce compost et on nettoyé l’espace des prédateurs potentiels. Il suffit donc d’aérer cette terre qui est déjà fumée en profondeur avec des éléments nutritifs appréciés par la tomate.

Pour la fertilisation j’apporte, depuis la plantation en mai, jusqu’à la fin du mois de juillet, une fois par semaine, puis une fois tous les 10 jours en juillet, un engrais « maison », composé de 1/3 de purin d’orties, 1/3 de purin de consoude, 1/3 de pipi, le tout dilué à 10 % et distribué avec un arrosoir.

A propos des tomates – partie IV – Variétés horticoles

Depuis les variétés cultivées par les Incas, nul ne peut dire à ce jour combien de variétés de tomates sont cultivées dans le monde.

Preuve du succès du légume roi, plusieurs dizaines, voir centaines de nouvelles variétés voient le jour chaque année.

Snyders Frans. Vendeuse de fruits

Je n’ai pas l’intention de vous récapituler ci-dessous, toutes les variétés de tomates, de façon exhaustive, que je suis supposé connaître. Si vous voulez trouver les caractéristiques d’une tomate cultivée en France, je vous conseille cet excellent site participatif qui est devenu une encyclopédie de référence des variétés potagères dont 3461 tomates.

Pour le jardinier amateur qui désire, par la suite, conserver ses propres semences, il faudra toutefois, faire attention à certaines informations, et éviter certaines variétés, pour des raisons bien différentes.

Le jardinier amateur, cherchera à privilégier les variétés, anciennes ou récentes, fixées et parfaitement stables, qui correspondent :

  • à son climat
  • à son sol
  • à l’exposition de son domaine
  • à son environnement
  • à la superficie dont il dispose
  • à sa manière de vivre
  • à ses gouts culinaires

On ne cultives pas en Sibérie avec les mêmes objectifs qu’en Espagne ou dans les pays du Maghreb, cultiver en France, des variétés du monde entier, peut n’avoir aucune valeur nutritionnelle et culinaire, car ces variétés ont été élaborées, pour un climat et une approche culturelle qui n’est pas la notre.
Les tomates industrielles n’ont également aucun intérêt pour le jardinier amateur.

Les variétés hybrides F1 sont issues d’un croisement entre deux variétés, souvent elles mêmes issues de croisements spécifiques, en vue d’obtenir une, ou plusieurs, qualités spécifiques. Les hybrides F1 sont des croisement de première génération (« F »signifie qu’il y a eu un croisement, et le chiffre, le nombre de générations depuis ce croisement initial), il existe également des hybrides F2. Toutefois, ce croisement de première génération n’est pas stabilisé, et les semences donneront tout un panel de plantes aussi différentes les unes que les autres. Il faudrait alors des années de travail de sélection, et des hectares de terre pour trouver, là-dedans, une variété qui veuille bien se fixer. Aussi, quand vous aurez l’occasion de lire, sur les réseaux sociaux, un amateur se vanter d’avoir « déshybridé » une variété, dites vous que c’est fanfaronnade et pure forfanterie : quel amateur peut dédier au moins un hectare de terre et une dizaine d’année pour créer une nouvelle variété ?

De plus en plus souvent, on peut voir dans les catalogues de graines, la mention « variété récente qui peut manifester une très grande variabilité de couleurs, de formes et de saveurs« . Une variété maraîchère, tel que le terme est défini depuis que la botanique existe, est fixe, homogène, produisant des plantes identiques en tout points, qu’il s’agisse de la végétation, de la forme et couleur des fleurs, de la forme, couleur, texture et goût des fruits. Une variété qui peut encore manifester d’une grande variabilité indique qu’elle n’est pas fixée et que l’obtenteur l’a mise sur le marché avant d’avoir terminé son travail, long et couteux, de sélection. Or, la patience est la principale qualité du jardiner. Il est préférable de ne pas succomber à l’attrait, exacerbé, de la nouveauté. Si plus personne n’achète ces variétés non fixées, elle disparaîtront du marché et la tentation d’aller trop vite en besogne se calmera. Il existe plus de 4000 variétés de tomates fixées disponibles sur le marché en France, les jardiniers conscients, peuvent donc oublier les effets de mode, et cultiver des variétés qui ont fait leurs preuves.

Illustration botanique, vers 1659

Où trouver des variétés anciennes de tomates en France ?

Auprès des semenciers professionnels en France :

Auprès de semenciers professionnels à l’étranger :

Sur des sites de troc de graines

( * liste non exhaustive d’une partie de mes fournisseurs)

On évitera les propositions alléchantes de variétés inconnues vendues sur E-bay, et on évitera également des échanges de gré à gré avec des personnes qui vous contactent sur les réseaux sociaux. Il arrive souvent que des personnes écrivent ; « je débute un jardin, et je souhaite des variétés… » et qui vous demandent de leur envoyer tout ce que vous avez récolté. Puis, vous retrouvez l’intégralité de ces semences, votre travail, en vente sur des sites de vente en ligne pour particuliers.

On évitera également d’échanger avec des amateurs collectionneurs boulimiques dont les collections dépassent la centaine de variété. Pour un particulier, qui travaille, dont ce n’est pas le métier et qui n’a pas fait les études pour cela, au delà d’une centaine de variété, le risque que vous receviez n’importe quoi comme semences est important. Surtout si vous voyez ce même collectionneur, fier de vous montrer ses semis, où 20 variétés se côtoient dans la même terrine (la graine de tomate flotte allègrement au fil des courants), s’il plante un pied de chaque variété, côte à côte et si, de surcroît il ne protège pas ses fleurs des hybridations naturelles.

Si vous cultivez plusieurs variétés de tomates dans votre potager, pensez, systématiquement, à protéger les bouquets de fleurs dont les fruits sont destinés à la reproduction, par des sachets en organza.

Protection d'un bouquet de fleurs en vue de la production de semences

A propos des tomates – partie V – La tomate indigo, du buzz au bug

La première fois de ma vie que j’ai eu l’occasion de voir une tomate bleue, c’était en 1973 à la station expérimentale de l’INRA d’Auzeville, près de Toulouse.

En réalité, j’étais plus attentifs aux charmes de la brune aux jambes de rêve qui tentais de m’impressionner avec cette chose insignifiante, qui ne ressemblait en rien au magnifiques tomates du jardin de mon père, couverte de fruits minuscules hérissés de piquants. Fruits que je trouvais plus noir que bleus d’ailleurs.

Au fur et à mesure que le décolleté de sa blouse devenait de plus en plus plongeant, la belle, qui avait le double de mon âge, m’expliquât qu’on avait trouvé cette plante à l’état sauvage du côté du Mexique, que les tomates étaient cultivées par les Incas, mais qu’il était impossible de l’utiliser dans leurs recherches pour l’amélioration des variétés industrielle, car elle avait trop la fâcheuse tendance de croiser avec n’importe qui. Étant donné la suite donnée à cette rencontre, je me suis toujours demandé si elle parlait de la tomate ou de sa propre personne.

Bien plus tard, j’eus l’occasion de revoir cette tomate à fruits bleu-noirs, et d’autres qui lui ressemblaient, dans la nature sauvage de l’ouest de l’Amérique du sud. Même les ânes de bat n’y touchaient pas.

Dans les années 1960, un bulgare, dont l’Histoire n’a rien retenu, a travaillé sur des hybridations pour obtenir des tomates à partir des anciennes plantes des Incas. Un autre chercheur américain a fait quelques tests, peu concluants à cette période aussi. Le caractère allogame de ces plantes restait le facteur, impossible à éradiquer, qui compromettait leurs recherches.

Dans l’Oregon, c’est à l’Oregon State University que le Dr. Tex Frazier conduit à cette période, les recherches sur les tomates, puis, le Dr. Jim Bagget lui succèdera. Des variétés comme Oregon Spring, Siletz, Santiam ou Willamette, présentes dans de nombreux potagers de nos jours, sont le fruit de leur travail.

Jim Myers

Vers la fin du siècle dernier, le Dr. Jim Myers, devenu directeur de recherches, lance une série de travaux dans le but d’augmenter la lycopène dans le fruit des tomates.
En réalité, Carl Jones effectue un profil nutritionnel d’anciennes variétés (Jones, 2000) et Peter Mes, étudie les effets combinés du beta carotène et du lycopène. Après des hybridations, les deux étudiants ont sélectionnés une série de tomates, cultivés sous les sigles OSU (pour Oregon State University), suivi de la lettre P et d’un numéro pour chaque plante sélectionnée. Ces plantes sont issues de croisements restés incompréhensibles (chaque étudiant ayant fait ses propres sélections), à partir d’espèces sauvages et de vieilles variétés (présentées comme des variétés cultivées par les Incas) qui sont conservées par le Tomato Genetics Resource Center de l’Université de California-Davis. En 2003, Myers, Jones et Mes publient à propos de l’héritage des anthocyanes.

Dès 2004, les semences de certaines lignées de ces tomates indigos d’Oregon State University, en cours d’élaboration sont distribuées, sous le manteau, à des collectionneurs et à certains professionnels. C’est ainsi que OSU Blue et OSU P20, décrites comme riches en anthocyane, un antioxydant auquel on prête des qualité dans la prévention de certains cancers arrivent entre les mains de Tom Wagner de Tater Mater Seeds (Etat de Washington), Alan Kapuler de Peace Seeds (en Oregon), Lee Goodwin de J&L Gardens (au Nouveau Mexique), Brad Gate de Wild Boar Farms (en Californie), Mark McCaslin de Frogsleap Farm (dans le Minnesota)… ils sentent qu’il y a un filon à exploiter, et c’est ainsi que dans les années suivantes, « la tomate bleue qui prévient des risques du cancer » commence à faire le buzz auprès des collectionneurs avides de nouveauté, et des marchands de graines. Sur la grosse cinquantaine de tomates « OSU P… » une petite poignée se sont échappées, mais, mis à part pour les deux citées ci-dessus, leur diffusion reste confidentielle. A ma connaissance, seule OSU P5 a « un gout agréable pour l’américain moyen ».

Sauf que c’est le lycopène, qui est un enzyme réputé pour prévenir notamment le cancer de la prostate, et que ce sont les anthocyanes qui donnent la couleur bleu-noir, qui deviendra « bleu indigo » chez les marchands du temple. Ce gène porteur des anthocyanes dans les fruits (aft dans les publications de l’OSU) vient de Solanum chilense Reiche (ex Lycopersicon chilense) aux fruits verts à blanc verdâtre veinés de pourpre, auto incompatible et allogame. D’autres gènes, comme pour la coloration aubergine (Abg), viennent de Solanum lycopersicoides Dunal (ex Lycopersicon lycopersicoides), aux fruits vert-jaune devenant noirs à maturité, auto incompatible et allogame. Les gènes qui ont donné les appellations atroviolaceum (atv) sont empruntés à Solanum chesmaniae Fosberg (ex Lycopersicon cheesmaniae) aux fruit jaune orangé, auto compatible et strictement autogame.

Solanum chilensis

ALLOGAME voilà bien la perversité de la nouveauté !

On est allée chercher, parmi les ancêtres amérindiennes, une de ces tomate qui a la fâcheuse particularité de se croiser avec toutes ses semblables qu’elles qu’elles soient, raison pour laquelle, elle avait été soigneusement écartée de tous les programmes d’améliorations jusque là.

On peut donc se poser quelques questions, une fois que l’on connaît l’histoire tout de même rocambolesque de cette évasion d’une plante qui n’était qu’une expérimentation.
– 1 – Pourquoi une filiation  et des hybridations dont les savant ne pouvaient que connaître la dangerosité ?
– 2 – Qui a organisé l’évasion des semences ?
– 3 – Qui avait intérêt à ce que cela se produise ?
– 4 – Quelles peuvent-être les conséquences pour notre patrimoine génétique de tomates anciennes ?

Il me parait plus simple de commencer par essayer de répondre à cette dernière question pour commencer.

Après quelques années de cultures, chacun peut constater que les tomates indigo ont la fâcheuse habitude de s’hybrider avec tout ce qui les entoure. Plus que jamais donc, la protection des bouquets floraux des variétés anciennes est nécessaire.
Par contre, la protection des bouquets des variétés indigo est contre productive, car elles n’ont pas la faculté des variétés traditionnelles de s’auto-polliniser, même par fortes chaleurs. Il leur faut impérativement une fécondation croisée. Celui ou celle qui cultive ces variétés, ne peut donc pas empêcher les insectes de les polliniser, puisque c’est la seule façon d’obtenir des fruits, mais c’est également la meilleure façon d’aller polluer les ressources génétiques des tomates cultivées à des kilomètres à la ronde.

Protection d'un bouquet de fleurs en vue de la production de semences

La conséquence de la culture irraisonnée des tomates porteuses des gènes d’anthocyane, sera, à court terme, la perte irrémédiable de l’ensemble de notre patrimoine génétique de variétés anciennes.

Nous l’avons vu, les premières semences de tomates indigo, se sont évadées de l’OSU en 2004. Dix ans plus tard, on comptait des centaines de pseudo nouvelles variétés de tomates indigos, certains producteurs américains s’en font même une spécialité. En 2010 déjà, Lee Goodwin de J&L Gardens distribuait sa Bosque Blue issue d’une variété de tomate rouge, Amy’s Sugar Gem. Tom Wagner en 2011 proposait déjà ses variétés Alki Blue, Blue Angel, Blue Fog, Blue Streak, Clackamas Blueberry, Dancing with Smurfs, Fahrenheit Blues, Seattle’s Blue Woolly Mammoth, Sunshine Blue. En 2012 il proposait en plus Blue Bayou, Blue Pitts, Blue Match, Blue Tears, Chocolate Blues, Helsing Junction BlueMuddy Waters, Out Of The Blue. En bref, une vingtaine de variétés indigo étaient déjà proposées moins de dix ans après la célèbre évasion des graines de tomates de l’OSU. Or, pour fixer une variété, c’est à dire que des générations de tomates donnent toujours le même fruit sur le même type de plantes, le travail de sélection demande au moins dix ans !
Donc, si nous avions eu des sélectionneurs sérieux, et non pas une course à l’évènement, on devrait voir de premières variétés réelles de tomates indigos apparaître depuis deux ans. Seulement la nature humaine et l’appât du gain ont fait bruler les étapes à beaucoup de sélectionneurs, de producteurs et de semenciers.

Tomate Jl Midnight

Ce qui peut aussi paraître étrange, c’est que la presse s’est vite emparée du phénomène « tomate bleue », et que nous pouvons lire des articles élogieux depuis plus de 6 ou 7 ans. Faire l’éloge d’un produit avant de savoir ce qu’il vaut… si certains trouvent les tomates indigo délicieuses, aucune des « Tomate OSU … » ne vaut la peine d’être cultivée pour autre chose que la curiosité.

Les collectionneurs se sont, c’est compréhensible, ruées sur ces nouveautés.
Et rapidement, les premières semences de variétés traditionnelles polluées par les gènes d’anthocyanes ont donné naissance à des variétés polluées. Certains collectionneurs, bouffis d’orgueil, ont donc crié un peu partout qu’ils avaient créé une nouvelle variété de tomate. Le cas le plus symptomatique de cette incurie due à des connaissances trop sommaires en biologie végétale, est probablement le cas de la tomate Ananas bleue qui aurait été obtenue dès 2010 par un amateur belge. L’analyse ADN de cette plante, montre que c’est simplement une tomate de la variété Ananas, qui a simplement été polluée par les gènes aft et atv. Chacun aura noté au passage que l’amateur fut plus rapide que les professionnels spécialisés et compétents. Ces gens crient désormais au complot de ma part, alors que mes variétés indigos, qui ont servi de tests à mes études, sont à l’isolement strict, et désormais, une campagne où je suis désigné comme le gourou est orchestrée contre moi. Les apprentis sorcier d’hier, se posent en donneurs de leçons, cela me fait penser au pompiers pyromanes, mais cela ne me fait pas rire, car c’est par le milieu des collectionneurs que le danger se propagera le plus vite et le plus efficacement.

Donc, c’est l’orgueil ou l’appât du gain qui semblent être à la genèse du buzz de la tomate bleue.

Enfin, si l’on sait que les université américaines sont financées par le mécénat, une lecture attentive des personnes qui ont financées ces recherches assure des surprises notables…
Surtout si on compare cette liste, publique, avec celles, toutes aussi publiques, des administrateurs et grands responsables des compagnies agro-alimentaires américaines qui travaillent sur les OGM.

Quand toutes les variétés traditionnelles que nous cultivons depuis les incas auront été polluées par les anthocyanes, il ne restera plus que les OGM de ces compagnies pour nourrir la planète.

Sources : Breeding Tomato for Increased Fruit Phenolics (mémoire de docteur en philosophie de Peter S. Boches)

Textes récents

Les textes que vous avez pu découvrir jusqu’à présent, même s’il font très « modernes » ont été écrit entre 1985 et 1998, date à laquelle j’ai fait l’objet de poursuites par les instances agricoles de la Haute-Garonne pour « cultures illicites et propagande pour des produits interdits ».
Il fallait entendre par là, que je cultivais, à l’époque, 250 variétés de tomates, dont aucune ou presque ne figurait dans le catalogue officiel des espèces comestibles (où figurent pourtant des variétés OGM qui elles, font l’objet d’un moratoire) et que je me faisais le chantre des méthodes culturales douces, démontrant que l’on peut produire sans engrais chimiques ni pesticides.

Aujourd’hui, ce qui était subversif au siècle dernier a été admis, même par les élites et nos dirigeants, et c’est même devenu une mode.

La rançon du succès de ces méthodes, quand elles deviennent populaires, c’est que parfois mal comprises, elles sont parfois dévoyées, et les idées que nous avons développées au XXème siècle, en nous appuyant sur l’expérience des anciens, ne semblent pas avoir été réellement comprises.

Les textes du XXIème siècle sur le jardinage naturel vont donc me permettre d’expliquer à nouveau certaines conceptions qui doivent présider au jardinage naturel, et tordre le cou à des « méthodes » inventées comme des « recettes », par les derniers de la classe qui se sont endormis pendant les cours, ou qui, du livre, n’ont lu que les titres.

Les textes du XXIème siècle vous permettront également de profiter de l’enrichissement personnel que j’ai accumulé lors de mes voyages et au fil des rencontres, de par le monde, lors des vingt dernières années. L’errance qui m’a été imposée par les instances françaises à la solde des pollueurs, m’a, au final, énormément appris et enrichi.

Août 2015 194

Sortir du rang, bouger les lignes et laisser tomber les planches

Pendant des siècles, nous avons été éduqués ainsi : dans le potager aux allées rectilignes, les légumes doivent être rangés en lignes parallèles, tracées au cordeau pour être bien droites, ou en planches de dimensions bien définies.

C’est un peu comme la poule au pot le dimanche et le poisson le vendredi…

Et pourtant, qui peux démontrer que, dans la nature, un tel ordonnancement existe ?

Et pourtant, cette manière de procéder, inscrite désormais dans les gênes des jardiniers, apporte plus de contraintes et de contrariétés que d’avantages.

Tout d’abord, au niveau des pratiques culturales, elle impose des rotations de cultures, pas toujours aisées dans une petite surface.
Cette façon de faire laisse une grande place aux allées qui ne sont pas productives.
Cet ordonnancement augmente l’appauvrissement du sol, car toutes les plantes cultivées sur un rang ont les mêmes besoins en même temps.
Une belle ligne de plantes de la même espèce est une proie facile pour tous les prédateurs : animaux, bactéries, champignons et maladies ont ainsi plus vite anéantis vos espoirs de récolte.

Le jardinier soucieux du devenir de son domaine cherchera plus à s’inspirer de la nature que de reproduire les dogmes d’une société policée par des siècles d’asservissement.

Il faudra réapprendre à ne pas tracer d’allée rectiligne au centre du potager, délimitant quatre parcelles égales.

Il faudra se forcer à ne plus tirer de sillon droit avant un semis… quand aux planches bien rectilignes, on préfèrera les remplacer par des biotopes plus diffus de plantes semées ensembles pour leur harmonie.

Le potager en mai 2016

En réalité, on pensera le potager de la même manière que l’on organise un massif de fleurs mélangées où bulbes, arbustes, vivaces ou annuelles cohabitent et se succèdent sur un même espace.

Ne pas planter deux plantes de la même espèce côte à côte, laisser les semis spontanés s’installer là où ils se sentent bien, vont rendre la vie plus difficile aux prédateurs de toutes sortes. Si en plus, sur leur chemin, ils rencontrent quelque chose qu’ils détestent, ils préfèreront alors abandonner votre domaine pour la potager bien ordonnancé du voisin où la vie leur sera bien plus facile.

C’est ce que mes visiteurs appellent ma « pagaille organisée » bien qu’à mon avis il reste beaucoup de lignes dans mon domaine, mais il semble que j’ai réussi à ce qu’elles soient moins remarquées, y compris par les prédateurs.

Certains lecteurs me demandent comment faire, car la ligne droite au potager est tellement inscrite dans leurs gènes, qu’ils ne savent pas où commencer.
Peut-être le premier pas vers un potager de ce type, est de ne pas tracer des allées rectilignes, mais de suivre les passages que l’on emprunte naturellement…

Les atouts de l’andain

Le jardinier naturel attentif au devenir de son domaine aura compris l’inutilité (et même la dangerosité à moyen terme) des buttes de permaculture où la mode voudrait que l’on enterre des arbres (que certains nouveaux Attila vont même jusqu’à faire couper sur pied pour ce seul usage).

Toutefois, il est une forme de butte qui trouve un intérêt certain dans les cultures, que ce soit en plein champ ou au jardin des amateurs, pour qu’on ne confonde plus cette pratique culturale avec les dangereuses buttes de permaculture, j’ai choisi de n’utiliser désormais que le terme utilisé lors des cours d’agronomie : l’andain.

A la différence de la butte de permaculture, qui est un travail colossal, l’andain est le fruit d’une petite subtilité au moment du travail d’aération du sol avec les outils traditionnels. Il est abondamment utilisé en Amérique centrale pour la culture des tubercules, mais également en régions tropicales où l’on doit assurer l’équation drainage des excédents d’eau et stockage de l’eau dans le sol.

L’andain a comme principal intérêt le drainage de sol utile pour certaines cultures, ou dans les sols lourds et argileux. Il donne aussi de bons résultat en région froide à saison estivale courte.

Récolte d'un champ d'oignon sur andains au Canada

Le principe est simple, il suffit de créer un relief qui permet un écoulement naturel de l’eau qui, selon les cas, sera stockée dans le sol à proximité des cultures qui en ont besoin, soit évacuée vers les fossés de drainage.

Dans le cas où la fonction première de l’andain est d’assurer un meilleur drainage de la parcelle, il sera préférable travailler le sol dans le sens naturel de la pente de vos parcelles. Dans le cas où il est nécessaire de profiter de la porosité du sol pour stocker de l’eau à proximité immédiate des cultures, alors il vaudra mieux travailler le sol perpendiculairement à la pente naturelle de vos parcelles.

Comment créer un andain ?

En automne, lors du travail d’aération du sol, le plus simple consiste à travailler les planches en deux temps. Dans un premier temps, on travaille une moitié de la planche dans le sens de la longueur, en posant à chaque fois la terre sur sa droite. Une fois arrivé au bout de la planche, on doit donc obtenir au milieu de la planche un petit monticule, et sur le coté un fossé. On travaille ensuite l’autre moitié en revenant sur ses pas (ainsi on continue à déposer la terre sur sa droite) ou dans le même sens (dans ce cas on dépose la terre à gauche. Après quelques temps, le jardinier plus aguerri pourra effectuer ce travail en une seule fois, simplement en déposant la terre à droite dans une partie et à gauche dans l’autre partie de la planche.

Après avoir travaillé le sol, on sème, sans émietter, un engrais vert.

Ensuite on recouvre avec des feuilles et de la paille, comme pour tout travail d’hiver.

Pendant la saison froide, les organismes vivants, mais aussi la pluie et le gel, vont continuer le travail du sol, émietter les mottes, transformer la couverture végétale en humus.
Le printemps venu, au moment de préparer les plantations, il ne restera plus qu’à griffer le sol en partant du fossé et en tirant la terre vers le sommet de l’andain. Les fines traces laissées par les griffes en travers de l’andain seront autant de mini fossés de drainages qui entraineront l’excédent d’eau vers les cotés, désormais plus bas de votre planche de culture.

Cultures de framboisiers sur andain

En culture maraîchère l’andain trouve aussi sa place autant sous serre qu’en plein champ, et, outre sa fonction de drainage, il offre aussi l’avantage que le sol soit moins bas !

Andains nivellés

Il existe des outils adaptés à ce travail, andaineuse, herse-étrille qui peuvent être attelées à un engin agricole, ou utilisés avec la traction animale.

Création d'andains en plein champ

Photos prises à la Ferme de Kerziou

Lettre ouverte aux derniers de la classe

Il y a plus de vingt ans, quand j’ai évoqué la notion de non travail du sol, certains, trop fainéant, probablement, pour lire un ouvrage dans son intégralité, se sont contenté du titre pour en faire une technique liée à leur philosophie de vie (récolter sans rien faire).

Pourtant, dès la première phrase je prévenais que « le non travail du sol ne consiste pas à rester les bras croisés, mais à mettre en œuvre un certain nombre de pratiques différentes de celles enseignées jusqu’à aujourd’hui. »

Depuis, les choses ont évoluées, et même dans les cours d’agronomie enseignés aux agriculteurs et aux spécialistes de l’agriculture, on prends en compte les différentes couches spécifiques du sol, et mis à part quelques réactionnaire et/ou abrutis arriérés, plus personne ne laboure profondément son champ ou son jardin.

Mais les choses ont évoluées aussi dans l’autre extrême, et ce qui était une philosophie, mal comprise par certain, devient un ensemble de techniques à la mode, mise en valeur dans certains média par des apprentis écrivains en mal d’idées qui recopient des inepties sans même savoir de quoi ils parlent.

Engrais vert - Novembre 2015

C’est ainsi qu’est sortie de nulle part la « permaculture » qui est aux derniers de la classe, le concours permanent des idées les plus stupides pour les plus fainéants des jardiniers et les « bourgeois bohèmes écologistes » (les bo-bec, chers à mon ami Pierre Bourdieu).

En effet, la mode du « naturel » a fait que dans nos campagnes, mais surtout dans nos villes, on a voulu transposer des idées à la mode, mais surtout sans s’encombrer d’un philosophie qui demandait un certain nombre d’efforts parfois peu compatibles avec la vie du XXIème siècle.

On s’est donc contenté de faire de quelques techniques, mal comprises, des choses indispensable pour quiconque voudrait se prévaloir d’une culture avant-gardiste et respectueuse de notre environnement. C’est ainsi que sont apparues des buttes de cultures dans des jardins à la terre déjà assez riche, la couverture du sol avec des déchets industriels importés de l’autre bout du monde (comme la fibre de coco) et autant d’inepties qui font plus de dégâts à notre environnement qu’une culture intensive chimique.

De plus, et nous savons le démontrer, simplement en ressortant nos cours d’agronomie, ces techniques, mal comprises et mal utilisées, produisent bien certainement les effets contraires à ceux escomptés.

La permaculture, maladie infantile du jardinage naturel

La permaculture s’est imposée ces dernières années comme le concept de jardinage préféré des bourgeois bohèmes écologistes et des paresseux.

Les élèves turbulents, les fainéants, les derniers de la classe, en fait, ont laissé émerger l’idée que la nature peut subvenir seule à leurs besoins, et qu’il leur suffira de récolter ses bienfaits. Pour cela, ils se prévalent de la philosophie de Massanobu Fukuoka (dont on peut se demande s’il ont seulement ouvert un des livres). La médiacratie ordinaire, où de pseudo-journalistes, en mal d’idée, se contentent de copier des choses déjà écrites par ailleurs, a fait le reste. Les préceptes des mauvais élèves pourraient apparaître de nos jours comme l’exemple à suivre dans la pensée dominante écologiste moderne.

L’une de ces idées largement répandues semble inspirée du titre d’une de mes publications des années 1980 comme quoi, il ne faudrait plus travailler la terre. Or, Le Non-Travail du Sol était une boutade, pour marquer les esprits de l’époque qui imposaient le labour profond, et le bêchage des jardins selon la méthode à deux fers de bêche, qui consistait à enfouir la couche superficielle de terre riche en bio-éléments et en oxygène, et remonter à la surface la terre minérale anaérobie. Une parfaite stérilisation du sol !

J’expliquais toutefois dans cette plaquette (jugée subversive à l’époque) qu’il fallait remplacer les labours par un travail vertical du sol, soit par des outils à dents (cultivateur), soit par un labour superficiel avec des rotobêches.

Mais quand on est paresseux, on se contente de lire le titre d’un livre, sans même en lire la moindre ligne. En cela, ils pratiquent ce que Masanobu Fukuoka désignait comme Agriculture Sauvage Pure qui met en pratique le « non-agir » et qui conduit directement toute exploitation agricole menée ainsi à une reforestation en l’espace d’une quinzaine d’année, car quand la nature reprends ses droits, c’est la forêt primaire qui réapparaît.

Agriculture Sauvage Pure

L’idée que la nature serait une grande pourvoyeuse de ses bienfaits aux plus paresseux d’entre nous, et que le non agir permet des récoltes extraordinaires est une vue étroite de l’esprit de ceux qui, derniers de la classe, se sont endormis pendant qu’on leur expliquait le travail lié nécessaire à toute activité de jardinage.

Désormais, de nombreux amateurs qui n’ont lu, ni Rudolph Steiner, ni Masanobu Fukuoka, qui ne connaissent pas Maria Thun et aucun des pionniers de ces méthodes culturales, ne comprennent pas qu’elles sont étroitement liées à une philosophie et une approche globale du domaine. On applique donc des méthodes culturales sans en connaître le fondement, comme on utiliserait une recette de cuisine qui ne donnerait aucune proportion des divers éléments qui la compose.

Il s’en suit un certain nombre de déconvenues, c’est tout à fait logique.

Dans quelques jardins, les mulots et rats taupiers, attirés par les reliefs de cuisine laissé dans le composteur en plastique mangent toute les récoltes, dans d’autres jardins, la butte a fini par stériliser le sol, absorbant toute l’énergie de la biomasse dans une désespérée tentative de décomposer le bois qui la compose.

C’est ce qu’on appelle la pédagogie de l’échec !

Le jardinier débutant qui ne prends pas le temps de cultiver suffisamment son esprit pour s’imprégner de l’expérience des pionniers qui, depuis plus d’un siècle ont fait leur propre expérience, émaillée d’échecs cuisants, mais aussi couronnées de succès éclatants, ce jardinier-là, donc, va au devant de déceptions. Ces pionniers, dont la plupart sont aujourd’hui disparus, nous ont laissé le fruit de leurs recherches. Le jardinage respectueux de la nature n’est pas une suite de recettes, de techniques à appliquer sans réfléchir.

Le jardinage naturel commence par une longue période d’observation qui dépends du degré de connaissances, de l’apprentissage qui a été fait en matière d’agronomie et de botanique.

Puis viendra le temps des expérimentations, à comprendre comme telles : on ne maîtrise pas une science exacte en milieu naturel, on expérimente des techniques, liées à une façon de comprendre son milieu, et que l’on pense adaptées à notre situation.

C’est pourquoi celles et ceux qui se lancent, sans chercher à comprendre, dans les idées véhiculées par les tenants de ce qu’ils appellent la permaculture, vivent ce temps comme les enfants vivent la période des maladies infantiles. C’est un passage (qui n’est pas obligé) entre l’apprenti sorcier de la nature, et l’adulte qui a acquis la connaissance subtile de la nature qui entoure son domaine.

Parce que le domaine que l’on cultive évolue, au fil des saisons, des ans, de la perception que l’on a de l’espace, l’idée même de culture permanente est une hérésie infantile… qui même au retour de la forêt primaire dans tout domaine « cultivé » dans l’esprit du « non-agir ».

Le Jardin du Non-Agir

Les fainéants de la butte

J’ai eu l’occasion d’expérimenter la culture sur des buttes composées de bois en putréfaction dans deux conditions très particulières, pour lesquelles cette technique pouvait avoir un certain intérêt :

Dans le cadre d’un projet d’aide au retour à l’autosuffisance alimentaire en zone tropicale humide, nous voulions réutiliser une clairière dont le sol nous paraissait riche, mais qui était encombrée d’arbre en voie de putréfaction. D’autre part, notre souhait était d’installer, à proximité du village, des cultures sur un sol qui, à force des pratiques culturales (cultures sur brulis) et des éléments climatiques, était devenu pauvre et minéralisé.

Nous avons donc nettoyé la clairière et transporté ces arbres pourris près du village. Une fois alignés, ils ont été recouverts de diverses couches de matière végétales, de déchets putrescibles, et de terre végétale tirée des forêts avoisinantes.

Les cultures alimentaires réalisées sur ces buttes ont prospéré grâce au climat chaud et humide, et leur taille réduite a autorisé la continuité du processus de décomposition de la matière organique. Après quelques années les buttes avaient disparues, mais la parcelle autre fois inculte produisait en abondance de beaux et bons légumes, tandis que dans la clairière, les légumes racines traditionnels avaient remplacé la friche.

Dans le cadre de la valorisation de marais envahis par la forêt primaire, l’abattage de ces arbres envahisseurs a permis de concevoir des îlots sur lesquels de la manière végétale a été apportée, sur laquelle nous avons étendue la vase en creusant des canaux autour des îlots.  Dans ce projet, nous n’avons rien inventé : c’est ainsi que se sont créés les hortillonnages et tous les jardins flottant de la planète.

Comme on le voit, la technique de la butte sur bois pourris est utile, parfois, dans des situations très particulières, et parfois extrêmes.

Dans le dernier quart du XXème siècle, des hippies convertis au jardinage, mais ayant conservé la fainéantise comme principal défaut, ont « inventé » une nouvelle manière de ne pas travailler la terre, qui, plus tard a été nommée « permaculture ».

La principale philosophie de cette façon de jardiner est qu’elle plaît aux fainéants et aux derniers de la classe qui considèrent un ouvrage d’agronomie comme un livre tendancieux. Pourtant, même en agriculture naturelle, les principes de l’agronomie restent exacts, et il est nécessaire de les connaître pour comprendre le sens de nos actions et leur impact sur le domaine dont nous avons la responsabilité et son environnement.

Emilia Hazelip faisait par­tie de groupes Hip­pies en Ca­li­for­nie dans les an­nées 70. Inspirée par le travail du microbiologiste japonais Masanobu Fukuoka et surtout après avoir lu son livre La révolution d’un seul brin de paille, Emilia Hazelip réussit à transformer les enseignements de Fukuoka, en les adaptant à la culture occidentale et aux conditions climatiques locales, elle s’est installée en Provence au début des années 1960.
Elle a passé sa vie à chercher un moyen de se rapprocher de la nature et elle est surtout connue pour avoir développé l’agriculture synergique après avoir étudié différentes méthodes d’agriculture naturelle dans une démarche holistique. Contrairement à Fukuoka, Emilia Hazelip a concentré son attention à l’entretien des légumes et des herbes du jardin potager.
Emilia Hazelip a également, involontairement, été utilisée pour répandre la permaculture comme idéologie en France, sauf que les derniers de la classe qui dormaient pendant ses interventions ont simplement conservé en mémoire ce qu’ils ont vu et compris, entre deux périodes sous l’influence des psychotropes.
Du jardin d’Emila Hazelip, entre deux pétards, ils n’ont retenus que ces quelques buttes dans une partie humide de son domaine et en ont fait un credo.
Le jardin d'Emilia
Phillip Forer est un autre de ces grands responsables de cette ineptie qu’est la culture sur butte de bois putréfié, qu’il a érigé en règle d’or dans son Jardin du Graal  où il prétend des récoltes spectaculaires depuis quarante ans.

Selon lui, cette technique est extrêmement simple à mettre en pratique, totalement gratuite et respectueuse de l’environnement.
Elle permet d’obtenir un sol riche, de ne pas utiliser d’engrais ni pesticides et herbicides, et de ne pas arroser.
Elle ne demande qu’un effort physique de quelques heures pour obtenir selon lui une terre riche pour une quinzaine d’années.

Les véritables conséquences de la butte sur bois putréfié.

Faire des buttes pour assainir un marais, est historiquement connu depuis que l’homme cultive la terre.

Faire des buttes en zone sahélienne aride pour lutter contre la sécheresse peut être utile.

Faire des buttes en zone tropicale humide pour régénérer un sol minéralisé, nous l’avons plus haut, et une bonne chose.

Mais faire des buttes chez nous, en climat tempéré avec des sols riches, et souvent argileux, il faut vraiment avoir envie de se casser les reins pour rien, et surtout, c’est contre productif.

Les buttes, c’est beaucoup de travail. Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple en déposant la matière organique à la surface… C’est plus reposant !

Dans nos terres qui sont très souvent argileuses, et qui ont tendance à devenir compactes si on ne les aère pas, enfouir de la matière organique et du bois en putréfaction vous permettra seulement d’obtenir du charbon dans un millions d’années.

Beaucoup réalisent des buttes façon Forrer qu’ils appellent butte de permaculture… Mais ils ne connaissent pas grand-chose aux mécanismes du sol et de la fertilité. Ils réalisent des buttes bourrées de matières organiques sur des terrains déjà fertiles.
La grande bêtise de l’agriculture intensive était de labourer profondément les sols et d’enfouir la matière organique, et les éléments nutritifs hors de portée des racines. La culture sur butte de bois putréfie comment exactement la même erreur, et l’extraordinaire vivacité des plantes sur la butte les premières années tiens simplement au fait que la terre arable a été aérée qu’elle est donc plus chaude et perméable. Mais après quelques années de tassement, on obtient un sol qui s’acidifie et on ne peut pas avoir de décomposition de la matière végétale en profondeur parce qu’il faut de l’oxygène.
La matière organique tombe sur le sol puis est transformée en humus par les organismes de surface avant d’être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines pour nourrir les plantes. Mais quand les éléments nutritifs sont déjà dans les profondeurs du sol, ils sont entraînés par les eaux encore plus profondément dans le sol, hors d’atteinte des racines des plantes !

La butte de culture, cette technique agricole ancestrale et universelle pour cultiver les zones humides est un pur produit du bon sens paysan, détournée aujourd’hui par l’ignorance et ses croyances. Si le bois est enfoui à 40 cm et plus, arrive très vite à l’anoxie car la structure du sol n’est jamais grumeleuse sur une telle épaisseur, il serait intéressant de faire des analyses du Ph dans des buttes assez anciennes, et ainsi prouver de façon scientifique que cette méthode tend à rendre le sol stérile par un Ph trop acide.