Les cendres, pour lutter contre les indésirables

La réalisation et la dynamisation d’une préparation à partir d’une cendre reste un point sur lequel on me pose le plus souvent des questions.

La première réaction reste le scepticisme, mais quand je fais l’analogie, évidente, avec l’homéopathie, qui, de nos jours, est considéré comme une pratique médicale ordinaire, alors mes interlocuteurs commencent à se poser, enfin, des questions, par rapport à leurs croyances, a tout une certain nombre de chose qu’ils pensent être « la vérité », et à d’autres choses qui ne peuvent pas appartenir à cette « vérité » qu’on leur a inculquée.

Toutefois, il convient de réaliser une cendre et la dynamisation de sa préparation selon des règles très précises, que je vais essayer de vous transmettre, pour vous éviter des désillusions dont la conclusion serait, inévitablement « son truc ça ne marche pas« , alors que vous avez simplement oublié quelque chose.

Les cendres sont des préparations qui permettent de régler des problèmes très variés, mais, comme avec un médicament allopathique, on agit sur la conséquence, et non sur la cause qui doit rester notre priorité.
Une cendre permet de résoudre un problème ponctuel, afin de nous laisser le temps, parfois assez long, jusqu’à plusieurs années, de réguler le dysfonctionnement qui se traduit par la présence de quelque chose d’indésirable sur notre domaine.

Les cendres agissent sur les végétaux, permettant de réguler une population d’une plante envahissante et même de la faire disparaître totalement en quelques années. Toutefois, une plante qui envahit, indique un dérèglement, et c’est sur ce dérèglement qu’il convient d’agir en priorité, et dans ce cas, la plante ne sera plus aussi invasive.
Par exemple, nous avons fait disparaître les pissenlits de notre pelouse par ce moyen, alors qu’ils continuent à proliférer dans notre terre très argileuse, à quelques centimètres des endroits traités.
Pour réaliser une cendre avec des végétaux, il faut prendre la plante entière, racines comprises, lorsqu’elle est en graine.

Les cendres agissent avec une redoutable efficacité sur les invertébrés. Sans savoir qu’ils sont tués ou simplement écartés et envoyés chez le voisinage, toujours est-il qu’on ne les revoie plus. Il faut prendre l’animal vivant, et le faire bruler entier, avec sa carapace ou coquille le cas échant.

Les cendres permettent de faire d’excellents répulsifs contre les animaux vertébrés, mais dans ce cas, on ne brulera que leur peau.

Pour illustrer ce propos, et suite à vos nombreuses questions à ce sujet, nous avons choisi de l’illustrer avec une cendre qui vous permettra de lutter contre les limaces et escargots.

La première phase, consiste à piéger les mollusques.
Pour cela, déposer quelques repas de leur menu préféré, à l’abri du soleil, sous des planches, des pots renversés…

Piège à gastéropodes

Piegeage des limaces

Il suffit de passer, tôt chaque matin, où à la tombée de la nuit, pour les y trouver et les capturer.

Capture de limaces grises

Lorsque l’on a capturé assez de limaces et d’escargots, et si possible, de toutes les espèces qui peuplent votre potager, le temps est alors venu du bûcher.
Il faut préparer un petit feu dans un endroit où l’on pourra aisément récolter la centre (nous utilisons le barbecue qui nous a été vendu avec la maison). Je préfère, lorsqu’il s’agit d’animaux, les ensacher dans du papier et jeter cette boule sur le feu, ainsi, il ne risque pas y avoir de fugueur, et la crémation est plus rapide.

Capture d'une population de limaces prêtes à la crémation

Le bûcher

Après avoir recueilli la cendre après la combustion, il faut lui ajouter un peu d’eau de pluie de préférence jusqu’à obtenir un produit de la consistance d’une pâte à crêpes.

La cendre mouillée comme une pâte à crèpes

Ce produit va être dilué dans un récipient qui ne doit pas être métallique. A une part de cette pâte, on ajoute 9 part d’eau, de sorte à diluer à 10 %

Puis on commence le processus de dynamisation : avec une branche d’arbre feuillu, on fait tourner l’eau dans le sens de sorte à créer un tourbillon, jusqu’à voir le fond du récipient. Alors, brusquement, on change de sens. On répète cela une dizaine de fois à peu près… (je peux vous garantir qu’à la fin, c’est plutôt moins que plus, car vous aurez mal au bras).

Dynamisation

Ensuite on laisse reposer.
Une fois que les matières en suspensions se sont déposées, on prend un part de ce liquide, et on le dilue avec 9 autres parts d’eau de pluie de préférence. Nous obtenons donc à nouveau une dilution à 10 % de la première dilution (ou D1).
On dynamise comme précédemment et on laisse reposer. On obtient la seconde dilution ou D2, liquide encore trouble, mais déjà plus clair.

On prend une part de ce liquide, et on recommence pour obtenir la D3.
Ainsi de suite jusqu’à la D7, ou septième dilution. A ce stade là, vous aurez l’impression que vous n’avez plus que de l’eau dans votre seau. De l’eau, avec, quelque part, la mémoire de toutes les espèces de limaces que vous avez capturées.

Dynamisation

La huitième dilution est le produit que vous allez utiliser, soit en arrosant le sol, soit en pulvérisant le produit (s’il s’agit de lutter contre des pucerons ou des chenilles). Donc, vous pouvez diluer autant de fois une part du septième seau que vous en aurez besoin, d’où la nécessité d’avoir un volume important dans ce septième seau.

Il faut savoir que ce produit n’agit qu’avec les espèces que vous aurez brulé. Si vous avez dix espèces de limaces dans votre jardin, et que vous n’en ayez capturé que huit, la population des deux autres espèces ne sera aucunement affectée par le produit. De même, les prédateurs naturels ne souffriront pas du produit, mais risquent partir chercher leur pitance plus loin si vous détruisez tous les indésirables.

Voici une petite vidéo pour tout comprendre de la fabrication d’une cendre :

Publicités

A propos des tomates – partie I – Si nous commencions par un peu de biologie végétale ?

La tomate sauvage, pousse son cri, le soir, dans l’Ouest de l’Amérique du Sud, depuis l’Équateur jusqu’au nord du Chili, et même deux espèces sont endémiques des îles Palapagos.

Gravure sur bois de "Poma aurea" ou "Goldapffel" (Solanum lycospersicum) de Matthioli (1586) dans une édition allemande de l'herboriste Joachim Cameriarius
Gravure sur bois de « Poma aurea » ou « Goldapffel » (Solanum lycospersicum) de Matthioli (1586) dans une édition allemande de l’herboriste Joachim Cameriarius

Elles poussent dans des habitats aussi variés que le bord de mer, ou à plus de 3300 mètres d’altitude, dans les zones arides comme dans celles plus humides, dans les hautes vallées des Andes, ou le sévère désert d’Atacama.

Autrefois un genre botanique à par, Lycopersicon, elles ont été rattachées désormais au genre Solanum car l’étude de leur ADN montre leur profond attachement à ce genre.

Solanum peruvianum et Solanum corneliomuelleri ont été décrits et nommés respectivement par Linné (1753) et MacBride (1962).

Certaines espèces sauvages sont auto compatibles, d’autre non. Les compatibles peuvent s’auto-féconder (le pistil s’allonge pour se faire polliniser par le pollen des étamines de sa propre fleur), les incompatibles n’ont pas cette faculté. Quand aux variétés allogames, elles ont la possibilité de d’hybrider avec d’autres variétés quand elles ont le même habitat ou dans les collections.

13 especes botaniques de tomates

Au total, nous connaissons 13 espèces de tomates sauvages, y compris la tomate cultivée (Solanum Iycopersicum) et ses formes herbeuses échappés qui sont distribués dans le monde entier :

  • Solanum lycopersicoides Dunal (ex Lycopersicon lycopersicoides), aux fruits vert-jaune devenant noirs à maturité, auto incompatible et allogame.
  • Solanum sitiens I.M. Johnst (ex Lycopersicon sitiens) aux fruits vert-jaune devenant noirs à maturité, auto incompatible et allogame.
  • Solanum juglandifolium Dunal (ex Lycopersicon ochrantum) aux fruits vert-jaune, auto incompatible et allogame.
  • Solanum ochranthum Dunal (ex Lycopersicon juglandifolium) aux fruits verts à vert chartreuse, auto incompatible et allogame.
  • Solanum Pennellii Correll (ex Lycopersicon Pennellii) aux fruits verts, traditionnellement auto incompatible, mais a provoqué des surprises dans certaines collections.
  • Solanum habrochaites S. Knapp (ex Lycopersicon hirsutum) aux fruits verts avec des rayures plus foncées, le plus souvent auto incompatible.
  • Solanum chilense Reiche (ex Lycopersicon chilense) aux fruits verts à blanc verdâtre veinés de pourpre, auto incompatible et allogame.
  • Solanum huaylasense Peralta (ex Lycopersicon peruvianum) aux fruits verts avec des rayures plus foncées, auto incompatible et allogame.
  • Solanum peruvianum L. (ex Lycopersicum peruvianum) aux fruits vert à vert blanchâtre, auto incompatible et allogame.
  • Solanum corneliomuelleri J.F. Macbr. (ex Lycopersicon peruvianum) aux fruits vert rayés de pourpre, parfois tachés de pourpre bleu, auto incompatible et allogame.
  • Solanum arcanum Peralta (ex Lycopersicon peruvianum) aux fruits verts rayé de vert très foncé, auto incompatible et le plus souvent allogame.
  • Solanum Chmeilewskii D.M. Spooner (ex Lycopersicon Chmeilewskii) aux fruits vert rayés de vert foncé, auto compatible et parfois allogame.
  • Solanum Neorickii D.M. Spooner (ex Lycopersicum parviflorum) aux fruits verts avec des rayures foncées, auto compatible et très autogame.
  • Solanum pimpinellifolium L. (ex Lycopersicon pimpinellifolium) aux fruits rouges, auto compatible et autogame.
  • Solanum lycopersicum L. (ex Lycopersicon esculentum), aux fruits rouges, auto compatible et essentiellement autogame.
  • Solanum chesmaniae Fosberg (ex Lycopersicon cheesmaniae) aux fruit jaune orangé, auto compatible et strictement autogame.
  • Solanum galapagense S.C. Darwin (ex Lycopersicon cheesmaniae) aux fruits jaune orangé, auto compatible et strictement autogame.

Solanum huaylasense

Solanum chilensis

Solanum peruvianum

Solanum sitiens

Solanum Pennellii

Solanum juglandifolium

Solanum habrochaites

Solanum lycopersicoides

 

A propos des tomates – partie II – Un peu d’histoire pour le légume roi

La tomate est originaire des vallées montagneuses des Andes péruviennes où les incas la cultivaient avant Christophe Colomb. A l’état sauvage, elles n’ont absolument rien à voir avec les tomates que nous connaissons aujourd’hui. Elles sont de la grosseur d’une cerise.

Le terme « tomate » vient de l’espagnol tomate, lui-même emprunté au nahuatl (langue de la famille uto-aztèque) tomatl qui désignait le fruit de la tomatille (Physalis ixocarpa). Sans doute fut-elle d’abord cultivée au Pérou (on l’appelait autrefois Pomme du Pérou), puis au Mexique où les indigènes lui donnèrent le nom de « tomalt » ou « tomalti », dérivé d’un mot aztèque « zitomate ». Toutefois, le mot nahuatl xitomatl (qui signifie « tomatille de nombril » et qui a donné en espagnol mexicain : jitomate) désigne la tomate (Lycopersicon esculentum). La première attestation de « tomate » en français date de 1598 dans la traduction de l’ouvrage de José de Acosta, Historia natural y moral de las Indias, par Robert Regnauld. « Tomate » n’est entré dans le dictionnaire de l’Académie française qu’en 1835, le fruit s’est longtemps appelé « pomme d’amour » ou « pomme d’or ».

La tomate est originaire des régions andines côtières du Nord-Ouest de l’Amérique du Sud (Colombie, Équateur, Pérou, Nord du Chili). C’est en effet seulement dans ces régions qu’on a retrouvé des plantes spontanées de diverses espèces de l’ancien genre Lycopersicon, notamment Solanum lycopersicum cerasiforme, la tomate cerise. Cette dernière est actuellement répandue dans toutes les régions tropicales du globe mais il s’agit d’introductions récentes.

La première domestication de la tomate à gros fruits est vraisemblablement intervenue dans le Mexique actuel, où l’ont trouvée les conquérants espagnols lors de la conquête de Tenochtitlán (Mexico) par Hernán Cortés en 1519.

Cette domestication s’est probablement produite après celle de la Tomatille (Physalis philadelphica), qui était plus appréciée que la tomate à l’époque préhispanique, mais sa culture s’est marginalisée par la suite. L’hypothèse d’une domestication parallèle au Pérou ne peut toutefois être définitivement écartée.

On ne sait pas comment la tomate a migré du Pérou au Mexique, peut-être par le truchement d’oiseaux migrateurs.
Les Incas, qui pratiquaient des cultures complexes, en particulier les pommes de terre et le maïs, connaissaient la tomate à l’état sauvage, mais elle était surtout cultivée par les Aztèques qui en produisaient plusieurs espèces, de formes et de couleurs différentes, Bernardino de Sahagún dans son Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne rapporte que les Aztèques préparaient une sauce associant les tomates avec du piment et des graines de courges.

Les Incas ne se doutaient pas que leur Mala Peruviana – pomme du Pérou – ferait l’objet de tant de débats.

Elle fut découverte et ramenée en Europe, par les conquistadores Espagnols en 1519, ainsi que d’autres spécimens botaniques tel que le piment, le  poivron, le maïs, la courge et bien d’autres. Les fruits utilisés pas les Aztèques et rapportés en Europe étaient déjà variés, comme l’atteste la description de Matthiolus, botaniste et médecin italien, en 1544 dans « Petri Andreae Matthioli medici senensis Commentarii, in libros sex Pedacii Dioscoridis Anazarbei ». Pierandrea Mattioli qui la baptise Mala Insana ! C’est la première description connue des tomates. C’est grâce à cette description qu’on pense que les tomates cultivées par les Aztèques étaient déjà diversifiées.
La tomate est rapidement classée par les botanistes dans la famille des Mandragores, une cousine de la tomate, bien connue en Europe et réputée pour sa toxicité.

La tomate a été longtemps considérée comme un aphrodisiaque. Il n’en faut pas davantage pour que la tomate se range du côté des stimulants sexuels et acquiert le doux nom de « pomme d’amour ».

Elle fit sa première apparition en Europe dans les jardins sévillans de quelques monastères qui se spécialisaient à cultiver des curiosités du Nouveau Monde et d’ailleurs. Les Maures ayant envahi l’Espagne furent envoûtés par ce légume en forme de cœur qui chantait l’amour et l’embarquèrent dans leurs bagages pour la conquête de tout le bassin méditerranéen. Séduisante, ensorceleuse, la tomate modifie radicalement la cuisine du soleil et monte même à l’assaut de Paris en même temps que les citoyens de la Révolution.

Quelques années plus tard, John Gerard, physicien anglais et herboriste reconnu, écrit dans un mémoire que la tomate est toxique et qu’elle ne doit être consommée sous aucune forme tout en sachant qu’on commençait à l’utiliser en Espagne et en Italie. Il stipule même qu’en pharmacopée elle pourrait soigner la goutte et les ulcères mais que d’autres plantes ont des vertus similaires reconnues et que son incidence sur la santé ne vaut pas le risque. À cause de son refus catégorique de classer la tomate comme aliment, la tomate s’étiole comme plante ornementale dans les jardins anglais et ce n’est qu’en 1728 qu’on commence doucement à en mettre quelques quartiers dans la soupe.

L’introduction en France fut lente. Elle commença par la Provence. En 1600, Olivier de Serres, un des premiers agronomes français, qui cultivait son domaine du Pradel dans l’Ardèche, classe la tomate parmi les plantes d’ornement. Voici ce qu’il écrivait dans Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs :

« Les pommes d’amour, de merveille, et dorées, demandent commun terroir et traictement, comme aussi communément, servent-elles à couvrir cabinets et tonnelles, grimpans gaiement par dessus, s’agrafans fermement aux appuis. La diversité de leur feuillage, rend le lieu auquel l’on les assemble, fort plaisant : et de bonne grace, les gentils fruicts que ces plantes produisent, pendans parmi leur rameure… Leurs fruicts ne sont bons à manger : seulement sont-ils utiles en la médecine, et plaisans à manier et flairer »

Il fallut attendre 1731 pour qu’elle soit reconnue officiellement « comestible » par le botaniste écossais Philippe Miller qui lui adjoint l’adjectif « esculentum » qui veut dire comestible. Malgré cela, presque un siècle plus tard dans nos bons vieux livres de jardinage, on pouvait lire, la tomate ne serait pas utile en cuisine.
En 1760, le catalogue de la maison Andrieux-Vilmorin classe encore la tomate comme plante ornementale, les premières variétés potagères apparaissent dans l’édition de 1778 et dans le Bon jardinier en 1785.
La tomate arriva à Paris en 1790 au son de la « Marseillaise » avec les révolutionnaires marseillais qui en en réclamaient dans les auberges de la capitale. On raconte que Robespierre lui même allait en déguster régulièrement dans les restaurants parisiens. Et ce n’est qu’à ce moment-là que les maraîchers de l’Île de France se sont mis à en développer la culture.

Les tomates d'André Vilmorin

Il fallut attendre néanmoins le début du XXème siècle avec le développement du transport ferroviaire pour que la tomate prenne son plein essor avec les variétés hâtives du sud de la France et celles cultivées en Belgique et aux Pays Bas. Elle est aussi très appréciée des Japonais qui l’utilisent jusque dans les sushis.

En Amérique du Nord, la tomate avait ses adeptes, ses suspicieux et ses conditionnels. Trop belle et trop tentante, les puritains la considéraient comme un péché au même titre que la danse, la boisson et les cartes. Les scientifiques prétendaient que ses liens de parenté avec la foudroyante mandragore, la mystérieuse belladone, toutes issues de la famille des solanacées, pouvaient avoir laissé des traces … et détruire l’homme petit à petit. N’avait-elle pas été baptisée Mala Insana par le botaniste italien ! Quant aux sorcières et alchimistes, la senteur de soufre dégagée par ses consœurs et sa rougeur prononcée leur faisaient pressentir une alliance infernale et la tomate trônait dans leurs marmites fumantes plus souvent que dans le chaudron de la cuisinière.

Mais la grande révolution américaine de la tomate prend racine dans un article du Dr John Bennet en 1834 qui vante ses vertus de façon telle que le New York Times évalue une montée spectaculaire de ce plant en culture. On ne parle plus que de tomate. L’offensive médiatique fait tomber les dernières barrières et les éditeurs se lancent dans la publication de livres de recettes, de périodiques horticoles, de chroniques médicales.

Aujourd’hui, la tomate est le premier fruit produit dans le monde et le deuxième légume le plus consommé, juste derrière la pomme de terre.

La production de tomates fraîches pour la transformation industrielle représente près d’un quart de la production totale (26,8 millions de tonnes, soit 23,4 % en 2002). Cette culture est pratiquée surtout dans les régions proches du quarantième parallèle, essentiellement dans l’hémisphère nord (90 % du total). Il s’agit d’une culture de plein champ, de plus en plus mécanisée. Les trois principales zones de production sont la Californie, le bassin méditerranéen et la Chine.

En France :

  • plus des trois quarts des semences de tomates autorisées à la vente sont celles de plantes hybrides F1.
  • 98 % des semences sont sous certificat d’obtention végétale.

Le principal transformateur français de tomates, la société S.A.S. Conserves de Provence, qui était à l’origine une coopérative agricole fondée en 1947 et qui vend ses produits sous la marque « Le Cabanon », a été rachetée en 2004 par un groupe chinois, la Xinjiang Chalkis Company Limited.

Principaux pays consomateurs de tomates - source Wikipedia

A propos des tomates – partie III – Pratiques culturales

Semis, repiquage, taille, tuteurage, entretien, prophylaxie, on peut lire, entendre tout et son contraire à propos de la culture des tomates.

Dans ma famille, dans le Lot-et-Garonne, on cultivait la variété Marmande, depuis 5 générations. Mes cousins cultivent encore la tomate de plein champ, de façon traditionnelle, mais ils utilisent désormais des variétés à port déterminé, hybride F1. La tomate est récolté quand elle est blanche (au moment où elle va prendre sa couleur rouge), calibrée, emballée, elle est chargée le soir dans des camions pour être vendue au marché de Rungis dès le lendemain matin.

Bref, chez nous, la culture de la tomate est quelque chose que nous maitrisons. J’ai été le premier de la famille à cultiver ce fruit en culture biologique, puis en biodynamie.

Klod tomates 1998

Le semis des tomates se réalise, en février ou mars, au chaud, en lune ascendante, lorsqu’elle passe devant les constellations du Bélier ou, mieux, du Sagittaire.

On peut réaliser ses semis en terrines ou en godets. Si l’on cultive plusieurs variétés, il est préférable d’utiliser des contenants séparés pour chaque variété. En effet, un des moyens utilisé par les tomates pour conquérir de nouveaux espaces, c’est de laisser ses graines flotter pour voyager. C’est pourquoi on peut voir, souvent, des tomates pousser en bordure de rivières, en aval d’aires de pique-nique.

Il faudra aussi se souvenir de cette particularité lors des premiers arrosages : la graine de tomate flotte, et si vous arrosez trop, elle passera par dessus bords.

Pour les collectionneurs qui font beaucoup de variétés, c’est un des points sur lequel vous devez rester très vigilants. Pas question de faire des lignes de tomates côte à côte, les graines flotteront d’une ligne à l’autre sans problème. Quand à certains collectionneurs, qui veulent avoir la plus grosse collection, sans en avoir les moyens, et qui dédient la surface d’un timbre poste dans une clayette pour chaque variété, c’est de l’inconsciente et de la fumisterie. Ces gens n’ont aucune connaissance en biologie végétale et voudraient donner des leçons au monde entier.

Donc, c’est avec un grand soin et beaucoup de prudence que vous aborderez le semis de vos protégées, que vous ayez une ou cent variétés.

Dans la nature la graine de tomate qui flotte, est déposée délicatement par l’eau sur une berge accueillante. Il n’y a aucune foreuse pour creuser un trou énorme et enfouir cette semence : déposez donc simplement vos graines sur un terreau très fin, tassez et arrosez délicatement.
Les semis seront maintenus à une température comprise en 18 et 25 degrés.

Je sème mes graines de tomates une par une. Je fais tomber quelques graines du sachet sur un bout de bristol blanc (ou de couleur unie) et avec le doigt, je dépose une par une mes graines sur le terreau. J’ai choisi de semer désormais dans des plaques de cultures alvéolées : une alvéole, une graine : un plant. Quatre graines pour chaque variété, dont je ne garderai au final que les trois plus beaux plants.

La tomate est une plante de jours long. Le semis se fait en période de jours très courts, il sera donc utile de faire des apports avec des lampes horticoles. Il existe des lampes horticoles LED qui sont désormais plus économes en énergie.

Semis de tomates en plaque alvéolées

Le repiquage se fait en lune ascendante devant la constellation du Lion, période qui vient 16 à 18 jours plus tard.

Il faut donc retirer délicatement le jeune plant lorsqu’il a deux vrais feuilles, et le planter dans un récipient plus grand, pour qu’il continue à grandir.

Il ne faut pas hésiter à enfoncer la plantule jusqu’aux premières feuilles, toute la partie enterrée produira des racines, et la plante entière en sera fortifiée.

On peut faire deux repiquages sur les mêmes plants, entre le semis et la plantation en pleine terre, en utilisant des godets plus grands à chaque fois. Plus on repique la tomate, et plus elle sera vigoureuse.

Pour ma part, je repique en godets de 7, et pour les variétés que je met en place plus tard, en godets de 9 une seconde fois.

Mars 2016 435

La plantation en plein terre se fait une fois que les Saints de Glace son passés, vers le 15 mai, en lune descendante devant la constellation du Lion (en principe, il y a une période de trois ou quatre jours favorables).

On prépare le tuteur et on le plante en premier, puis on fait un trou suffisamment grand, et surtout, profond. On enlève les feuilles du bas de la tomate, que l’on jette au fond du trou, puis on y met une poignée d’ortie broyées, et de feuilles de consoude déchiquetées. On couche la motte au fond du trou, et on enterre la plus grande partie de la tige jusqu’aux premières feuilles. Plus on enterre de tige, plus la tomate développera de racine, plus elle aura de puissance dans sa croissance.

Contrairement aux idées reçues, la tomate aime être plantée toujours au même endroit et retrouver des éléments nutritifs qu’elle y a laissé. Le compostage en tas, sur place, de la culture précédente lui est donc favorable.

En ce qui me concerne, et dans ma logique de « ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier », je procède à la plantation des tomates en deux étapes, au moins.
Une première fois en avril, une seconde fois en mai, lorsque les Saints de Glace sont passés. Pour certaines variétés, cette plantation plus précoce, permet, effectivement de gagner un mois de précocité à la récolte. Pour d’autres variétés, les tomates plantées plus tard, rattrapent les autres, et produisent en même temps. J’ai commencé à observer plus finement ce phénomène afin d’en tirer des conclusions cette année.

On peut aussi dé-saisonner facilement les tomates, en les cultivant sous serre ou sous tunnel. Si la culture n’est pas chauffée, on ne gagne pas grand chose. Si la culture est chauffée, on peut produire toute l’année de la tomates sans goût.

Pour tuteurer mes tomates, sous abris, je les fais grimper le long d’une ficelle, en les enroulant dans le sens des aiguilles d’une montre, car nous sommes dans l’hémisphère nord. Lecteurs de l’hémisphère sud, vous devrez faire le contraire !
J’enterre les ficelle avec la motte des tomates, elles sera prise par les racines. Cela évite d’attacher la ficelle au pied, et souvent de blesser, voir couper la tomate.
En fin de saison je recycle ces ficelles pour un autre usage, et je ne m’en sert jamais deux fois pour des tomates, pour des raisons prophylactiques. C’est également pour des raisons de prophylaxie que je déconseille les tuteurs en bois. Il est préférable d’utiliser des piquets métalliques, plus faciles à désinfecter en fin de saison.

Plantation des tomates sous abris

La taille est un sujet polémique, en effet certains la déconseille catégoriquement, car elle serait une porte ouverte aux infections. Pour avoir voulu suivre ce conseil, une année, nous avons perdu une partie de notre récolte.

Il existe des variétés qui ne se taillent absolument pas.

Les tomates à petit fruits, type tomate groseille, tomate cerise, tomate poire, tomate pèche, n’ont besoin ni de tuteur, ni de taille. On plante, on laisse pousser et on récolte.

Les tomates à port déterminé, ne se taillent pas et ne se tuteurent pas. On plante, on paille abondamment, en poussant la plante va se coucher sur la paille qui protègera les fruit du pourrissement.

Les tomates à très gros fruits ne se tuteurent pas, mais se taillent au dessus de la troisième feuille de sorte à produire trois gourmands. On paille alors abondamment, et sur chaque branche on gardera deux ou trois bouquets. Parfois, il peut être nécessaire de poser les fruits sur un pot, pour éviter le pourrissement, ou l’attaque de limaces par dessous.

Toutes les autres variétés se tuteurent et se taillent. On coupera les gourmands qui naissent à l’aisselle des feuilles pour ne garder qu’une seule tige érigée. On étêtera cette tige unique au dessus du septième bouquet de fleurs, pour favoriser la maturation des dernières tomates de la saison.

Cultures associées :

Dans le potager naturel, où tout est mélangé, la tomate s’associe avec presque tout, sauf les pommes de terres qui leur donne la maladie, ainsi que les courges et concombres.

Sous abris, elle apprécie la présence de basilic, aneth, mâche, persil… ainsi que les soucis et les œillets d’Inde. Les tagètes, en effet, éloignent les nématodes du sol. D’ailleurs, je les composte, en tas, avec les tomates, sur le lieu qui leur est dévolu.

Fumure et fertilisation :

Je prépare ma saison de culture de tomates dès que j’ai terminé d’arracher les derniers plants à l’automne. Je composte en tas, sur place, les pieds de tomates sans fruits, avec les tagètes et d’autres matières, ainsi que du fumier de cheval. A la fin du mois d’avril, les poules qui ont passé l’hiver dans le potager vide on étalé ce compost et on nettoyé l’espace des prédateurs potentiels. Il suffit donc d’aérer cette terre qui est déjà fumée en profondeur avec des éléments nutritifs appréciés par la tomate.

Pour la fertilisation j’apporte, depuis la plantation en mai, jusqu’à la fin du mois de juillet, une fois par semaine, puis une fois tous les 10 jours en juillet, un engrais « maison », composé de 1/3 de purin d’orties, 1/3 de purin de consoude, 1/3 de pipi, le tout dilué à 10 % et distribué avec un arrosoir.

A propos des tomates – partie IV – Variétés horticoles

Depuis les variétés cultivées par les Incas, nul ne peut dire à ce jour combien de variétés de tomates sont cultivées dans le monde.

Preuve du succès du légume roi, plusieurs dizaines, voir centaines de nouvelles variétés voient le jour chaque année.

Snyders Frans. Vendeuse de fruits

Je n’ai pas l’intention de vous récapituler ci-dessous, toutes les variétés de tomates, de façon exhaustive, que je suis supposé connaître. Si vous voulez trouver les caractéristiques d’une tomate cultivée en France, je vous conseille cet excellent site participatif qui est devenu une encyclopédie de référence des variétés potagères dont 3461 tomates.

Pour le jardinier amateur qui désire, par la suite, conserver ses propres semences, il faudra toutefois, faire attention à certaines informations, et éviter certaines variétés, pour des raisons bien différentes.

Le jardinier amateur, cherchera à privilégier les variétés, anciennes ou récentes, fixées et parfaitement stables, qui correspondent :

  • à son climat
  • à son sol
  • à l’exposition de son domaine
  • à son environnement
  • à la superficie dont il dispose
  • à sa manière de vivre
  • à ses gouts culinaires

On ne cultives pas en Sibérie avec les mêmes objectifs qu’en Espagne ou dans les pays du Maghreb, cultiver en France, des variétés du monde entier, peut n’avoir aucune valeur nutritionnelle et culinaire, car ces variétés ont été élaborées, pour un climat et une approche culturelle qui n’est pas la notre.
Les tomates industrielles n’ont également aucun intérêt pour le jardinier amateur.

Les variétés hybrides F1 sont issues d’un croisement entre deux variétés, souvent elles mêmes issues de croisements spécifiques, en vue d’obtenir une, ou plusieurs, qualités spécifiques. Les hybrides F1 sont des croisement de première génération (« F »signifie qu’il y a eu un croisement, et le chiffre, le nombre de générations depuis ce croisement initial), il existe également des hybrides F2. Toutefois, ce croisement de première génération n’est pas stabilisé, et les semences donneront tout un panel de plantes aussi différentes les unes que les autres. Il faudrait alors des années de travail de sélection, et des hectares de terre pour trouver, là-dedans, une variété qui veuille bien se fixer. Aussi, quand vous aurez l’occasion de lire, sur les réseaux sociaux, un amateur se vanter d’avoir « déshybridé » une variété, dites vous que c’est fanfaronnade et pure forfanterie : quel amateur peut dédier au moins un hectare de terre et une dizaine d’année pour créer une nouvelle variété ?

De plus en plus souvent, on peut voir dans les catalogues de graines, la mention « variété récente qui peut manifester une très grande variabilité de couleurs, de formes et de saveurs« . Une variété maraîchère, tel que le terme est défini depuis que la botanique existe, est fixe, homogène, produisant des plantes identiques en tout points, qu’il s’agisse de la végétation, de la forme et couleur des fleurs, de la forme, couleur, texture et goût des fruits. Une variété qui peut encore manifester d’une grande variabilité indique qu’elle n’est pas fixée et que l’obtenteur l’a mise sur le marché avant d’avoir terminé son travail, long et couteux, de sélection. Or, la patience est la principale qualité du jardiner. Il est préférable de ne pas succomber à l’attrait, exacerbé, de la nouveauté. Si plus personne n’achète ces variétés non fixées, elle disparaîtront du marché et la tentation d’aller trop vite en besogne se calmera. Il existe plus de 4000 variétés de tomates fixées disponibles sur le marché en France, les jardiniers conscients, peuvent donc oublier les effets de mode, et cultiver des variétés qui ont fait leurs preuves.

Illustration botanique, vers 1659

Où trouver des variétés anciennes de tomates en France ?

Auprès des semenciers professionnels en France :

Auprès de semenciers professionnels à l’étranger :

Sur des sites de troc de graines

( * liste non exhaustive d’une partie de mes fournisseurs)

On évitera les propositions alléchantes de variétés inconnues vendues sur E-bay, et on évitera également des échanges de gré à gré avec des personnes qui vous contactent sur les réseaux sociaux. Il arrive souvent que des personnes écrivent ; « je débute un jardin, et je souhaite des variétés… » et qui vous demandent de leur envoyer tout ce que vous avez récolté. Puis, vous retrouvez l’intégralité de ces semences, votre travail, en vente sur des sites de vente en ligne pour particuliers.

On évitera également d’échanger avec des amateurs collectionneurs boulimiques dont les collections dépassent la centaine de variété. Pour un particulier, qui travaille, dont ce n’est pas le métier et qui n’a pas fait les études pour cela, au delà d’une centaine de variété, le risque que vous receviez n’importe quoi comme semences est important. Surtout si vous voyez ce même collectionneur, fier de vous montrer ses semis, où 20 variétés se côtoient dans la même terrine (la graine de tomate flotte allègrement au fil des courants), s’il plante un pied de chaque variété, côte à côte et si, de surcroît il ne protège pas ses fleurs des hybridations naturelles.

Si vous cultivez plusieurs variétés de tomates dans votre potager, pensez, systématiquement, à protéger les bouquets de fleurs dont les fruits sont destinés à la reproduction, par des sachets en organza.

Protection d'un bouquet de fleurs en vue de la production de semences

A propos des tomates – partie V – La tomate indigo, du buzz au bug

La première fois de ma vie que j’ai eu l’occasion de voir une tomate bleue, c’était en 1973 à la station expérimentale de l’INRA d’Auzeville, près de Toulouse.

En réalité, j’étais plus attentifs aux charmes de la brune aux jambes de rêve qui tentais de m’impressionner avec cette chose insignifiante, qui ne ressemblait en rien au magnifiques tomates du jardin de mon père, couverte de fruits minuscules hérissés de piquants. Fruits que je trouvais plus noir que bleus d’ailleurs.

Au fur et à mesure que le décolleté de sa blouse devenait de plus en plus plongeant, la belle, qui avait le double de mon âge, m’expliquât qu’on avait trouvé cette plante à l’état sauvage du côté du Mexique, que les tomates étaient cultivées par les Incas, mais qu’il était impossible de l’utiliser dans leurs recherches pour l’amélioration des variétés industrielle, car elle avait trop la fâcheuse tendance de croiser avec n’importe qui. Étant donné la suite donnée à cette rencontre, je me suis toujours demandé si elle parlait de la tomate ou de sa propre personne.

Bien plus tard, j’eus l’occasion de revoir cette tomate à fruits bleu-noirs, et d’autres qui lui ressemblaient, dans la nature sauvage de l’ouest de l’Amérique du sud. Même les ânes de bat n’y touchaient pas.

Dans les années 1960, un bulgare, dont l’Histoire n’a rien retenu, a travaillé sur des hybridations pour obtenir des tomates à partir des anciennes plantes des Incas. Un autre chercheur américain a fait quelques tests, peu concluants à cette période aussi. Le caractère allogame de ces plantes restait le facteur, impossible à éradiquer, qui compromettait leurs recherches.

Dans l’Oregon, c’est à l’Oregon State University que le Dr. Tex Frazier conduit à cette période, les recherches sur les tomates, puis, le Dr. Jim Bagget lui succèdera. Des variétés comme Oregon Spring, Siletz, Santiam ou Willamette, présentes dans de nombreux potagers de nos jours, sont le fruit de leur travail.

Jim Myers

Vers la fin du siècle dernier, le Dr. Jim Myers, devenu directeur de recherches, lance une série de travaux dans le but d’augmenter la lycopène dans le fruit des tomates.
En réalité, Carl Jones effectue un profil nutritionnel d’anciennes variétés (Jones, 2000) et Peter Mes, étudie les effets combinés du beta carotène et du lycopène. Après des hybridations, les deux étudiants ont sélectionnés une série de tomates, cultivés sous les sigles OSU (pour Oregon State University), suivi de la lettre P et d’un numéro pour chaque plante sélectionnée. Ces plantes sont issues de croisements restés incompréhensibles (chaque étudiant ayant fait ses propres sélections), à partir d’espèces sauvages et de vieilles variétés (présentées comme des variétés cultivées par les Incas) qui sont conservées par le Tomato Genetics Resource Center de l’Université de California-Davis. En 2003, Myers, Jones et Mes publient à propos de l’héritage des anthocyanes.

Dès 2004, les semences de certaines lignées de ces tomates indigos d’Oregon State University, en cours d’élaboration sont distribuées, sous le manteau, à des collectionneurs et à certains professionnels. C’est ainsi que OSU Blue et OSU P20, décrites comme riches en anthocyane, un antioxydant auquel on prête des qualité dans la prévention de certains cancers arrivent entre les mains de Tom Wagner de Tater Mater Seeds (Etat de Washington), Alan Kapuler de Peace Seeds (en Oregon), Lee Goodwin de J&L Gardens (au Nouveau Mexique), Brad Gate de Wild Boar Farms (en Californie), Mark McCaslin de Frogsleap Farm (dans le Minnesota)… ils sentent qu’il y a un filon à exploiter, et c’est ainsi que dans les années suivantes, « la tomate bleue qui prévient des risques du cancer » commence à faire le buzz auprès des collectionneurs avides de nouveauté, et des marchands de graines. Sur la grosse cinquantaine de tomates « OSU P… » une petite poignée se sont échappées, mais, mis à part pour les deux citées ci-dessus, leur diffusion reste confidentielle. A ma connaissance, seule OSU P5 a « un gout agréable pour l’américain moyen ».

Sauf que c’est le lycopène, qui est un enzyme réputé pour prévenir notamment le cancer de la prostate, et que ce sont les anthocyanes qui donnent la couleur bleu-noir, qui deviendra « bleu indigo » chez les marchands du temple. Ce gène porteur des anthocyanes dans les fruits (aft dans les publications de l’OSU) vient de Solanum chilense Reiche (ex Lycopersicon chilense) aux fruits verts à blanc verdâtre veinés de pourpre, auto incompatible et allogame. D’autres gènes, comme pour la coloration aubergine (Abg), viennent de Solanum lycopersicoides Dunal (ex Lycopersicon lycopersicoides), aux fruits vert-jaune devenant noirs à maturité, auto incompatible et allogame. Les gènes qui ont donné les appellations atroviolaceum (atv) sont empruntés à Solanum chesmaniae Fosberg (ex Lycopersicon cheesmaniae) aux fruit jaune orangé, auto compatible et strictement autogame.

Solanum chilensis

ALLOGAME voilà bien la perversité de la nouveauté !

On est allée chercher, parmi les ancêtres amérindiennes, une de ces tomate qui a la fâcheuse particularité de se croiser avec toutes ses semblables qu’elles qu’elles soient, raison pour laquelle, elle avait été soigneusement écartée de tous les programmes d’améliorations jusque là.

On peut donc se poser quelques questions, une fois que l’on connaît l’histoire tout de même rocambolesque de cette évasion d’une plante qui n’était qu’une expérimentation.
– 1 – Pourquoi une filiation  et des hybridations dont les savant ne pouvaient que connaître la dangerosité ?
– 2 – Qui a organisé l’évasion des semences ?
– 3 – Qui avait intérêt à ce que cela se produise ?
– 4 – Quelles peuvent-être les conséquences pour notre patrimoine génétique de tomates anciennes ?

Il me parait plus simple de commencer par essayer de répondre à cette dernière question pour commencer.

Après quelques années de cultures, chacun peut constater que les tomates indigo ont la fâcheuse habitude de s’hybrider avec tout ce qui les entoure. Plus que jamais donc, la protection des bouquets floraux des variétés anciennes est nécessaire.
Par contre, la protection des bouquets des variétés indigo est contre productive, car elles n’ont pas la faculté des variétés traditionnelles de s’auto-polliniser, même par fortes chaleurs. Il leur faut impérativement une fécondation croisée. Celui ou celle qui cultive ces variétés, ne peut donc pas empêcher les insectes de les polliniser, puisque c’est la seule façon d’obtenir des fruits, mais c’est également la meilleure façon d’aller polluer les ressources génétiques des tomates cultivées à des kilomètres à la ronde.

Protection d'un bouquet de fleurs en vue de la production de semences

La conséquence de la culture irraisonnée des tomates porteuses des gènes d’anthocyane, sera, à court terme, la perte irrémédiable de l’ensemble de notre patrimoine génétique de variétés anciennes.

Nous l’avons vu, les premières semences de tomates indigo, se sont évadées de l’OSU en 2004. Dix ans plus tard, on comptait des centaines de pseudo nouvelles variétés de tomates indigos, certains producteurs américains s’en font même une spécialité. En 2010 déjà, Lee Goodwin de J&L Gardens distribuait sa Bosque Blue issue d’une variété de tomate rouge, Amy’s Sugar Gem. Tom Wagner en 2011 proposait déjà ses variétés Alki Blue, Blue Angel, Blue Fog, Blue Streak, Clackamas Blueberry, Dancing with Smurfs, Fahrenheit Blues, Seattle’s Blue Woolly Mammoth, Sunshine Blue. En 2012 il proposait en plus Blue Bayou, Blue Pitts, Blue Match, Blue Tears, Chocolate Blues, Helsing Junction BlueMuddy Waters, Out Of The Blue. En bref, une vingtaine de variétés indigo étaient déjà proposées moins de dix ans après la célèbre évasion des graines de tomates de l’OSU. Or, pour fixer une variété, c’est à dire que des générations de tomates donnent toujours le même fruit sur le même type de plantes, le travail de sélection demande au moins dix ans !
Donc, si nous avions eu des sélectionneurs sérieux, et non pas une course à l’évènement, on devrait voir de premières variétés réelles de tomates indigos apparaître depuis deux ans. Seulement la nature humaine et l’appât du gain ont fait bruler les étapes à beaucoup de sélectionneurs, de producteurs et de semenciers.

Tomate Jl Midnight

Ce qui peut aussi paraître étrange, c’est que la presse s’est vite emparée du phénomène « tomate bleue », et que nous pouvons lire des articles élogieux depuis plus de 6 ou 7 ans. Faire l’éloge d’un produit avant de savoir ce qu’il vaut… si certains trouvent les tomates indigo délicieuses, aucune des « Tomate OSU … » ne vaut la peine d’être cultivée pour autre chose que la curiosité.

Les collectionneurs se sont, c’est compréhensible, ruées sur ces nouveautés.
Et rapidement, les premières semences de variétés traditionnelles polluées par les gènes d’anthocyanes ont donné naissance à des variétés polluées. Certains collectionneurs, bouffis d’orgueil, ont donc crié un peu partout qu’ils avaient créé une nouvelle variété de tomate. Le cas le plus symptomatique de cette incurie due à des connaissances trop sommaires en biologie végétale, est probablement le cas de la tomate Ananas bleue qui aurait été obtenue dès 2010 par un amateur belge. L’analyse ADN de cette plante, montre que c’est simplement une tomate de la variété Ananas, qui a simplement été polluée par les gènes aft et atv. Chacun aura noté au passage que l’amateur fut plus rapide que les professionnels spécialisés et compétents. Ces gens crient désormais au complot de ma part, alors que mes variétés indigos, qui ont servi de tests à mes études, sont à l’isolement strict, et désormais, une campagne où je suis désigné comme le gourou est orchestrée contre moi. Les apprentis sorcier d’hier, se posent en donneurs de leçons, cela me fait penser au pompiers pyromanes, mais cela ne me fait pas rire, car c’est par le milieu des collectionneurs que le danger se propagera le plus vite et le plus efficacement.

Donc, c’est l’orgueil ou l’appât du gain qui semblent être à la genèse du buzz de la tomate bleue.

Enfin, si l’on sait que les université américaines sont financées par le mécénat, une lecture attentive des personnes qui ont financées ces recherches assure des surprises notables…
Surtout si on compare cette liste, publique, avec celles, toutes aussi publiques, des administrateurs et grands responsables des compagnies agro-alimentaires américaines qui travaillent sur les OGM.

Quand toutes les variétés traditionnelles que nous cultivons depuis les incas auront été polluées par les anthocyanes, il ne restera plus que les OGM de ces compagnies pour nourrir la planète.

Sources : Breeding Tomato for Increased Fruit Phenolics (mémoire de docteur en philosophie de Peter S. Boches)

2015 : un nouveau jardin

Tout ce que vous avez lu jusqu’à présent, je l’avais écrit il y a une vingtaine d’année. Ces textes faisaient partie d’un petit livre que j’avais publié quand je m’occupais du Jardin du Mont des Oiseaux, l’exploitation de 4,4 Ha, dans le sud de la Haute-Garonne, où je cultivais plantes vivaces rares et légumes anciens.

Klod tomates 1998

En 1999, j’ai subis une fermeture administrative et des poursuites pour « culture et vente de végétaux illicites. » Il fallait comprendre par cela les centaines de variétés de tomates dont je vendais plants et fruits, ainsi que les autres légumes.

Quand la MSA a demandé la mise en liquidation judiciaire de mon exploitation, ils ont expliqué, très sérieusement, que j’étais subversif. Le tribunal n’a pas suivi cette demande foireuse, et j’ai conservé mes biens au grand dam des gros céréaliers locaux.

J’ai toutefois été obligé, par discrétion, pour fuir ces poursuites, de m’éloigner un peu… comme l’a fait au même moment Dominique Guillet de Terre de Semences (qui est devenu aujourd’hui l’association Kokopelli).

Désormais il y a prescription, et, avec mon épouse, nous avons acheté une maison entourée d’un petit jardin de 700 mètres carrés. Comparé aux 4,4 hectares, vous me direz qu’il s’agit d’un mouchoir de poche, mais je vous assure qu’il y a de quoi faire !

Avant même de signer chez le notaire et d’aménager, j’ai commencé à m’intéresser à ce futur jardin, à me poser les questions par rapport à la nature et la structure du sol, et imaginer à quoi il pourrait ressembler.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Lors d’une visite, un tour du jardin m’a appris beaucoup de choses quand à la nature du sol. Les plantes en abondance étaient :

  • Pâquerette et pissenlit : signe d’une terre argileuse.
  • Pissenlit, plantain, renoncule, laiteron : autant de racines pivots signe d’une terre mal drainée.
  • Ortie : indiquant une terre riche et humifère

Je prélevais aussi deux échantillons de terre dans deux zones distinctes :

  1. à proximité des quatre grands sapins de Noël, plantés là il y a trente ans par un locataire.
  2. là où j’imaginais le futur potager.

De suite, le test du boudin confirma la présence importante d’argile. La terre humectée formait un petit boudin quand je la roulais dans ma main, et il était possible de le cintrer sans le rompre : plus de 30 % d’argile.

Pour la zone sous les sapins, l’analyse confirma ce que je pressentais : un sol acidifié par les arbres, avec un Ph de 5,5, et, après que la terre en suspension se soit déposée, on pouvait vérifier : 10 % de sables fins, 35 à 40 % d’argile plus une partie en suspension, le reste se répartissant entre des limons et pas mal d’humus, dont une partie en suspension.

Pour le futur potager, de l’argile à 40 % et moins d’humus (surtout celui en suspension, ce qui est logique). Plus rassurant, le Ph, quasiment neutre 6,5 à 7.

Le notaire nous appris que le terrain où était situé le jardin, en contrebas de la maison était inondable. En fait, les eaux de pluies ruissellent sur les routes et dans les champs, pour finir au point bas en limite de notre jardin. Ce phénomène n’est pas récent, puisqu’un grand trou dans le mur permet à ces eaux de passer, mais il est aggravé par l’urbanisation galopante de ce coin, autrefois de campagne, et par le fait que beaucoup de propriétaires ne s’encombrent pas avec la législation, et, après avoir fait goudronner leur devant de porte (car la terre c’est sale), font en sorte que le pente envoie l’eau sur la route et non au fond de leur jardin.

Août 2015 - orage

Puis, après avoir traversé nos jardins (il existe désormais plusieurs maisons dans cet ancien clos où l’on cultivait autrefois la vigne et des guigniers pour une production de vin et d’alcool – la propriété a été morcelée avant d’être vendue en petits lots) l’eau rejoint un pré et forme un nouveau cours du ruisseau à chaque période de pluie abondante (soit un orage, soit des pluies sur plusieurs jours).

Septembre 2015

Avec toutes ces informations, j’étais en mesure de dessiner notre futur jardin…

Je décidais de faire abattre les conifères qui maintenaient le jardin dans l’ombre et le froid, je coupais aussi la presque totalité des haies de lauriers et de conifères, facteurs de courants d’airs et d’ombre.

Enfin, j’envisageai de sérieux travaux de drainage pour éviter que le jardin ne devienne une rizière à chaque période de pluie.

Plan Jardin

Sortir du rang, bouger les lignes et laisser tomber les planches

Pendant des siècles, nous avons été éduqués ainsi : dans le potager aux allées rectilignes, les légumes doivent être rangés en lignes parallèles, tracées au cordeau pour être bien droites, ou en planches de dimensions bien définies.

C’est un peu comme la poule au pot le dimanche et le poisson le vendredi…

Et pourtant, qui peux démontrer que, dans la nature, un tel ordonnancement existe ?

Et pourtant, cette manière de procéder, inscrite désormais dans les gênes des jardiniers, apporte plus de contraintes et de contrariétés que d’avantages.

Tout d’abord, au niveau des pratiques culturales, elle impose des rotations de cultures, pas toujours aisées dans une petite surface.
Cette façon de faire laisse une grande place aux allées qui ne sont pas productives.
Cet ordonnancement augmente l’appauvrissement du sol, car toutes les plantes cultivées sur un rang ont les mêmes besoins en même temps.
Une belle ligne de plantes de la même espèce est une proie facile pour tous les prédateurs : animaux, bactéries, champignons et maladies ont ainsi plus vite anéantis vos espoirs de récolte.

Le jardinier soucieux du devenir de son domaine cherchera plus à s’inspirer de la nature que de reproduire les dogmes d’une société policée par des siècles d’asservissement.

Il faudra réapprendre à ne pas tracer d’allée rectiligne au centre du potager, délimitant quatre parcelles égales.

Il faudra se forcer à ne plus tirer de sillon droit avant un semis… quand aux planches bien rectilignes, on préfèrera les remplacer par des biotopes plus diffus de plantes semées ensembles pour leur harmonie.

Le potager en mai 2016

En réalité, on pensera le potager de la même manière que l’on organise un massif de fleurs mélangées où bulbes, arbustes, vivaces ou annuelles cohabitent et se succèdent sur un même espace.

Ne pas planter deux plantes de la même espèce côte à côte, laisser les semis spontanés s’installer là où ils se sentent bien, vont rendre la vie plus difficile aux prédateurs de toutes sortes. Si en plus, sur leur chemin, ils rencontrent quelque chose qu’ils détestent, ils préfèreront alors abandonner votre domaine pour la potager bien ordonnancé du voisin où la vie leur sera bien plus facile.

C’est ce que mes visiteurs appellent ma « pagaille organisée » bien qu’à mon avis il reste beaucoup de lignes dans mon domaine, mais il semble que j’ai réussi à ce qu’elles soient moins remarquées, y compris par les prédateurs.

Certains lecteurs me demandent comment faire, car la ligne droite au potager est tellement inscrite dans leurs gènes, qu’ils ne savent pas où commencer.
Peut-être le premier pas vers un potager de ce type, est de ne pas tracer des allées rectilignes, mais de suivre les passages que l’on emprunte naturellement…

Les atouts de l’andain

Le jardinier naturel attentif au devenir de son domaine aura compris l’inutilité (et même la dangerosité à moyen terme) des buttes de permaculture où la mode voudrait que l’on enterre des arbres (que certains nouveaux Attila vont même jusqu’à faire couper sur pied pour ce seul usage).

Toutefois, il est une forme de butte qui trouve un intérêt certain dans les cultures, que ce soit en plein champ ou au jardin des amateurs, pour qu’on ne confonde plus cette pratique culturale avec les dangereuses buttes de permaculture, j’ai choisi de n’utiliser désormais que le terme utilisé lors des cours d’agronomie : l’andain.

A la différence de la butte de permaculture, qui est un travail colossal, l’andain est le fruit d’une petite subtilité au moment du travail d’aération du sol avec les outils traditionnels. Il est abondamment utilisé en Amérique centrale pour la culture des tubercules, mais également en régions tropicales où l’on doit assurer l’équation drainage des excédents d’eau et stockage de l’eau dans le sol.

L’andain a comme principal intérêt le drainage de sol utile pour certaines cultures, ou dans les sols lourds et argileux. Il donne aussi de bons résultat en région froide à saison estivale courte.

Récolte d'un champ d'oignon sur andains au Canada

Le principe est simple, il suffit de créer un relief qui permet un écoulement naturel de l’eau qui, selon les cas, sera stockée dans le sol à proximité des cultures qui en ont besoin, soit évacuée vers les fossés de drainage.

Dans le cas où la fonction première de l’andain est d’assurer un meilleur drainage de la parcelle, il sera préférable travailler le sol dans le sens naturel de la pente de vos parcelles. Dans le cas où il est nécessaire de profiter de la porosité du sol pour stocker de l’eau à proximité immédiate des cultures, alors il vaudra mieux travailler le sol perpendiculairement à la pente naturelle de vos parcelles.

Comment créer un andain ?

En automne, lors du travail d’aération du sol, le plus simple consiste à travailler les planches en deux temps. Dans un premier temps, on travaille une moitié de la planche dans le sens de la longueur, en posant à chaque fois la terre sur sa droite. Une fois arrivé au bout de la planche, on doit donc obtenir au milieu de la planche un petit monticule, et sur le coté un fossé. On travaille ensuite l’autre moitié en revenant sur ses pas (ainsi on continue à déposer la terre sur sa droite) ou dans le même sens (dans ce cas on dépose la terre à gauche. Après quelques temps, le jardinier plus aguerri pourra effectuer ce travail en une seule fois, simplement en déposant la terre à droite dans une partie et à gauche dans l’autre partie de la planche.

Après avoir travaillé le sol, on sème, sans émietter, un engrais vert.

Ensuite on recouvre avec des feuilles et de la paille, comme pour tout travail d’hiver.

Pendant la saison froide, les organismes vivants, mais aussi la pluie et le gel, vont continuer le travail du sol, émietter les mottes, transformer la couverture végétale en humus.
Le printemps venu, au moment de préparer les plantations, il ne restera plus qu’à griffer le sol en partant du fossé et en tirant la terre vers le sommet de l’andain. Les fines traces laissées par les griffes en travers de l’andain seront autant de mini fossés de drainages qui entraineront l’excédent d’eau vers les cotés, désormais plus bas de votre planche de culture.

Cultures de framboisiers sur andain

En culture maraîchère l’andain trouve aussi sa place autant sous serre qu’en plein champ, et, outre sa fonction de drainage, il offre aussi l’avantage que le sol soit moins bas !

Andains nivellés

Il existe des outils adaptés à ce travail, andaineuse, herse-étrille qui peuvent être attelées à un engin agricole, ou utilisés avec la traction animale.

Création d'andains en plein champ

Photos prises à la Ferme de Kerziou

Ce merveilleux fertilisant que nous produisons

Chaque jour, l’espèce humaine produit sept millions de tonnes d’un produit qu’elle fait disparaître en consommant 5 à 8 fois plus d’eau rendue potable. Un gâchis écologique planétaire que seule la culture religieuse a engendrée.

Au cour de sa vie, chaque être humain produit environs 38.000 litres d’urine, de quoi remplir un gros camion citerne. Et cette urine, nous l’évacuons dans les réseau du tout à l’égout, avec 5 à 8 litres d’eau potable pour chaque miction. Voilà ce que le mode de vie moderne a engendré comme gaspillage.

Nos ancêtres étaient moins culpabilisés par la civilisation judéo-chrétienne du propre et du purifié. Nos grand-parents pissaient au jardin, et personne ne s’en plaignait. Ce fluide qui jouit d’une très mauvaise réputation possède pourtant de multiples vertus pour votre jardin ! En effet, notre urine possède les trois plus importants nutriments dont une plante a besoin : l’azote (N), le phosphore (P), et le potassium (K). L’utilisation de l’urine comme engrais permet d’économiser de l’argent, des combustibles fossiles (largement utilisés dans la production d’engrais chimiques) et de l’eau (pas besoin de tirer la chasse d’eau) !

Elle réduit également la pollution des rivières – l’urine est une source d’azote importante qui contribue à l’eutrophisation du fleuve si la dénitrification n’est pas utilisée dans l’usine de traitement des eaux. Et ce n’est pas un recul, même la technologie spatiale l’utilise- la NASA a utilisé l’urine dans les systèmes de culture hydroponiques !

Composée de 95% d’eau, de 2,5% d’urée et de minéraux, de sel, d’hormones et d’enzymes l’urine est un sous-produit du sang aucunement toxique pour la nature. C’est même l’inverse dans la mesure où l’urine d’un adulte en bonne santé contient 11 grammes d’azote (contenu dans l’urée), 1 gramme de phosphore et 2,5 grammes de potassium, c’est-à-dire des nutriments qui permettent… d’augmenter les rendements des cultures !
Elle contient ainsi une quantité significative de phosphore, qui est un élément indispensable pour les organismes vivants mais parfois rare dans le haut des bassins-versant. Le phosphore était autrefois extrait de l’urine dans laquelle il a été découvert.
Cette propriété pour le moins étonnante a été découverte par Patrick Makhosi, chercheur ougandais à la Kawanda Agricultural Research Organisation, qui a observé que l’application chaque semaine d’urine au pied de légumes sur une période minimale de deux mois pouvait permettre de doubler la récolte par rapport à un échantillon témoin.

Onze mille litres d’urine: c’est ce qu’a récolté en 2013 REI, un institut américain qui, en utilisant cet engrais biologique, a réussi à doubler la production de foin d’une ferme du Vermont, rapporte Modern Farmer le 13 janvier 2014. Une méthode moins insolite qu’elle en a l’air.

Car comme le rappelle Modern Farmer, «la recherche considère depuis longtemps l’urine comme un fertilisant puissant», source d’azote, phosphore et potassium, «des nutriments essentiels aux plantes, prélevés habituellement dans le sol ou l’atmosphère».

Les vertus de l’engrais au pipi ont été attestées par une étude suédoise, «d’autres essais fructueux (…) en Chine et au Mexique», et ont même intéressé la ville d’Amsterdam, qui a installé en décembre 2013 des vespasiennes spéciales pour renvoyer l’urine des passants aux agriculteurs locaux, de quoi «fertiliser l’équivalent de 10.000 terrains de football» selon les représentants de la ville. Pour voir le rapport du Stokolm Environment Institute.

Le ministre indien du Transport routier et des autoroutes nationales, Nitin Gadkari a expliqué qu’il arrose les plantes de son bungalow de Delhi avec de l’urine, qu’il collecte dans des récipients de 50 litres et que l’urine est selon lui un engrais efficace et peu coûteux, qui permettait de faire pousser des plantes plus grandes et en meilleure santé. « J’ai collecté de l’urine dans un contenant de 50 litres« , a expliqué le ministre dans une vidéo diffusée par ABP Majha. « J’ai appelé le jardinier et je lui ai dit d’arroser les plantes avec ça. La différence était énorme : le plant a poussé presque deux fois plus vite que les autres plants« .

Outre les éléments fertilisants de base (N, P, K) l’urine contient des oligo-éléments ainsi que de minéraux directement absorbables par les plantes, et/ou la biomasse du sol.

Comment récolter son urine.

Pour les hommes, c’est relativement aisé. Certains font leur besoins dans une bouteille, ou directement dans l’arrosoir. Pour vous, mesdames, l’investissement dans un vase de nuit serait judicieux.
Il existe également des toilettes sèches à séparation des flux.

Toilettes à séparation d'urine, hez Graine d'Eau (France)

Comment utiliser l’urine comme engrais.

L’urine s’utilise comme un engrais liquide chimique du commerce.
Il faut diluer l’urine fraîche (du jour ou de la veille) au moins à 10 %.
Nous utilisons à peu près l’équivalent d’un verre à moutarde pour un arrosoir plein d’eau. Il faut arroser au pied des plantes.
Nous l’utilisons partout, aussi bien au potager, sur les tomates, les arbres fruitiers, les choux, et tous les autres légumes voraces en énergie, sur le maïs également.
Mais nous l’utilisons également au jardin d’ornement, et même dans la serre.
Pour les plantes du mur végétal ou du terrarium, nous diluons un peu plus et bassinons les feuillages avec le pulvérisateur.

(voir également ce lien)

 Autres usages de l’urine au jardin

L’urine est un bon activateur du compost, et c’est au minimum ainsi que vous devez l’utiliser et ne plus la jeter.

L’urine est souveraine pour éloigner les fourmis. Il suffit d’uriner sur l’entrée d’une fourmilière pour qu’elles aient disparues quelques heures après.

L’urine permet de protéger votre poulailler des prédateurs (renards, fouines, belettes). Une paire de fois par ans, il suffit d’uriner aux abords du poulailler pour que les prédateurs comprennent qu’ils sont sur le territoire d’une autre, bien plus dangereux qu’eux.

Pour terminer, je vous recommande un très bon ouvrage sur le sujet :

L'urine, de l'or liquide au jardin

Notre amie la Consoude

Voilà bien une plante qui mérite, mille fois, de se trouver dans tous les jardins, surtout si vous pratiquez le jardinage naturel.

Nous l’avons mise en arrière plant dans un de nos massifs de fleurs mélangées, au jardin d’ornement, ainsi que tout le long du fossé, en limite de domaine, derrière le tunnel de culture et tout le long du fond du potager. Ses puissantes racines plongeantes fixent les berges du fossés, et résistent à la voracité des poules qui passent l’hiver dans le potager, dans leur Hermitage (Palais d’Hiver).
Cette grande plante est très architecturale et a parfaitement sa place dans un fond de massif de fleurs vivaces et d’arbustes, mélangés à des bulbes, les fleurs sont bleues, mais parfois blanches (il existe aussi de nombreux cultivars). Ses racines profondes, qui peuvent atteindre 180 centimètres,  puisent profondément dans le sol les précieux éléments nutritifs (dont, entre autres, la potasse) qui sont stockés dans les feuilles.

En cuisine, elle servait autrefois comme composant dans les salades ou les soupes. Les feuilles s’utilisent en beignets ou cuites à l’eau comme des épinards. Elles peuvent se réduire en poudre et s’incorporer à la farine, c’est alors un excellent complément alimentaire.

En phytothérapie, l’usage interne de la consoude est déconseillé à cause de sa teneur potentielle en pyrrolizidines, qui sont des substances toxiques pour le foie, toutefois, il est bon se savoir que l’infusion de consoude aide à soigner les troubles digestifs, diarrhées et colites ulcéreuses. La feuille de consoude, astringente, atténue les douleurs dues à l’arthrose, aux crampes ou aux névralgies musculaires, en permettant un relâchement des muscles.

Elle a aussi été utilisée comme plante fourragère grâce à sa haute teneur en protéines et sa faible teneur en cellulose. On la considérait comme un aliment de choix pour les volailles et les porcs.

Décrite par le botaniste grec Dioscoride au Ier siècle, la consoude est une plante utilisée en phytothérapie depuis l’Antiquité. Pline l’Ancien fait également mention de ses propriétés médicinales, dans le traitement des fractures. A l’époque, la consoude était aussi utilisée en cas de troubles intestinaux, de bronchites ou de pleurésie. La plante s’est largement propagée, au fil des siècles, grâce aux voyageurs et aux pèlerins. Le nom de consoude est apparu au XIIIe siècle, issu du latin consolidare , alors que son appellation scientifique lui a été attribuée par le naturaliste suédois Linné, fondateur de la nomenclature binominale, en 1753. Le terme symphytum se réfère au mot grec symphuo , qui signifie « grandir ensemble ».

Propriétés médicinales de la consoude :

  • Astringente et cicatrisante : la consoude, appliquée en compresses, traite les contusions, les entorses et les fractures. Elle peut également être utilisée pour soigner les plaies et les escarres.
  • Anti-inflammatoire : elle atténue les contractions et les élongations musculaires. En cataplasme, la consoude purifie les poumons et traite les toux sèches. En gargarismes ou en bains de bouche, elle agit sur les plaies et les inflammations de la cavité buccale.
  • Émolliente : elle est très utile en dermatologie contre les furoncles, l’acné, le psoriasis et, d’une manière générale, toute déshydratation de la peau.
  • Adoucissante : ses mucilages en font un excellent traitement d’appoint en cas de crevasses ou de gerçures, voire de piqûres d’insectes.

Pour le jardinier :

La consoude est riche en calcium, potassium, phosphore, fer et silice, de plus, sa richesse en allantoïne favorise la multiplication des cellules, stimule la vie microbienne du sol, facilite la levée des semis et favorise la croissance des feuilles.

Les feuilles sont utilisées dans les trous de plantation, comme activateur de compost, mulch nourricier, terreau , purin ou engrais liquide extrait à sec (plus riche que ceux à base d’algues marines) utilisables en fertilisation foliaire.

La consoude fanée est aussi appelée « instant compost », car son rapport carbone/azote  est celui d’un compost bien décomposé. Ses feuilles fanées peuvent servir pour un lit  de fumure avant plantation.

Le compost de consoude est d’excellente qualité, mais on l’utilise rarement de cette façon à cause du faible volume de compost obtenu (peu de cellulose).

Pour le purin, on peut couper des feuilles, régulièrement, dès le début du mois d’avril, et les mettre à mariner au soleil dans 5 à 10 litres d’eau pour 1 Kg de feuilles. Le purin est bon quand il commence à se former des bulles à la surface de l’eau et que l’odeur est assez forte (entre 10 jours à 4 semaines selon la saison et le temps). Les substances actives y sont concentrées, pour éviter que le liquide se putréfie, vous devrez le filtrer pour obtenir un liquide d’une belle couleur vert doré.

Le purin de consoude peut être utilisé tout au long de la période de croissance et de floraison des plantes et légumes, il peut être utilisé sur toutes les plantes du jardin, mais réussit particulièrement aux légumes-fruits. Il s’utilise comme engrais à raison de 10% de purin de consoude pour 90% d’eau. Il s’utilise comme répulsif contre les parasites à raison de 5% de purin de consoude pour 95% d’eau.

Comme tous les purins, celui de consoude se conserve dans une bouteille ou dans un récipient en matière plastique fermé hermétiquement, durant plusieurs mois, à l’obscurité et à 12 °C environ.

Si vous n’avez pas encore de consoude dans votre jardin, la pépinière Arom’antique vous en propose une dizaine de variétés différentes !

Culture du poireau

Poireaux givrés en décembre 2015

Le poireau est un légume des climats tempérés très résistant au froid. Il peut, sauf hiver exceptionnellement rigoureux, passer tout l’hiver en terre…

Personne ne sait d’où vient le poireau. Seule certitude : il était déjà connu des grecs et des romains dans l’Antiquité.

Le poireau, Allium porum, est un légume bien courant des potagers, particulièrement en hiver ! Sa tige est réduite à un simple plateau portant racines et feuilles. Ses feuilles sont engainantes, enterrées blanches, vertes au sommet en éventail. Elles représentent la partie consommée.

Le poireau est un bon légume d’hiver, source de vitamines A, B, C et PP, riche en fibres et diurétique.

La préparation et l’enrichissement du sol, l’éclaircissage, la plantation, l’entretiens et la récolte doivent être effectués en lune descendante, lorsque celle-ci est devant la constellation de la Vierge.

Le semis doit être effectué en lune ascendante, lorsque celle-ci passe devant les constellation du Capricorne et du Taureau.

Pour le semis, il faut distinguer les poireaux à semer sous abris, ou poireaux baguettes (Bleu de Solaise, de Liège…), culture que je n’ai jamais pratiquée et dont je ne peux vous parler, des poireaux d’automne (moyennement résistants aux gelées : de Gennevilliers, Monstrueux de Carentan, Monstrueux d’Elbeuf…) et d’hiver (très résistants au gel : Géant d’hiver, Bleu de Solaise, Long de Mézières, Bleu de Liège, de Saint-Victor…).

Je ne parlerai donc ici que de ce que je pratique, la cultures des poireaux à récolter et consommer de l’automne au printemps.

Des semis échelonnés (en tenant compte des caractéristiques des variétés) permettent d’avoir du poireau frais toute l’année. Il est possible de semer en pleine terre, ou sous châssis, mais la culture, longue,de cette plante, demande alors beaucoup de place.

Je préfère semer en terrines, par petites quantités, un peu chaque mois à partir de la fin février, jusqu’à la fin du mois de mai.

Semis de poireaux en terrines

Lorsque les graines ont germées et que les jeunes plantules ont atteint 2 à 3 millimètres de diamètre (à peu près 40 jours après le semis), je les repique une première fois en pépinière dans un endroit où le sol a été au préalable, spécialement préparé à cet effet, avec apport de terreau, de tourbe bonde, et un travail du sol très minutieux sur quelques centimètres de profondeur. Pour cela, j’utilise la griffe et l’émietteur.

Pour un travail en finesse du sol : la griffe et l'émietteur

Les jeunes plants sont alors repiqués en lignes espacées de quelques centimètres, à 2 ou 3 centimètres d’intervalle, je fais une ligne par variété, quelque soit le nombre de graines qui ont germées.

Pépinière de poireaux en avril

On les  transplantera à leur place définitive, lorsque les jeunes plants de poireaux auront atteint la taille d’un crayon, deux à trois mois plus tard à peu près, selon les conditions spécifiques à votre domaine.

Poireaux prêts à être transplantés

La culture, à partir de ce moment, va être longue. Les poireaux consommés au printemps suivant, passeront parfois dix mois à cet endroit. La préparation de leur mise en place, requiert donc, réflexion et préparation.

On devra en effet réfléchir de l’endroit le mieux adapté, en fonction du sol, de l’exposition au soleil, mais aussi de l’implantation du potager dans un an, et la présence de poules, ou non, en hiver.

Sauf si l’on a mis en place une couverture permanente du sol le poireau apprécie un sol suffisamment travaillé en profondeur (20 à 30 cm sont toutefois suffisants). Le préalable est donc d’ameublir le sol par un travail vertical, à la grelinette ou à la fourche bêche. On apportera de l’humus en quantité (je met un seau à vendange par mètre carré de compost décomposé et mûr).

Voici comment je procède :

Quand ils ont diamètre d’un crayon, j’arrache les plants. Je reconnais que c’est parfois un peu compliqué de trier les plants dans la pépinière, car les plus petits attendront le mois suivant à la même place. Dans un premier temps, les poireaux repiqués sont destinés à la consommation, donc je ne m’intéresse pas du tout aux variétés, je mélange tout.

Poireau bon à transplanter

Maintenant, il vous faut habiller les plants, c’est à dire raccourcir aux ciseaux les feuilles d’un côté, et les racines de l’autre.

A quoi sert l’habillage ?

  • Réduire les racines va provoquer la naissance de nombreuses autres radicelles qui vont aider le plant à s’enraciner.
  • Diminuer la longueur des feuilles a pour effet que le plant va évaporer moins d’eau, donc le plant ne risquera pas de se dessécher.
  • Un plant plus court est plus facile à manipuler et à positionner correctement dans son trou de plantation.

Comment procéder ? C’est très simple : prenez une dizaine de plants dans la main, alignez-les pour que tous les bulbes (la partie renflée juste avant les racines) soient au même niveau. Puis coupez les racines à 2 cm et coupez de l’autre côté environ la moitié du feuillage vert. Après cela, vous obtiendrez une série de plants qui font tous la même taille.

Poireaux habillés

Je laisse sécher les plants pendant environ 48h à mi-ombre, à même le sol, ce qui permet de les renforcer contre les attaques du ver du poireau ou encore de la mineuse (un ravageur causant bien des dégâts depuis quelques années).

Poireaux mis à sécher

Avant la plantation, je mets les plants à tremper quelques instants dans un pralin (mélange de fiente de poules, de compost et d’argile). Cela facilite la reprise après la plantation.

Vous lirez partout, qu’il faut creuser un sillon de 15 cm de profondeur, pour avoir des futs bien blancs et droits. C’est là où ma méthode diffère. Je la tiens d’un vieux jardinier catalan, qui me l’a enseignée, il y a plus de trente ans, à Perpignan. Il faut en effet savoir que la récolte des poireaux pour la consommation se fait en hiver, quand la terre est lourde, collante, et souvent gelée. Creuser à 20 centimètre pour extraire des poireaux entier relève alors de l’exploit. C’est pourquoi depuis 30 ans, je cultive des poireaux bien blancs, faciles à arracher, même quand le sol est gelé, mais dont le fut est tordu, ce qui ne gène en rien leur consommation du moment qu’on ne cherche pas à les vendre.

Je fais donc un sillon peu profond, mais large de 15 à 20 centimètres et je dispose mes poireaux, couchés, racines au sud, feuilles vers le nord.

Plants de poireau au moment de la transplantation

Puis je recouvre de 2 à 3 centimètres de terre. Pour favoriser la diversité végétale, je ne fais plus de longs sillons, mais je plante les poireaux par petites lignes de 5 à 10 plants, espacées d’au moins un mètre entre chaque lignes.  Je sème aussitôt des carottes (sauf si je viens de repiquer à leur proximité), et de l’aneth.

Les carottes et oignons cultivés entre les rangs de poireaux éloignent la teigne du poireau. Le poireau, grâce à son odeur très prononcée, repousse la mouche de la carotte. L’aneth, elle, pas son odeur forte, déroute les insectes prédateurs. De plus, des poireaux dispersés sont ainsi moins vulnérables.

Une fois la culture mise en place, il est préférable de pailler (avec paille, foin, feuilles ou paillis de lin) pour conserver le sol frais et éloigner ainsi les prédateurs qui préfèrent des poireaux plus secs. Il est bon de déposer, de si de là, à proximité, des gourmands de tomates coupés, ou des feuilles quand vous éclaircissez, elles feront profiter les plantations de leur vertus insectifuges.

Légumes à cultiver à proximité du poireau : les carotte, le céleri, le fraisier, l’oignon, la tomate, la laitue, la mâche ou encore l’asperge. Au fur et à mesure de l’avancée de la saison, ces légumes viendront remplir les vides entre les lignes de poireaux qui constituent, ainsi, la trame d’une parcelle de culture automne-hiver.

Poireaux en juin 2016

Associations de plantes qu’il est préférable d’éviter :
Haricots, pois (Fabacées) freinent le développement du poireau.
Bettes et betteraves (Chénopodiacées) ne seront pas associées à une culture de poireaux. Tout comme les poireaux, ce sont des plantes exigeantes.
La pomme de terre (Solanacées) nuit à l’oignon commun, sa présence freine son grossissement…

Variétés de poireaux
‘De Carentan’ : variété très rustique, supporte des conditions extrêmes hivernales. Elle est lente à monter à graines au printemps. Son fût court, entre 20 et 25 cm de longueur, présente un diamètre de 4 à 6 cm.
‘Bleu de Solaise’ : variété mi-tardive, est adaptée aux récoltes d’hiver, elle se montre particulièrement résistante au froid. Un large feuillage vert bleuté prolonge un fût court de 20 à 25 cm de longueur.
‘Saint Victor’ : fûts gros et longs, présente un feuillage dressé, de couleur bleu-violet. Cette variété est particulièrement résistante au froid. Elle se développe encore en cours d’hiver et au début de printemps. Originaire de France, cette ancienne variété est issue de ‘Bleu de Solaise’.
‘De Liège’ : une variété idéale pour l’hivernage en pleine terre : sa récolte court de novembre à février. Feuillage vert-bleu sombre, fût blanc de grande longueur et gros diamètre caractérisent ce poireau.
‘Monstrueux d’Elbeuf’ : fûts très gros et assez courts, est une variété d’été, précoce et productive, qui résiste bien à la chaleur.
‘Gros long d’été’ :  variété précoce au développement rapide et qui présente aussi une bonne résistance à la chaleur. Les fûts longs et gros se récoltent de juin-juillet jusqu’aux premières gelées.
‘Électra’ : variété à petit fût (15 cm) et à feuillage vert bleuté, se récolte à partir de juillet.
‘Gros jaune du Poitou’ : variété peu rustique, grossit vite et est précoce. Les fûts longs de 20 à 25 cm offrent un diamètre de 4 à 6 cm ainsi qu’un feuillage en éventail vert-blond.
– Pour les récoltes d’été et d’automne, voici trois variétés à récolter avant les grands froids :
‘Carlton’ : poireau au feuillage vert clair;
‘Gros long d’été 2’ : un poireau précoce à ne pas trop laisser grossir;
‘Jaune gros du Poitou’ : un légume très précoce au feuillage vert blond.
– Pour les récoltes hivernales, les variétés doivent supporter le froid comme  :
‘Monstrueux de Carentan 2’ : poireau au fût court et large
‘Bleu de Solaise’ : poireau au fût moyen et au feuillage bleuté
‘Bleu d’hiver’ : poireau au fût long et gros, qui présente une bonne résistance aux maladies.

Les ravageurs et maladies du poireau :
Le ver du poireau (teigne) : la larve  est une petite chenille blanche-jaunâtre ou verdâtre avec des points noirs et des bandes claires. L’adulte est un papillon  aux ailes brunes tachetées de blanc et mesurant 15 à 20 mm. La larve cause des dégâts considérables en creusant des galeries à l’intérieur du fût. L’association du poireau avec la carotte est bien connue des jardiniers bio. A juste titre, car l’odeur de la carotte éloigne la teigne. Le céleri est semble t’il également efficace. Le séchage préalable des plants, en atténuant l’odeur attractive du poireau, est également une bonne solution.
Le poireau et la carotte, cultivés en voisinage, se protègent mutuellement de leurs ravageurs respectifs, il n’est pas inutile de le répéter !
La mineuse du poireau : La larve de la mineuse est un petit asticot jaune pâle d’environ 6mm de long. L’adulte est une petite mouche à l’abdomen jaune. Ce ravageur, apparu en France vers 2005, commence à causer de sérieux dégâts dans de nombreuses régions. On peut observer des tâches alignées et jaunâtres sur les plants atteints. Les feuilles externes sont abîmées et la plante s’affaisse. En appliquant les techniques décrites ci-dessus pour la teigne, je n’ai jamais eu ce problème, contrairement à certains voisins… j’ignore à ce jour si cela est lié aux précautions prises. On conseille de couper et de mettre les poireaux atteints au congélateur.
Une autre technique efficace contre ces ravageurs consiste à place un filet anti-insecte sur la parcelle de poireaux.
Les pucerons : les feuilles de recroqueville sur elles-mêmes
Le mildiou : Des tâches jaune puis brunes se forment sur les feuilles
L’oïdium : Un feutre blanc se forme sur les feuilles

Production et récolte des graines.

Les poireaux destinés à la production de semences sont plantés à part, en sol bien drainé, mais restant frais en été. Le poireau fleurit en juin, et les graines sont mûres entre fin juillet et le mois d’août. C’est donc une culture très, très longue, puisqu’il se sera écouté 18 mois entre le semis et la récolte des semences. Les plants destinés à la reproduction sont plantés par groupes de 3 à 5 plants, disposés en étoiles et correctement étiquetés et répertoriés. Des variétés différentes devront être suffisamment éloignées pour qu’il n’y ait aucun risque d’hybridation.

 Fécondation naturelle d'une fleur de poireau