Mulchage et couverture du sol

Dans la nature, un sol nu est un sol mort (terres arides, déserts). Il s’impose donc comme une évidence que la nature a prévu qu’un sol vivant se devait d’être constamment couvert. Dans une culture naturelle, l’agriculteur prendra donc soin à ce que le sol de son domaine ne soit pas dénudé.

Il peut procéder de plusieurs manières :

En choisissant des cultures destinées à maintenir une couverture végétale sur le sol.
En paillant le sol (mulchage) avec des tontes de gazon, du compost peu décomposé ou de la paille.
En laissant les ‘mauvaises herbes’ se développer, et en maîtrisant simplement leur végétation.

La couverture permanente du sol a les avantages suivants :

Elle limite l’évapo-transpiration, c’est à dire l’évaporation de l’eau contenue dans le sol, sous l’action du soleil et du vent. La couverture du sol limite fortement ce phénomène, et contribue ainsi à garder un sol toujours frais. Elle permet de substantielles économies d’irrigation.
Elle favorise la biomasse du sol (la biomasse est l’ensemble des organismes vivants). La couverture du sol, liée au compostage, augmente sa teneur en humus, et accroît la vie micro-organique. De ce fait, la chaîne complète est plus importante. La biomasse d’un tel sol peut être trente fois supérieure à celle d’un sol travaillé de façon conventionnelle. A long terme, cette biomasse modifie la structure du sol, le rendant plus souple, plus léger, plus aéré, et permettant ainsi son ‘non-travail’.
La couverture permanente du sol permet aussi la vie aérienne en constituant un abri pour beaucoup d’insectes, prédateurs des différents ravageurs des cultures.
Enfin, elle limite grandement l’effet d’érosion.

La ‘méthode’ Jean Pain.

Au début des années 1970, Jean et Ida Pain, installés à Villecroze dans le Var, "inventent" le compost de brousailles qui permet de faire pousser des légumes sur un sol aride et de protéger la forêt des incendies
Au début des années 1970, Jean et Ida Pain, installés à Villecroze dans le Var, « inventent » le compost de broussailles qui permet de faire pousser des légumes sur un sol aride et de protéger la forêt des incendies

Dans les années 80, Jean Pain choisit, au Domaine de Villecrozes (240 hectares en Provence), un terrain de quelques 200 mètres carrés, en haut d’une colline ombragée de pins, sans eau et sans terre végétale digne de ce nom. Puis il y étendit une sorte de compost broyé formé de toutes les broussailles alentours passées dans une machine. Il laissa fermenter ce qu’il avait apporté un an environ, puis dégageant des trous, il planta toutes sortes de légumes. Pas une seule fois il n’arrosa ni apporta d’amendement. Et pourtant toutes les plantes se mirent à pousser magnifiquement.

Tout le monde peut aller voir ces cultures, et constater de visu que rien ne peut expliquer l’existence de ce magnifique potager, issu d’un sol stérile et sec, partout ailleurs désolant, si ce n’est une couche de débris de quelques dizaines de centimètres qui couvre le sol.

Photos Gérard Bonnet - Mercredi 04 Avril 1973
Photos Gérard Bonnet – Mercredi 04 Avril 1973

Il s’agit d’une démonstration très simple du pouvoir créatif de l’humus. Chacun peut en répéter l’expérience, à condition d’admettre qu’il existe un autre rapport avec le travail manuel.

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Agriculture avec de la paille

(Extrait des écrits et enseignements de Masanobu Fukuoka)

On pourrait considérer que répandre de la paille est plutôt sans importance alors que c’est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d’hiver. C’est en relation avec tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, l’irrigation. Concrètement et théoriquement, l’utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c’est quelque chose que je ne peux pas faire comprendre aux gens.

Répandre la paille non-hachée

Le Centre d’Essai d’Okayama est en train d’expérimenter l’ensemencement direct du riz dans quatre vingt pour cent de ses champs expérimentaux. Quand je leur suggérai d’étendre la paille non-hachée, ils pensèrent apparemment que cela ne pouvait pas être bien, et firent les expériences après l’avoir hachée dans un hachoir mécanique. Quand j’allai voir l’essai il y a quelques années, je vis que les champs avaient été divisés en ceux utilisant la paille non-hachée, hachée et pas de paille du tout. C’est exactement ce que je fis pendant longtemps et comme la non hachée marche mieux, c’est la non-hachée que j’utilise. M. Fujii, un enseignant du Collège d’Agriculture de Yasuki dans la Préfecture de Shimane, voulait essayer l’ensemencement direct et vint visiter ma ferme. Je lui suggérai de répandre de la paille non-hachée sur son champ. Il revint l’année suivante et rapporta que l’essai avait raté. Après avoir écouté attentivement son récit, je m’aperçus qu’il avait posé la paille de manière rectiligne et ordonnée comme le mulch d’un jardin japonais. Si vous faites ainsi, les semences ne germeront pas bien du tout. Les pousses du riz auront du mal à passer au travers de la paille d’orge ou d’avoine si on la répand de façon trop ordonnée. Il vaut mieux la jeter à la ronde en passant, comme si les tiges étaient tombées naturellement.

La paille de riz fait un bon mulch aux céréales d’hiver, et la paille de céréales d’hiver est encore meilleure pour le riz. Je veux que cela soit bien compris. Il y a plusieurs maladies du riz qui infesteront la récolte si on applique de la paille de riz fraîche. Toutefois ces maladies du riz n’affecteront pas les céréales d’hiver, et si la paille de riz est étendue en automne, elle sera tout à fait décomposée quand le riz germera au printemps suivant. La paille de riz fraîche est saine pour les autres céréales, de même que la paille de sarrazin, et la paille des autres espèces de céréales peut être utilisée pour le riz et le sarrazin. En général la paille fraiche des céréales d’hiver telles que le froment, l’avoine et l’orge ne doit pas être employée comme mulch pour d’autres céréales d’hiver parce que cela pourrait provoquer des dégâts par maladie .

La totalité de la paille et de la balle restant après avoir battu doit retourner sur le champ.

La paille enrichit la terre. 

Éparpiller la paille maintient la structure du sol et enrichit la terre au point que le fertilisant préparé devient inutile. Ceci est lié bien entendu à la non-culture. Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s’améliore à chaque saison. J’estime que la couche supérieure riche en humus, s’est enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.

La paille aide à tenir tête aux mauvaises herbes et aux moineaux

Idéalement, un hectare produit environ quatre tonnes de paille d’avoine. Si la totalité de la paille est étendue sur le champ, la surface sera entièrement recouverte. Même une mauvaise herbe gênante comme le chiendent, problème le plus difficile dans la méthode d’ensemencement direct sans culture, peut être maintenue sous contrôle.

Les moineaux m’ont causé de fréquents maux de tête. L’ensemencement direct ne peut pas réussir sans moyen sûr pour venir à bout des oiseaux et il y a beaucoup d’endroits où l’ensemencement direct a été lent à se répandre pour cette seule raison. Certains d’entre vous peuvent avoir le même problème avec les moineaux et vous comprendrez ce que je veux dire.  Je me souviens du temps où ces oiseaux me suivaient et dévoraient toutes les graines que j’avais semées avant même que j’aie pu finir l’autre côté du champ. J’ai essayé les épouvantails à moineaux et les filets, des boîtes de conserve cliquetant sur des ficelles, mais rien n’a vraiment bien marché. Ou s’il arrivait qu’une de ces méthodes réussît, son efficacité ne durait qu’un an ou deux.

Mon expérience a montré qu’en semant quand la récolte est encore sur pied de telle sorte que la semence soit cachée par les herbes et le trèfle et en répandant un mulch de paille de riz, d’avoine ou d’orge dès que la récolte mûre à été moissonnée, le problème des moineaux peut être résolu avec beaucoup d’efficacité.

J’ai fait quantité de fautes en expérimentant au cours des ans, j’ai fait L’expérience d’erreurs de toutes sortes. J’en connais probablement plus sur ce qui peut aller mal dans la croissance des récoltes agricoles que personne d’autre au Japon. Quand j’ai réussi pour la première fois à faire pousser du riz et des céréales d’hiver par la méthode de la non-culture, je me suis senti aussi heureux que Christophe Colomb a dû l’être quand il découvrit l’Amérique.