A propos des tomates – partie III – Pratiques culturales

Semis, repiquage, taille, tuteurage, entretien, prophylaxie, on peut lire, entendre tout et son contraire à propos de la culture des tomates.

Dans ma famille, dans le Lot-et-Garonne, on cultivait la variété Marmande, depuis 5 générations. Mes cousins cultivent encore la tomate de plein champ, de façon traditionnelle, mais ils utilisent désormais des variétés à port déterminé, hybride F1. La tomate est récolté quand elle est blanche (au moment où elle va prendre sa couleur rouge), calibrée, emballée, elle est chargée le soir dans des camions pour être vendue au marché de Rungis dès le lendemain matin.

Bref, chez nous, la culture de la tomate est quelque chose que nous maitrisons. J’ai été le premier de la famille à cultiver ce fruit en culture biologique, puis en biodynamie.

Klod tomates 1998

Le semis des tomates se réalise, en février ou mars, au chaud, en lune ascendante, lorsqu’elle passe devant les constellations du Bélier ou, mieux, du Sagittaire.

On peut réaliser ses semis en terrines ou en godets. Si l’on cultive plusieurs variétés, il est préférable d’utiliser des contenants séparés pour chaque variété. En effet, un des moyens utilisé par les tomates pour conquérir de nouveaux espaces, c’est de laisser ses graines flotter pour voyager. C’est pourquoi on peut voir, souvent, des tomates pousser en bordure de rivières, en aval d’aires de pique-nique.

Il faudra aussi se souvenir de cette particularité lors des premiers arrosages : la graine de tomate flotte, et si vous arrosez trop, elle passera par dessus bords.

Pour les collectionneurs qui font beaucoup de variétés, c’est un des points sur lequel vous devez rester très vigilants. Pas question de faire des lignes de tomates côte à côte, les graines flotteront d’une ligne à l’autre sans problème. Quand à certains collectionneurs, qui veulent avoir la plus grosse collection, sans en avoir les moyens, et qui dédient la surface d’un timbre poste dans une clayette pour chaque variété, c’est de l’inconsciente et de la fumisterie. Ces gens n’ont aucune connaissance en biologie végétale et voudraient donner des leçons au monde entier.

Donc, c’est avec un grand soin et beaucoup de prudence que vous aborderez le semis de vos protégées, que vous ayez une ou cent variétés.

Dans la nature la graine de tomate qui flotte, est déposée délicatement par l’eau sur une berge accueillante. Il n’y a aucune foreuse pour creuser un trou énorme et enfouir cette semence : déposez donc simplement vos graines sur un terreau très fin, tassez et arrosez délicatement.
Les semis seront maintenus à une température comprise en 18 et 25 degrés.

Je sème mes graines de tomates une par une. Je fais tomber quelques graines du sachet sur un bout de bristol blanc (ou de couleur unie) et avec le doigt, je dépose une par une mes graines sur le terreau. J’ai choisi de semer désormais dans des plaques de cultures alvéolées : une alvéole, une graine : un plant. Quatre graines pour chaque variété, dont je ne garderai au final que les trois plus beaux plants.

La tomate est une plante de jours long. Le semis se fait en période de jours très courts, il sera donc utile de faire des apports avec des lampes horticoles. Il existe des lampes horticoles LED qui sont désormais plus économes en énergie.

Semis de tomates en plaque alvéolées

Le repiquage se fait en lune ascendante devant la constellation du Lion, période qui vient 16 à 18 jours plus tard.

Il faut donc retirer délicatement le jeune plant lorsqu’il a deux vrais feuilles, et le planter dans un récipient plus grand, pour qu’il continue à grandir.

Il ne faut pas hésiter à enfoncer la plantule jusqu’aux premières feuilles, toute la partie enterrée produira des racines, et la plante entière en sera fortifiée.

On peut faire deux repiquages sur les mêmes plants, entre le semis et la plantation en pleine terre, en utilisant des godets plus grands à chaque fois. Plus on repique la tomate, et plus elle sera vigoureuse.

Pour ma part, je repique en godets de 7, et pour les variétés que je met en place plus tard, en godets de 9 une seconde fois.

Mars 2016 435

La plantation en plein terre se fait une fois que les Saints de Glace son passés, vers le 15 mai, en lune descendante devant la constellation du Lion (en principe, il y a une période de trois ou quatre jours favorables).

On prépare le tuteur et on le plante en premier, puis on fait un trou suffisamment grand, et surtout, profond. On enlève les feuilles du bas de la tomate, que l’on jette au fond du trou, puis on y met une poignée d’ortie broyées, et de feuilles de consoude déchiquetées. On couche la motte au fond du trou, et on enterre la plus grande partie de la tige jusqu’aux premières feuilles. Plus on enterre de tige, plus la tomate développera de racine, plus elle aura de puissance dans sa croissance.

Contrairement aux idées reçues, la tomate aime être plantée toujours au même endroit et retrouver des éléments nutritifs qu’elle y a laissé. Le compostage en tas, sur place, de la culture précédente lui est donc favorable.

En ce qui me concerne, et dans ma logique de « ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier », je procède à la plantation des tomates en deux étapes, au moins.
Une première fois en avril, une seconde fois en mai, lorsque les Saints de Glace sont passés. Pour certaines variétés, cette plantation plus précoce, permet, effectivement de gagner un mois de précocité à la récolte. Pour d’autres variétés, les tomates plantées plus tard, rattrapent les autres, et produisent en même temps. J’ai commencé à observer plus finement ce phénomène afin d’en tirer des conclusions cette année.

On peut aussi dé-saisonner facilement les tomates, en les cultivant sous serre ou sous tunnel. Si la culture n’est pas chauffée, on ne gagne pas grand chose. Si la culture est chauffée, on peut produire toute l’année de la tomates sans goût.

Pour tuteurer mes tomates, sous abris, je les fais grimper le long d’une ficelle, en les enroulant dans le sens des aiguilles d’une montre, car nous sommes dans l’hémisphère nord. Lecteurs de l’hémisphère sud, vous devrez faire le contraire !
J’enterre les ficelle avec la motte des tomates, elles sera prise par les racines. Cela évite d’attacher la ficelle au pied, et souvent de blesser, voir couper la tomate.
En fin de saison je recycle ces ficelles pour un autre usage, et je ne m’en sert jamais deux fois pour des tomates, pour des raisons prophylactiques. C’est également pour des raisons de prophylaxie que je déconseille les tuteurs en bois. Il est préférable d’utiliser des piquets métalliques, plus faciles à désinfecter en fin de saison.

Plantation des tomates sous abris

La taille est un sujet polémique, en effet certains la déconseille catégoriquement, car elle serait une porte ouverte aux infections. Pour avoir voulu suivre ce conseil, une année, nous avons perdu une partie de notre récolte.

Il existe des variétés qui ne se taillent absolument pas.

Les tomates à petit fruits, type tomate groseille, tomate cerise, tomate poire, tomate pèche, n’ont besoin ni de tuteur, ni de taille. On plante, on laisse pousser et on récolte.

Les tomates à port déterminé, ne se taillent pas et ne se tuteurent pas. On plante, on paille abondamment, en poussant la plante va se coucher sur la paille qui protègera les fruit du pourrissement.

Les tomates à très gros fruits ne se tuteurent pas, mais se taillent au dessus de la troisième feuille de sorte à produire trois gourmands. On paille alors abondamment, et sur chaque branche on gardera deux ou trois bouquets. Parfois, il peut être nécessaire de poser les fruits sur un pot, pour éviter le pourrissement, ou l’attaque de limaces par dessous.

Toutes les autres variétés se tuteurent et se taillent. On coupera les gourmands qui naissent à l’aisselle des feuilles pour ne garder qu’une seule tige érigée. On étêtera cette tige unique au dessus du septième bouquet de fleurs, pour favoriser la maturation des dernières tomates de la saison.

Cultures associées :

Dans le potager naturel, où tout est mélangé, la tomate s’associe avec presque tout, sauf les pommes de terres qui leur donne la maladie, ainsi que les courges et concombres.

Sous abris, elle apprécie la présence de basilic, aneth, mâche, persil… ainsi que les soucis et les œillets d’Inde. Les tagètes, en effet, éloignent les nématodes du sol. D’ailleurs, je les composte, en tas, avec les tomates, sur le lieu qui leur est dévolu.

Fumure et fertilisation :

Je prépare ma saison de culture de tomates dès que j’ai terminé d’arracher les derniers plants à l’automne. Je composte en tas, sur place, les pieds de tomates sans fruits, avec les tagètes et d’autres matières, ainsi que du fumier de cheval. A la fin du mois d’avril, les poules qui ont passé l’hiver dans le potager vide on étalé ce compost et on nettoyé l’espace des prédateurs potentiels. Il suffit donc d’aérer cette terre qui est déjà fumée en profondeur avec des éléments nutritifs appréciés par la tomate.

Pour la fertilisation j’apporte, depuis la plantation en mai, jusqu’à la fin du mois de juillet, une fois par semaine, puis une fois tous les 10 jours en juillet, un engrais « maison », composé de 1/3 de purin d’orties, 1/3 de purin de consoude, 1/3 de pipi, le tout dilué à 10 % et distribué avec un arrosoir.

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A propos des tomates – partie IV – Variétés horticoles

Depuis les variétés cultivées par les Incas, nul ne peut dire à ce jour combien de variétés de tomates sont cultivées dans le monde.

Preuve du succès du légume roi, plusieurs dizaines, voir centaines de nouvelles variétés voient le jour chaque année.

Snyders Frans. Vendeuse de fruits

Je n’ai pas l’intention de vous récapituler ci-dessous, toutes les variétés de tomates, de façon exhaustive, que je suis supposé connaître. Si vous voulez trouver les caractéristiques d’une tomate cultivée en France, je vous conseille cet excellent site participatif qui est devenu une encyclopédie de référence des variétés potagères dont 3461 tomates.

Pour le jardinier amateur qui désire, par la suite, conserver ses propres semences, il faudra toutefois, faire attention à certaines informations, et éviter certaines variétés, pour des raisons bien différentes.

Le jardinier amateur, cherchera à privilégier les variétés, anciennes ou récentes, fixées et parfaitement stables, qui correspondent :

  • à son climat
  • à son sol
  • à l’exposition de son domaine
  • à son environnement
  • à la superficie dont il dispose
  • à sa manière de vivre
  • à ses gouts culinaires

On ne cultives pas en Sibérie avec les mêmes objectifs qu’en Espagne ou dans les pays du Maghreb, cultiver en France, des variétés du monde entier, peut n’avoir aucune valeur nutritionnelle et culinaire, car ces variétés ont été élaborées, pour un climat et une approche culturelle qui n’est pas la notre.
Les tomates industrielles n’ont également aucun intérêt pour le jardinier amateur.

Les variétés hybrides F1 sont issues d’un croisement entre deux variétés, souvent elles mêmes issues de croisements spécifiques, en vue d’obtenir une, ou plusieurs, qualités spécifiques. Les hybrides F1 sont des croisement de première génération (« F »signifie qu’il y a eu un croisement, et le chiffre, le nombre de générations depuis ce croisement initial), il existe également des hybrides F2. Toutefois, ce croisement de première génération n’est pas stabilisé, et les semences donneront tout un panel de plantes aussi différentes les unes que les autres. Il faudrait alors des années de travail de sélection, et des hectares de terre pour trouver, là-dedans, une variété qui veuille bien se fixer. Aussi, quand vous aurez l’occasion de lire, sur les réseaux sociaux, un amateur se vanter d’avoir « déshybridé » une variété, dites vous que c’est fanfaronnade et pure forfanterie : quel amateur peut dédier au moins un hectare de terre et une dizaine d’année pour créer une nouvelle variété ?

De plus en plus souvent, on peut voir dans les catalogues de graines, la mention « variété récente qui peut manifester une très grande variabilité de couleurs, de formes et de saveurs« . Une variété maraîchère, tel que le terme est défini depuis que la botanique existe, est fixe, homogène, produisant des plantes identiques en tout points, qu’il s’agisse de la végétation, de la forme et couleur des fleurs, de la forme, couleur, texture et goût des fruits. Une variété qui peut encore manifester d’une grande variabilité indique qu’elle n’est pas fixée et que l’obtenteur l’a mise sur le marché avant d’avoir terminé son travail, long et couteux, de sélection. Or, la patience est la principale qualité du jardiner. Il est préférable de ne pas succomber à l’attrait, exacerbé, de la nouveauté. Si plus personne n’achète ces variétés non fixées, elle disparaîtront du marché et la tentation d’aller trop vite en besogne se calmera. Il existe plus de 4000 variétés de tomates fixées disponibles sur le marché en France, les jardiniers conscients, peuvent donc oublier les effets de mode, et cultiver des variétés qui ont fait leurs preuves.

Illustration botanique, vers 1659

Où trouver des variétés anciennes de tomates en France ?

Auprès des semenciers professionnels en France :

Auprès de semenciers professionnels à l’étranger :

Sur des sites de troc de graines

( * liste non exhaustive d’une partie de mes fournisseurs)

On évitera les propositions alléchantes de variétés inconnues vendues sur E-bay, et on évitera également des échanges de gré à gré avec des personnes qui vous contactent sur les réseaux sociaux. Il arrive souvent que des personnes écrivent ; « je débute un jardin, et je souhaite des variétés… » et qui vous demandent de leur envoyer tout ce que vous avez récolté. Puis, vous retrouvez l’intégralité de ces semences, votre travail, en vente sur des sites de vente en ligne pour particuliers.

On évitera également d’échanger avec des amateurs collectionneurs boulimiques dont les collections dépassent la centaine de variété. Pour un particulier, qui travaille, dont ce n’est pas le métier et qui n’a pas fait les études pour cela, au delà d’une centaine de variété, le risque que vous receviez n’importe quoi comme semences est important. Surtout si vous voyez ce même collectionneur, fier de vous montrer ses semis, où 20 variétés se côtoient dans la même terrine (la graine de tomate flotte allègrement au fil des courants), s’il plante un pied de chaque variété, côte à côte et si, de surcroît il ne protège pas ses fleurs des hybridations naturelles.

Si vous cultivez plusieurs variétés de tomates dans votre potager, pensez, systématiquement, à protéger les bouquets de fleurs dont les fruits sont destinés à la reproduction, par des sachets en organza.

Protection d'un bouquet de fleurs en vue de la production de semences

A propos des tomates – partie V – La tomate indigo, du buzz au bug

La première fois de ma vie que j’ai eu l’occasion de voir une tomate bleue, c’était en 1973 à la station expérimentale de l’INRA d’Auzeville, près de Toulouse.

En réalité, j’étais plus attentifs aux charmes de la brune aux jambes de rêve qui tentais de m’impressionner avec cette chose insignifiante, qui ne ressemblait en rien au magnifiques tomates du jardin de mon père, couverte de fruits minuscules hérissés de piquants. Fruits que je trouvais plus noir que bleus d’ailleurs.

Au fur et à mesure que le décolleté de sa blouse devenait de plus en plus plongeant, la belle, qui avait le double de mon âge, m’expliquât qu’on avait trouvé cette plante à l’état sauvage du côté du Mexique, que les tomates étaient cultivées par les Incas, mais qu’il était impossible de l’utiliser dans leurs recherches pour l’amélioration des variétés industrielle, car elle avait trop la fâcheuse tendance de croiser avec n’importe qui. Étant donné la suite donnée à cette rencontre, je me suis toujours demandé si elle parlait de la tomate ou de sa propre personne.

Bien plus tard, j’eus l’occasion de revoir cette tomate à fruits bleu-noirs, et d’autres qui lui ressemblaient, dans la nature sauvage de l’ouest de l’Amérique du sud. Même les ânes de bat n’y touchaient pas.

Dans les années 1960, un bulgare, dont l’Histoire n’a rien retenu, a travaillé sur des hybridations pour obtenir des tomates à partir des anciennes plantes des Incas. Un autre chercheur américain a fait quelques tests, peu concluants à cette période aussi. Le caractère allogame de ces plantes restait le facteur, impossible à éradiquer, qui compromettait leurs recherches.

Dans l’Oregon, c’est à l’Oregon State University que le Dr. Tex Frazier conduit à cette période, les recherches sur les tomates, puis, le Dr. Jim Bagget lui succèdera. Des variétés comme Oregon Spring, Siletz, Santiam ou Willamette, présentes dans de nombreux potagers de nos jours, sont le fruit de leur travail.

Jim Myers

Vers la fin du siècle dernier, le Dr. Jim Myers, devenu directeur de recherches, lance une série de travaux dans le but d’augmenter la lycopène dans le fruit des tomates.
En réalité, Carl Jones effectue un profil nutritionnel d’anciennes variétés (Jones, 2000) et Peter Mes, étudie les effets combinés du beta carotène et du lycopène. Après des hybridations, les deux étudiants ont sélectionnés une série de tomates, cultivés sous les sigles OSU (pour Oregon State University), suivi de la lettre P et d’un numéro pour chaque plante sélectionnée. Ces plantes sont issues de croisements restés incompréhensibles (chaque étudiant ayant fait ses propres sélections), à partir d’espèces sauvages et de vieilles variétés (présentées comme des variétés cultivées par les Incas) qui sont conservées par le Tomato Genetics Resource Center de l’Université de California-Davis. En 2003, Myers, Jones et Mes publient à propos de l’héritage des anthocyanes.

Dès 2004, les semences de certaines lignées de ces tomates indigos d’Oregon State University, en cours d’élaboration sont distribuées, sous le manteau, à des collectionneurs et à certains professionnels. C’est ainsi que OSU Blue et OSU P20, décrites comme riches en anthocyane, un antioxydant auquel on prête des qualité dans la prévention de certains cancers arrivent entre les mains de Tom Wagner de Tater Mater Seeds (Etat de Washington), Alan Kapuler de Peace Seeds (en Oregon), Lee Goodwin de J&L Gardens (au Nouveau Mexique), Brad Gate de Wild Boar Farms (en Californie), Mark McCaslin de Frogsleap Farm (dans le Minnesota)… ils sentent qu’il y a un filon à exploiter, et c’est ainsi que dans les années suivantes, « la tomate bleue qui prévient des risques du cancer » commence à faire le buzz auprès des collectionneurs avides de nouveauté, et des marchands de graines. Sur la grosse cinquantaine de tomates « OSU P… » une petite poignée se sont échappées, mais, mis à part pour les deux citées ci-dessus, leur diffusion reste confidentielle. A ma connaissance, seule OSU P5 a « un gout agréable pour l’américain moyen ».

Sauf que c’est le lycopène, qui est un enzyme réputé pour prévenir notamment le cancer de la prostate, et que ce sont les anthocyanes qui donnent la couleur bleu-noir, qui deviendra « bleu indigo » chez les marchands du temple. Ce gène porteur des anthocyanes dans les fruits (aft dans les publications de l’OSU) vient de Solanum chilense Reiche (ex Lycopersicon chilense) aux fruits verts à blanc verdâtre veinés de pourpre, auto incompatible et allogame. D’autres gènes, comme pour la coloration aubergine (Abg), viennent de Solanum lycopersicoides Dunal (ex Lycopersicon lycopersicoides), aux fruits vert-jaune devenant noirs à maturité, auto incompatible et allogame. Les gènes qui ont donné les appellations atroviolaceum (atv) sont empruntés à Solanum chesmaniae Fosberg (ex Lycopersicon cheesmaniae) aux fruit jaune orangé, auto compatible et strictement autogame.

Solanum chilensis

ALLOGAME voilà bien la perversité de la nouveauté !

On est allée chercher, parmi les ancêtres amérindiennes, une de ces tomate qui a la fâcheuse particularité de se croiser avec toutes ses semblables qu’elles qu’elles soient, raison pour laquelle, elle avait été soigneusement écartée de tous les programmes d’améliorations jusque là.

On peut donc se poser quelques questions, une fois que l’on connaît l’histoire tout de même rocambolesque de cette évasion d’une plante qui n’était qu’une expérimentation.
– 1 – Pourquoi une filiation  et des hybridations dont les savant ne pouvaient que connaître la dangerosité ?
– 2 – Qui a organisé l’évasion des semences ?
– 3 – Qui avait intérêt à ce que cela se produise ?
– 4 – Quelles peuvent-être les conséquences pour notre patrimoine génétique de tomates anciennes ?

Il me parait plus simple de commencer par essayer de répondre à cette dernière question pour commencer.

Après quelques années de cultures, chacun peut constater que les tomates indigo ont la fâcheuse habitude de s’hybrider avec tout ce qui les entoure. Plus que jamais donc, la protection des bouquets floraux des variétés anciennes est nécessaire.
Par contre, la protection des bouquets des variétés indigo est contre productive, car elles n’ont pas la faculté des variétés traditionnelles de s’auto-polliniser, même par fortes chaleurs. Il leur faut impérativement une fécondation croisée. Celui ou celle qui cultive ces variétés, ne peut donc pas empêcher les insectes de les polliniser, puisque c’est la seule façon d’obtenir des fruits, mais c’est également la meilleure façon d’aller polluer les ressources génétiques des tomates cultivées à des kilomètres à la ronde.

Protection d'un bouquet de fleurs en vue de la production de semences

La conséquence de la culture irraisonnée des tomates porteuses des gènes d’anthocyane, sera, à court terme, la perte irrémédiable de l’ensemble de notre patrimoine génétique de variétés anciennes.

Nous l’avons vu, les premières semences de tomates indigo, se sont évadées de l’OSU en 2004. Dix ans plus tard, on comptait des centaines de pseudo nouvelles variétés de tomates indigos, certains producteurs américains s’en font même une spécialité. En 2010 déjà, Lee Goodwin de J&L Gardens distribuait sa Bosque Blue issue d’une variété de tomate rouge, Amy’s Sugar Gem. Tom Wagner en 2011 proposait déjà ses variétés Alki Blue, Blue Angel, Blue Fog, Blue Streak, Clackamas Blueberry, Dancing with Smurfs, Fahrenheit Blues, Seattle’s Blue Woolly Mammoth, Sunshine Blue. En 2012 il proposait en plus Blue Bayou, Blue Pitts, Blue Match, Blue Tears, Chocolate Blues, Helsing Junction BlueMuddy Waters, Out Of The Blue. En bref, une vingtaine de variétés indigo étaient déjà proposées moins de dix ans après la célèbre évasion des graines de tomates de l’OSU. Or, pour fixer une variété, c’est à dire que des générations de tomates donnent toujours le même fruit sur le même type de plantes, le travail de sélection demande au moins dix ans !
Donc, si nous avions eu des sélectionneurs sérieux, et non pas une course à l’évènement, on devrait voir de premières variétés réelles de tomates indigos apparaître depuis deux ans. Seulement la nature humaine et l’appât du gain ont fait bruler les étapes à beaucoup de sélectionneurs, de producteurs et de semenciers.

Tomate Jl Midnight

Ce qui peut aussi paraître étrange, c’est que la presse s’est vite emparée du phénomène « tomate bleue », et que nous pouvons lire des articles élogieux depuis plus de 6 ou 7 ans. Faire l’éloge d’un produit avant de savoir ce qu’il vaut… si certains trouvent les tomates indigo délicieuses, aucune des « Tomate OSU … » ne vaut la peine d’être cultivée pour autre chose que la curiosité.

Les collectionneurs se sont, c’est compréhensible, ruées sur ces nouveautés.
Et rapidement, les premières semences de variétés traditionnelles polluées par les gènes d’anthocyanes ont donné naissance à des variétés polluées. Certains collectionneurs, bouffis d’orgueil, ont donc crié un peu partout qu’ils avaient créé une nouvelle variété de tomate. Le cas le plus symptomatique de cette incurie due à des connaissances trop sommaires en biologie végétale, est probablement le cas de la tomate Ananas bleue qui aurait été obtenue dès 2010 par un amateur belge. L’analyse ADN de cette plante, montre que c’est simplement une tomate de la variété Ananas, qui a simplement été polluée par les gènes aft et atv. Chacun aura noté au passage que l’amateur fut plus rapide que les professionnels spécialisés et compétents. Ces gens crient désormais au complot de ma part, alors que mes variétés indigos, qui ont servi de tests à mes études, sont à l’isolement strict, et désormais, une campagne où je suis désigné comme le gourou est orchestrée contre moi. Les apprentis sorcier d’hier, se posent en donneurs de leçons, cela me fait penser au pompiers pyromanes, mais cela ne me fait pas rire, car c’est par le milieu des collectionneurs que le danger se propagera le plus vite et le plus efficacement.

Donc, c’est l’orgueil ou l’appât du gain qui semblent être à la genèse du buzz de la tomate bleue.

Enfin, si l’on sait que les université américaines sont financées par le mécénat, une lecture attentive des personnes qui ont financées ces recherches assure des surprises notables…
Surtout si on compare cette liste, publique, avec celles, toutes aussi publiques, des administrateurs et grands responsables des compagnies agro-alimentaires américaines qui travaillent sur les OGM.

Quand toutes les variétés traditionnelles que nous cultivons depuis les incas auront été polluées par les anthocyanes, il ne restera plus que les OGM de ces compagnies pour nourrir la planète.

Sources : Breeding Tomato for Increased Fruit Phenolics (mémoire de docteur en philosophie de Peter S. Boches)

Culture du poireau

Poireaux givrés en décembre 2015

Le poireau est un légume des climats tempérés très résistant au froid. Il peut, sauf hiver exceptionnellement rigoureux, passer tout l’hiver en terre…

Personne ne sait d’où vient le poireau. Seule certitude : il était déjà connu des grecs et des romains dans l’Antiquité.

Le poireau, Allium porum, est un légume bien courant des potagers, particulièrement en hiver ! Sa tige est réduite à un simple plateau portant racines et feuilles. Ses feuilles sont engainantes, enterrées blanches, vertes au sommet en éventail. Elles représentent la partie consommée.

Le poireau est un bon légume d’hiver, source de vitamines A, B, C et PP, riche en fibres et diurétique.

La préparation et l’enrichissement du sol, l’éclaircissage, la plantation, l’entretiens et la récolte doivent être effectués en lune descendante, lorsque celle-ci est devant la constellation de la Vierge.

Le semis doit être effectué en lune ascendante, lorsque celle-ci passe devant les constellation du Capricorne et du Taureau.

Pour le semis, il faut distinguer les poireaux à semer sous abris, ou poireaux baguettes (Bleu de Solaise, de Liège…), culture que je n’ai jamais pratiquée et dont je ne peux vous parler, des poireaux d’automne (moyennement résistants aux gelées : de Gennevilliers, Monstrueux de Carentan, Monstrueux d’Elbeuf…) et d’hiver (très résistants au gel : Géant d’hiver, Bleu de Solaise, Long de Mézières, Bleu de Liège, de Saint-Victor…).

Je ne parlerai donc ici que de ce que je pratique, la cultures des poireaux à récolter et consommer de l’automne au printemps.

Des semis échelonnés (en tenant compte des caractéristiques des variétés) permettent d’avoir du poireau frais toute l’année. Il est possible de semer en pleine terre, ou sous châssis, mais la culture, longue,de cette plante, demande alors beaucoup de place.

Je préfère semer en terrines, par petites quantités, un peu chaque mois à partir de la fin février, jusqu’à la fin du mois de mai.

Semis de poireaux en terrines

Lorsque les graines ont germées et que les jeunes plantules ont atteint 2 à 3 millimètres de diamètre (à peu près 40 jours après le semis), je les repique une première fois en pépinière dans un endroit où le sol a été au préalable, spécialement préparé à cet effet, avec apport de terreau, de tourbe bonde, et un travail du sol très minutieux sur quelques centimètres de profondeur. Pour cela, j’utilise la griffe et l’émietteur.

Pour un travail en finesse du sol : la griffe et l'émietteur

Les jeunes plants sont alors repiqués en lignes espacées de quelques centimètres, à 2 ou 3 centimètres d’intervalle, je fais une ligne par variété, quelque soit le nombre de graines qui ont germées.

Pépinière de poireaux en avril

On les  transplantera à leur place définitive, lorsque les jeunes plants de poireaux auront atteint la taille d’un crayon, deux à trois mois plus tard à peu près, selon les conditions spécifiques à votre domaine.

Poireaux prêts à être transplantés

La culture, à partir de ce moment, va être longue. Les poireaux consommés au printemps suivant, passeront parfois dix mois à cet endroit. La préparation de leur mise en place, requiert donc, réflexion et préparation.

On devra en effet réfléchir de l’endroit le mieux adapté, en fonction du sol, de l’exposition au soleil, mais aussi de l’implantation du potager dans un an, et la présence de poules, ou non, en hiver.

Sauf si l’on a mis en place une couverture permanente du sol le poireau apprécie un sol suffisamment travaillé en profondeur (20 à 30 cm sont toutefois suffisants). Le préalable est donc d’ameublir le sol par un travail vertical, à la grelinette ou à la fourche bêche. On apportera de l’humus en quantité (je met un seau à vendange par mètre carré de compost décomposé et mûr).

Voici comment je procède :

Quand ils ont diamètre d’un crayon, j’arrache les plants. Je reconnais que c’est parfois un peu compliqué de trier les plants dans la pépinière, car les plus petits attendront le mois suivant à la même place. Dans un premier temps, les poireaux repiqués sont destinés à la consommation, donc je ne m’intéresse pas du tout aux variétés, je mélange tout.

Poireau bon à transplanter

Maintenant, il vous faut habiller les plants, c’est à dire raccourcir aux ciseaux les feuilles d’un côté, et les racines de l’autre.

A quoi sert l’habillage ?

  • Réduire les racines va provoquer la naissance de nombreuses autres radicelles qui vont aider le plant à s’enraciner.
  • Diminuer la longueur des feuilles a pour effet que le plant va évaporer moins d’eau, donc le plant ne risquera pas de se dessécher.
  • Un plant plus court est plus facile à manipuler et à positionner correctement dans son trou de plantation.

Comment procéder ? C’est très simple : prenez une dizaine de plants dans la main, alignez-les pour que tous les bulbes (la partie renflée juste avant les racines) soient au même niveau. Puis coupez les racines à 2 cm et coupez de l’autre côté environ la moitié du feuillage vert. Après cela, vous obtiendrez une série de plants qui font tous la même taille.

Poireaux habillés

Je laisse sécher les plants pendant environ 48h à mi-ombre, à même le sol, ce qui permet de les renforcer contre les attaques du ver du poireau ou encore de la mineuse (un ravageur causant bien des dégâts depuis quelques années).

Poireaux mis à sécher

Avant la plantation, je mets les plants à tremper quelques instants dans un pralin (mélange de fiente de poules, de compost et d’argile). Cela facilite la reprise après la plantation.

Vous lirez partout, qu’il faut creuser un sillon de 15 cm de profondeur, pour avoir des futs bien blancs et droits. C’est là où ma méthode diffère. Je la tiens d’un vieux jardinier catalan, qui me l’a enseignée, il y a plus de trente ans, à Perpignan. Il faut en effet savoir que la récolte des poireaux pour la consommation se fait en hiver, quand la terre est lourde, collante, et souvent gelée. Creuser à 20 centimètre pour extraire des poireaux entier relève alors de l’exploit. C’est pourquoi depuis 30 ans, je cultive des poireaux bien blancs, faciles à arracher, même quand le sol est gelé, mais dont le fut est tordu, ce qui ne gène en rien leur consommation du moment qu’on ne cherche pas à les vendre.

Je fais donc un sillon peu profond, mais large de 15 à 20 centimètres et je dispose mes poireaux, couchés, racines au sud, feuilles vers le nord.

Plants de poireau au moment de la transplantation

Puis je recouvre de 2 à 3 centimètres de terre. Pour favoriser la diversité végétale, je ne fais plus de longs sillons, mais je plante les poireaux par petites lignes de 5 à 10 plants, espacées d’au moins un mètre entre chaque lignes.  Je sème aussitôt des carottes (sauf si je viens de repiquer à leur proximité), et de l’aneth.

Les carottes et oignons cultivés entre les rangs de poireaux éloignent la teigne du poireau. Le poireau, grâce à son odeur très prononcée, repousse la mouche de la carotte. L’aneth, elle, pas son odeur forte, déroute les insectes prédateurs. De plus, des poireaux dispersés sont ainsi moins vulnérables.

Une fois la culture mise en place, il est préférable de pailler (avec paille, foin, feuilles ou paillis de lin) pour conserver le sol frais et éloigner ainsi les prédateurs qui préfèrent des poireaux plus secs. Il est bon de déposer, de si de là, à proximité, des gourmands de tomates coupés, ou des feuilles quand vous éclaircissez, elles feront profiter les plantations de leur vertus insectifuges.

Légumes à cultiver à proximité du poireau : les carotte, le céleri, le fraisier, l’oignon, la tomate, la laitue, la mâche ou encore l’asperge. Au fur et à mesure de l’avancée de la saison, ces légumes viendront remplir les vides entre les lignes de poireaux qui constituent, ainsi, la trame d’une parcelle de culture automne-hiver.

Poireaux en juin 2016

Associations de plantes qu’il est préférable d’éviter :
Haricots, pois (Fabacées) freinent le développement du poireau.
Bettes et betteraves (Chénopodiacées) ne seront pas associées à une culture de poireaux. Tout comme les poireaux, ce sont des plantes exigeantes.
La pomme de terre (Solanacées) nuit à l’oignon commun, sa présence freine son grossissement…

Variétés de poireaux
‘De Carentan’ : variété très rustique, supporte des conditions extrêmes hivernales. Elle est lente à monter à graines au printemps. Son fût court, entre 20 et 25 cm de longueur, présente un diamètre de 4 à 6 cm.
‘Bleu de Solaise’ : variété mi-tardive, est adaptée aux récoltes d’hiver, elle se montre particulièrement résistante au froid. Un large feuillage vert bleuté prolonge un fût court de 20 à 25 cm de longueur.
‘Saint Victor’ : fûts gros et longs, présente un feuillage dressé, de couleur bleu-violet. Cette variété est particulièrement résistante au froid. Elle se développe encore en cours d’hiver et au début de printemps. Originaire de France, cette ancienne variété est issue de ‘Bleu de Solaise’.
‘De Liège’ : une variété idéale pour l’hivernage en pleine terre : sa récolte court de novembre à février. Feuillage vert-bleu sombre, fût blanc de grande longueur et gros diamètre caractérisent ce poireau.
‘Monstrueux d’Elbeuf’ : fûts très gros et assez courts, est une variété d’été, précoce et productive, qui résiste bien à la chaleur.
‘Gros long d’été’ :  variété précoce au développement rapide et qui présente aussi une bonne résistance à la chaleur. Les fûts longs et gros se récoltent de juin-juillet jusqu’aux premières gelées.
‘Électra’ : variété à petit fût (15 cm) et à feuillage vert bleuté, se récolte à partir de juillet.
‘Gros jaune du Poitou’ : variété peu rustique, grossit vite et est précoce. Les fûts longs de 20 à 25 cm offrent un diamètre de 4 à 6 cm ainsi qu’un feuillage en éventail vert-blond.
– Pour les récoltes d’été et d’automne, voici trois variétés à récolter avant les grands froids :
‘Carlton’ : poireau au feuillage vert clair;
‘Gros long d’été 2’ : un poireau précoce à ne pas trop laisser grossir;
‘Jaune gros du Poitou’ : un légume très précoce au feuillage vert blond.
– Pour les récoltes hivernales, les variétés doivent supporter le froid comme  :
‘Monstrueux de Carentan 2’ : poireau au fût court et large
‘Bleu de Solaise’ : poireau au fût moyen et au feuillage bleuté
‘Bleu d’hiver’ : poireau au fût long et gros, qui présente une bonne résistance aux maladies.

Les ravageurs et maladies du poireau :
Le ver du poireau (teigne) : la larve  est une petite chenille blanche-jaunâtre ou verdâtre avec des points noirs et des bandes claires. L’adulte est un papillon  aux ailes brunes tachetées de blanc et mesurant 15 à 20 mm. La larve cause des dégâts considérables en creusant des galeries à l’intérieur du fût. L’association du poireau avec la carotte est bien connue des jardiniers bio. A juste titre, car l’odeur de la carotte éloigne la teigne. Le céleri est semble t’il également efficace. Le séchage préalable des plants, en atténuant l’odeur attractive du poireau, est également une bonne solution.
Le poireau et la carotte, cultivés en voisinage, se protègent mutuellement de leurs ravageurs respectifs, il n’est pas inutile de le répéter !
La mineuse du poireau : La larve de la mineuse est un petit asticot jaune pâle d’environ 6mm de long. L’adulte est une petite mouche à l’abdomen jaune. Ce ravageur, apparu en France vers 2005, commence à causer de sérieux dégâts dans de nombreuses régions. On peut observer des tâches alignées et jaunâtres sur les plants atteints. Les feuilles externes sont abîmées et la plante s’affaisse. En appliquant les techniques décrites ci-dessus pour la teigne, je n’ai jamais eu ce problème, contrairement à certains voisins… j’ignore à ce jour si cela est lié aux précautions prises. On conseille de couper et de mettre les poireaux atteints au congélateur.
Une autre technique efficace contre ces ravageurs consiste à place un filet anti-insecte sur la parcelle de poireaux.
Les pucerons : les feuilles de recroqueville sur elles-mêmes
Le mildiou : Des tâches jaune puis brunes se forment sur les feuilles
L’oïdium : Un feutre blanc se forme sur les feuilles

Production et récolte des graines.

Les poireaux destinés à la production de semences sont plantés à part, en sol bien drainé, mais restant frais en été. Le poireau fleurit en juin, et les graines sont mûres entre fin juillet et le mois d’août. C’est donc une culture très, très longue, puisqu’il se sera écouté 18 mois entre le semis et la récolte des semences. Les plants destinés à la reproduction sont plantés par groupes de 3 à 5 plants, disposés en étoiles et correctement étiquetés et répertoriés. Des variétés différentes devront être suffisamment éloignées pour qu’il n’y ait aucun risque d’hybridation.

 Fécondation naturelle d'une fleur de poireau

La fève et le puceron

Chaque printemps, une histoire d’amour sans cesse renouvelée se produit sous nos yeux de jardiniers, mais le plus souvent, l’intolérance et l’incompréhension du phénomène, transforment en drame cette belle idylle.

Dans le rôle de Juliette, j’ai nommé la fève, et son Roméo printanier, le puceron noir.

Le puceron noir de la fève (Aphis fabae Scop.)

Ne vous méprenez pas, si chaque fin de printemps le puceron vient sur les pointes de nos fèves, ce n’est pas par le fruit du hasard, mais en réalité, c’est pour notre bien.

Oui, j’ai bien dit, ce puceron nous veut du bien.

En effet, l’invasion des fèves par le puceron noir (Aphis fabae Scop. de son véritable nom) n’est pas fortuit : il vient en raison d’un déséquilibre. Les pluies du printemps, surtout quand elles sont orageuses, sont fortement chargées par l’azote de l’air, et les fortes concentrations d’ozone dû à la pollution exacerbent encore ce phénomène. Attiré par cette forte concentration de nitrates dans les tiges de fèves, le puceron rétablit ainsi un équilibre.

Le jardinier a alors le choix : lutter contre le puceron et manger des fèves qui ne seront ni équilibrées, ni saines pour sa santé, accepter que le puceron lui vienne en aide, et manger de bonnes fèves, équilibrés et peu chargées en nitrates.

Pour limiter l’impact de ces petites bêtes sur la récolte, le mieux est donc de semer les fèves à l’automne, elles donneront plus tôt, avant l’arrivée des pluies de mai, et leur cortège de pucerons divers et variés, dont le puceron noir. Si le puceron arrive quand les fèves, semées au printemps, sont en fleurs, les dégâts et la perte de production seront importants. S’il arrive au moment de la récolte, le jardinier ne se rendra compte de rien.

Ne prétendez pas qu’il fait trop froid chez vous pour semer des fèves en automne, chez nous elles résistent bien au froid et à la neige.

Janvier 2016 : les fèves sous la neige

Il est également possible de semer à la volée de l’aneth, qui éloigne le puceron. Mais je dois avouer que chez nous, l’aneth daigne pousser, alors que, le plus souvent, nous avons déjà terminé la récolte de fèves.

Donc, chez nous, le puceron noir de la fève arrive, alors que nous sommes en pleine récolte, il attire ses prédateurs. Dès que la chaleur arrive, un remue ménage incessant d’insectes se fait tout autour de nos fèves. Des coccinelles diverses et variées (à cinq points, à sept points, des jaunes, des noires…), des larves de syrphe, des larves de chrysope, des perce-oreilles, mais également, une petite guêpe sombre (Aphidius colemani) qui pond ses œufs à l’intérieur des pucerons. La larve de la guêpe se développe en dévorant le puceron de l’intérieur, c’est donc un insecte dit parasitoïde : il entraîne la mort de son hôte. Durant les premiers jours, le puceron, sous l’influence de la larve de la guêpe, consomme un peu plus de sève qu’à la normale. Certains pucerons pourraient même encore se reproduire alors qu’ils sont parasités. Mais rapidement, la larve de l’Aphidius tue le puceron et se tisse un cocon dans ce dernier. Le puceron prend alors une teinte brunâtre, on dit qu’il est momifié !

Il faut dire que lorsqu’une plante est attaquée par des pucerons, elle émet parfois une substance appelée allomone qui attire les parasites des pucerons. Ainsi, si au lieu d’utiliser le produit « rapidé kitutout » vous laissez faire la nature qui tend toujours vers l’équilibre, les invasion néfastes ne deviendront, au fil du temps qu’un lointain souvenir.

La patience n’est-elle pas la plus importante qualité que chaque jardiner se doit d’avoir ?

Mai : les fèves en production

Tours à fraisiers saison II

  • Ne cherchez pas « Les tours à fraisiers saison I » car je ne l’ai jamais écrit (mais je vais en parler ci-dessous).

Contrairement à ce que l’on peut lire souvent, le fraisier est une plante frugale : ça tombe bien, l’adjectif frugal, dérive de Fragaria, le nom latin de la famille à laquelle appartiennent nos fraisiers (Fragaria vesca).

Donc, le fraisier sait se contenter de peu, du moment que le sol n’est pas trop calcaire, et qu’il soit assez perméable. Dans notre terre argileuse, nous avons installés nos premiers fraisiers en planches, sur des buttes au dessus des allées (sauf qu’au lieu de les planter tous les 20 cm sur deux rangs espacés de 40, nous les avons placés tous les 15 cm en quinconce sur 5 rangs espacés de 20 cm). Avant cela nous avions apporté du compost afin d’apporter de la vie dans le sol, et qu’à moyen terme, il devienne moins compact, et nous avons paillé avec une toile d’origine végétale qui devrait se désagréger en 3 ou 4 ans, toile qui est recouverte de BRF (Bois Raméal Fragmenté).

Avril 2016 877

Mais de nos jours les jardins sont de plus en plus petits, et il convient de rechercher des solutions pour gagner de la place, j’ai également pensé à nos ami-e-s qui sont de plus en plus nombreux et nombreuses à retrouver goût au jardinage en milieu urbain. Je me suis alors souvenu des tours à fraisiers que l’on voyait dans les catalogues de ma jeunesse, et que l’on peut encore trouver de nos jours, malgré qu’il soit désormais prouvé que toutes les matières plastiques exposées au soleil et aux ultra-violets dégagent des particules chimiques cancérigènes que l’on retrouvera dans les fraises.

Tour à fraisiers cancérigène

En 2016, j’ai donc expérimenté une tour à fraisier sans aucun produit issu de la pétrochimie. J’ai simplement réalisé un tube avec du grillage à volière, dans lequel j’ai mis de la terre, puis planté des fraisiers.

Juillet 2016 354

Cela a assez bien fonctionné, mais…

  • lors de chaque arrosage, l’eau ruisselait sur les cotés dans humidifier la terre
  • la terre de la tour s’est tassée et compactée
  • avec les arrosages, la pluie, puis le gel, une partie de la terre est partie à travers les trous du grillage.

Le système devait donc être perfectionné. A l’automne, j’ai tenté une nouvelle expérience, très concluante, et au printemps 2017 nous avons installé quatre autres tours à fraisiers.

Voici donc la méthode pour construire et installer une tour à fraisiers.

Matériel nécessaire :

  • 1 rouleau de grillage à volière (grillage soudé, 1 cm x 1 cm, en 1 mètre de large)
  • 1 rouleau d’Aquanap (chutes de laines de recyclage, fixées dur un voile textile non tissé, utilisé par les horticulteurs pour l’irrigation de leurs cultures, ou pour les murs végétaux)
  • fil de fer fin
  • fil de fer gros
  • une paire de pinces coupantes
  • un cutter

Avril 2017 016

J’ai utilisé un des seaux à vendanges dont je me sert constamment pour définir le diamètre de mes tours.

Avril 2017 017

Une fois que vous aurez coupé le grillage avec les pinces coupantes, il suffit de replier les parties métalliques qui dépassent pour fixer le cylindre de grillage.

Avril 2017 018.jpg

Une fois le cylindre formé et fixé, on mesure la quantité de feutre nécessaire (+ 10 cm pour faire un recouvrement), et on le fixe à l’intérieur du cylindre, sur toute la périphérie des deux cercles (en haut et en bas) avec du fil de fer fin à chaque extrémité.

Avril 2017 021

Une fois les cylindres réalisés avec leur face intérieure tapissée de feutre, on peut les mettre en place, fixés à un piquet par un gros fil de fer bien solide (pensez bien au fait qu’une fois rempli de terre mouillée, l’ensemble pèsera plus de 80 kilos et sera peu stable).

Avril 2017 095

Jeter au fond du cylindre deux seaux de terre de jardin un peu caillouteuse, pour le drainage de l’ensemble. Puis insérer au centre du cylindre un tube et le maintenir pendant le remplissage (nécessité d’être à deux à ce moment-là).

Avril 2017 100

Remplir la tour avec un substrat composé de :

  • 50 % de bonne terre de jardin (sol vivant)
  • 35 % de compost
  • 15 % terreau bien mûr (ou « Terreau Plantations » du commerce)

Il faut prévoir l’équivalent d’une brouette de ce mélange pour chaque tour.

Avril 2017 102

Remplir la tour jusqu’à ras bord. Il faut savoir que le substrat se tassera et qu’il faudra en rajouter, plus tard.

Avril 2017 105

Une fois la tour pleine de terre, remplir le tube au centre avec un matériaux drainant. nous utilisons un mélange de chanvre haché et de rebuts de noix (nous utilisons des produits locaux de la région grenobloise). Vous pouvez utiliser les écorces de bois, de la pouzzolane, des billes d’argiles, etc…

Avril 2017 112

Retirer le tube.

Avec les pinces coupantes, découper des trous dans le grillage (je fais 3 x 4 carrés) et le rabattre en dessous de la découpe (ne couper que les deux cotés et la partie haute). Tailler des fentes dans le feutre. Enfin, planter les fraisiers un dans chaque trou.

Avril 2017 154

Ce n’est pas la peine de remplir dès le début la tour sur tout son périmètre et sur toute la hauteur, pour les variétés les plus onéreuses, on peut simplement planter quelques pieds au bas de la tour, puis, quand ils auront fait des stolons à l’automne, piquer simplement les plantules toujours liées par leur stolon, dans le feutre.

Avril 2017 195

Le potager naturel n’étant pas trop l’ami des alignements rectilignes, on peut même se dispenser de mettre les premiers plants de façon régulière. De toute façon, dans deux ou trois ans, toute la surface de la tour sera entièrement couverte de fraisiers.

On arrose par le haut, l’eau coule à l’intérieur par la cheminée de matériaux drainants, et ne coule pratiquement pas par les trous de plantations. On pensera également à bassiner par l’extérieur, au moins la première année. Une fois que la tour sera noyée sous le feuillage, les bassinages n’auront d’intérêt que par grosses chaleurs.

Avril 2017 205