Le non-travail du sol

Le « non-travail » du sol ne consiste pas à rester là, sans rien faire, en attendant que la nature produise pour nous ses bienfaits. Il résulte en fait d’un constat, tellement évident que personne n’y pense.

Il est vrai que depuis le fameux…

« Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’Oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. »
(Le laboureur et ses enfants, Jean de La Fontaine).

Le laboureur et ses enfants - Dessin de Granville

 … les agriculteurs n’ont eu de cesse de retourner la terre, toujours de plus en plus profond.

Pourtant…

Sous l’effet naturel du lessivage, les éléments nutritifs sont entraînés toujours plus profondément dans le sol, où ils finissent par rejoindre les nappes phréatiques si aucun végétal n’a pu les absorber. C’est ainsi que des milliers de tonnes de nitrates polluent les eaux, en profondeur, créant un des plus gros désastres écologiques depuis les trente glorieuses.

Le sol est composé de différentes couches, dont seule la plus superficielle est exploitée par la majorité des végétaux. Cette couche est aussi le plus riche en biomasse, en matière organique et en oligo-éléments, qui ont besoin de chaleur et d’air pour exister. Plus on s’enfonce dans le sol et plus on trouve un élément minéral, froid et pauvre.

Horizons

Par le labour, on enterre cette couche riche et vivante, qui se retrouve asphyxiée. Dans le même temps, on remonte la partie la plus pauvre du sol, dont les bactéries anaérobies sont tuées par l’oxygène contenu dans l’air. Le labour est l’opération la plus efficace pour totalement stériliser un sol.
Les engins modernes, qui labourent de plus en plus profond, contribuant ainsi à l’appauvrissement du sol arable. De plus, le sol, laissé à nu, devient extrêmement sensible au dessèchement (par le phénomène d’évapotranspiration) et à l’érosion.

C’est une hérésie que d’épandre du fumier avant un labour, comme c’est encore couramment pratiqué dans nos campagnes !

L’enfouissement des matières organiques et nutritives avant un semis ou une plantation complique la tâche des plantes qui vont devoir désormais se nourrir avec des éléments nutritifs hors de portée de leurs racines, puisque enfouis trop bas.

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Le non-travail du sol en pratique

Le cultivateur soucieux de conserver toute la richesse de son sol prendra soin de ne pas le retourner.

S’il éprouve la nécessité de remuer le sol, pour l’aérer par exemple, il devra privilégier des outils qui s’enfoncent verticalement, mais qui ne retournent pas le sol.
Pour de petites surfaces, la fourche bêche est l’outil idéal, à condition de l’utiliser correctement : on enfonce la fourche, on la pousse vers l’avant, puis vers l’arrière, et on la ressort. Plus grande est la grelinette, l’outil mis au point en Savoie par André Grelin, et toujours commercialisée par sa famille.

Grelinette d'André Grelin

C’est outil de jardinage permettant une technique rationnelle de labour manuel, sans retournement. (Les bêches ordinaires ou automatiques visent au retournement systématique de la terre, opération non seulement longue et pénible, mais parfois néfaste, en particulier au printemps.)

L’outil, aux dents biseautées très tranchantes, est enfoncé verticalement bien à fond (le lancement vigoureux suffit en terre légère).

Tirer les manches vers vous et, en reculant d’un pas, basculez à droite et à gauche, pour diviser la motte sur place. Inutile de se baisser pour soulever péniblement la terre, comme avec la bêche.

Pour de plus vastes superficies, les outils tirés par un tracteur devront être des outils de griffage (cultivateur) ou la sous-soleuse, dans le cas de sols asphyxiés ou présentant, surtout en terre argileuse, une semelle de labours.

Le cultivateur naturel utilisera donc tous les autres procédés de travail du sol (griffage, binage, sarclage, etc.) lorsque cela s’avèrera strictement nécessaire.

Toutefois, le cultivateur averti des pratiques culturales respectueuses du sol, et des enseignements de Masanobu Fukuoka pour se fatiguer le moins possible gardera en tête sa « Révolution d’un seul brin de paille ».

Révolution d'un seul brin de paille

La couverture permanente du sol avec de la paille, des coupes d’herbe (de la tonte de gazon à condition qu’elle ait été séchée auparavant et mélangée à d’autre particules), des copeaux de bois ou des branches broyées remplace avantageusement un travail dur et fastidieux. Cette couverture végétale va, tout d’abord, protéger le sol des ardeurs du soleil et du vent, limitant ainsi évaporation et érosion. Le sol restera humide plus longtemps, attirant ainsi les infatigables auxiliaires naturels du cultivateur de la biomasse du sol (vers de terre et taupes sont d’excellents travailleurs du sol, infatigables et peu onéreux). Cette couverture végétale attirera aussi les macro organismes et les bactéries pour la décomposer et la transformer en humus, qui avec l’argile du sol composera le garde manger des plantes.

Entre deux culture, en hiver, le cultivateur naturel sèmera des engrais verts (moutarde blanche, phacélie, trèfle ou vesce…) qu’il fauchera régulièrement avant de les couper au collet avant la plantation.

Il déposera les éléments nutritifs à la surface du sol (afin qu’ils soient enfouis par la biomasse et par lessivage).

De l’importance de nourrir la terre, et de prévenir les carences

On entend souvent cette phrase : « Mes légumes, c’est du biologique, je n’y mets rien. »

Attention, le résultat d’une telle attitude est d’obtenir des légumes carencés ! De plus, il importe de se méfier de ce genre d’affirmations. Il serait instructif d’aller vérifier chez le cultivateur s’il dit vrai ! Nous verrons plus loin que la confiance entre le consommateur et le producteur, et la possibilité de visiter le lieu de production comptent parmi les clefs de la réussite, dans ces systèmes de culture.

Le sol n’est pas une matière inerte mais une formidable entreprise biologique.

En effet, le sol n’est pas seulement le résultat de l’altération des roches. Si nous prenons l’exemple d’un milieux argilo-sableux, l’analyse révèle la coexistence de :

45 % d’éléments minéraux
5 % d’éléments organiques
25 % de gaz
25 % d’eau

Mais, là encore ce n’est qu’une image figée. Une ‘nature morte’ qui ne rends pas compte de l’existence d’un énorme capital vivant, animal et végétal, en pleine action : la biomasse du sol.

Les plantes puisent la plupart des éléments dont elles ont besoin dans le sol. Un sol bien entretenu est le siège d’une intense activité biologique (le nombre de micro-organismes y est de plus de 1 milliard par gramme de terre, et le poids total des êtres vivants du sol dépasse 6.000 Kg par hectare).

Les êtres vivants du sol, et principalement les micro-organismes, jouent un rôle irremplaçable dans la nutrition des plantes, car seul un sol ayant une bonne activité biologique peut fournir aux plantes une nourriture équilibrée.

En général, la plus grande partie de la matière organique du sol trouve son origine dans la faune et la flore de surface. Elle nait des dépouilles animales et végétales prises en charge par des germes dégradateurs. Le phénomène commence déjà, alors que la feuille jaunie tournoie encore dans les airs, pendant sa chute. Cette altération va se poursuivre au niveau de la litière, s’y amplifier même, avec l’entrée en scène des germes telluriques (ainsi que l’exprime P. Manil : « …tout ce petit monde, ou plutôt, ce monde immense de petits, poursuit inlassablement à l’échelle de la nature une œuvre gigantesque aux aspects et aux fluctuations extrêmement diverses.« ).

On estime que 2,8 à 3,2 tonnes de litière sont dégradées par hectare et par an, sur un sol moyen français.

La matière organique : une extraordinaire complexité.

Les travaux de Howard ont mis en évidence le rôle, jusqu’alors méconnu de l’humus, cette mince couche de terre vivante dont ont dépendu toutes les civilisations.

Dans un premier temps, une formidable usine de démolition élabore l’humus, complexe mélange issu de dégradations et de synthèses microbiennes conjuguées. Là se rencontrent des molécules microbiennes fort diverses : acides aminés, purines, pyrimidines, acides aromatiques, glucides aminés ou méthylés, entre autres… La teneur d’un sol en matière organique est de l’ordre de 25 %. Si l’on évalue à 3.500 tonnes la masse de terre arable à l’hectare, il est aisé de situer la quantité totale de matière organique aux environs de 87,5 tonnes par hectare. Or, il peut s’en dégrader totalement, uniquement par minéralisation, dans un sol bien géré, entre 1 et 1,4 tonne par an. On voit que l’appauvrissement du sol en matière organique serait réel si l’on n’assurait pas son renouvellement périodique.

Il est important de veiller à ce que le sol contienne toutes les substances dont la plante aura besoin pour assurer dans de bonnes conditions son développement, sa floraison, puis la production de fruits sains et équilibrés à maturité.

Une des principales façons de nourrir le sol est le compostage, complété par des infusions, ainsi que par les pratiques culturales (engrais verts).

* Nous savons depuis peu que tous les enzymes de fixation de l’azote de l’air par les microbes du sol sont des enzymes à base de molybdène.

L’art du compostage

La fabrication du compost rencontre de plus en plus d’amateurs ces dernières années, ne dit-on pas que : « le compost est l’or du jardin » ?

Élaborer un compost équilibré, non carencé et qui constitue une véritable nourriture pour le sol est un exercice qui demande une certaine expérience. Les premiers résultats sont toujours décevants, faute d’avoir hérité de l’art et de la manière de procéder.

En fait, contrairement aux idées reçues, il ne suffit pas de mettre « à pourrir » les déchets pour obtenir un bon compost. Un engrais sain, équilibré, non lessivé sera obtenu grâce à une fermentation contrôlée, régulée. Il est composé de tous les résidus biodégradables du domaine, qu’il s’agisse des résidus végétaux, animaux ou humains. On prendra donc soin de mettre au tas de compost tous les déchets végétaux (herbes, fauches, tailles de haies, tailles de bois broyées auparavant), les fumiers de tous les animaux du domaine, et enfin tous les déchets humains, en provenance de la cuisine ou des toilettes à litière.

La règle est simple : tout ce qui est issu du sol doit y retourner.

On propose de nos jours de très nombreux procédés de fabrication du compost. L’un sert à pré-décomposer les déchets, l’autre consiste à ajouter des vers, et il faut en plus acheter des silos à compost onéreux. Quant à moi, je vous propose une méthode simple, qui ne coûtera rien, et qui vous permettra d’obtenir le meilleur humus du monde : le compostage en tas.

Maria Thun considère que l’on doit composter tous les engrais et tous les déchets organiques. En effet, si l’on apporte dans le sol par exemple des substances d’origine animale (soies, déchets de cornes ou d’os) sans les composter, cela engendrera un développement renforcé des parasites et des champignons. De même, épandre les cendres de cheminée sans les composter, revient à déverser un abrasif sur le sol.

Un autre avantage du compost mûr, comparé au fumier frais : 100 quintaux par hectare de compost mûr agissent autant que 400 quintaux de fumier frais.

De nombreux essais ont montré que le processus de compostage permet aux substances organiques d’agir pour une bonne édification du sol et une saine croissance des plantes

Pour faire un bon compost…

Le compostage en tas.

On prendra soin, tout d’abord, de mélanger au mieux les différents apports. Le tas mesurera au moins deux mètres de large, et plus d’un mètre de haut. Il aura la forme d’une pyramide tronquée. On placera les éléments à composter en couches successives, inclinées de 45 à 30°. Le tas de compost sera recouvert, soit par une toile, soit par des végétaux (courges), soit par de la tonte de gazon, afin d’éviter le lessivage par la pluie. On devra veiller, pendant la phase de montée en température, à ce que celle-ci ne dépasse pas 70° C. Enfin il est nécessaire, pour obtenir un compost homogène de le retourner au moins à deux reprises. Il faut veiller à ce que le compost dégage toujours une bonne odeur de sous bois et de champignons.

S’il dégage une odeur d’ammoniaque, c’est qu’il est mal aéré, et que l’azote se transforme en nitrate. Il convient dans ce cas de retourner rapidement le tas et de lui apporter de la cellulose (paille, foin) pour l’aérer.

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On ajoutera à chaque fois les préparats du compost, ou, au minimum, on pulvérisera du purin d’ortie. Ces préparations sont élaborées à partir d’achillée millefeuille, de camomille, d’ortie, d’écorce de chêne et de pissenlit. Elles doivent être incorporées dans de petits trous creusés dans le compost. On terminera en arrosant le tas avec la dernière préparation à base de valériane. Ces différents apports permettent d’obtenir un compost équilibré, riche en oligo-éléments.

Il est déconseillé d’utiliser certains déchets directement : les déchets de cuisine cuits, les peaux d’agrumes, de bananes, et les déchets ne provenant pas de l’agriculture biologique. Pour ma part, j’ai trouvé comme solution de faire un précompostage en les incorporant aux toilettes à litières. J’ai remarqué, en les vidant, que le processus de décomposition était toujours largement avancé. De plus c’est un milieu extrêmement équilibré en protéines animales et en cellulose, riche en bactéries, protozoaires et champignons. Depuis que j’opère ainsi, la décomposition de ces déchets ne me pose plus aucun problème (excepté pour les peaux d’agrumes et de bananes, trop chargées en pesticides).

Il faut compter entre trois mois et 2 ans avant l’utilisation du compost. Cet engrais naturel ne sera utilisé qu’à complète maturité ; il sera déposé sur le sol, sans être enfoui.

Mulchage et couverture du sol

Dans la nature, un sol nu est un sol mort (terres arides, déserts). Il s’impose donc comme une évidence que la nature a prévu qu’un sol vivant se devait d’être constamment couvert. Dans une culture naturelle, l’agriculteur prendra donc soin à ce que le sol de son domaine ne soit pas dénudé.

Il peut procéder de plusieurs manières :

En choisissant des cultures destinées à maintenir une couverture végétale sur le sol.
En paillant le sol (mulchage) avec des tontes de gazon, du compost peu décomposé ou de la paille.
En laissant les ‘mauvaises herbes’ se développer, et en maîtrisant simplement leur végétation.

La couverture permanente du sol a les avantages suivants :

Elle limite l’évapo-transpiration, c’est à dire l’évaporation de l’eau contenue dans le sol, sous l’action du soleil et du vent. La couverture du sol limite fortement ce phénomène, et contribue ainsi à garder un sol toujours frais. Elle permet de substantielles économies d’irrigation.
Elle favorise la biomasse du sol (la biomasse est l’ensemble des organismes vivants). La couverture du sol, liée au compostage, augmente sa teneur en humus, et accroît la vie micro-organique. De ce fait, la chaîne complète est plus importante. La biomasse d’un tel sol peut être trente fois supérieure à celle d’un sol travaillé de façon conventionnelle. A long terme, cette biomasse modifie la structure du sol, le rendant plus souple, plus léger, plus aéré, et permettant ainsi son ‘non-travail’.
La couverture permanente du sol permet aussi la vie aérienne en constituant un abri pour beaucoup d’insectes, prédateurs des différents ravageurs des cultures.
Enfin, elle limite grandement l’effet d’érosion.

La ‘méthode’ Jean Pain.

Au début des années 1970, Jean et Ida Pain, installés à Villecroze dans le Var, "inventent" le compost de brousailles qui permet de faire pousser des légumes sur un sol aride et de protéger la forêt des incendies
Au début des années 1970, Jean et Ida Pain, installés à Villecroze dans le Var, « inventent » le compost de broussailles qui permet de faire pousser des légumes sur un sol aride et de protéger la forêt des incendies

Dans les années 80, Jean Pain choisit, au Domaine de Villecrozes (240 hectares en Provence), un terrain de quelques 200 mètres carrés, en haut d’une colline ombragée de pins, sans eau et sans terre végétale digne de ce nom. Puis il y étendit une sorte de compost broyé formé de toutes les broussailles alentours passées dans une machine. Il laissa fermenter ce qu’il avait apporté un an environ, puis dégageant des trous, il planta toutes sortes de légumes. Pas une seule fois il n’arrosa ni apporta d’amendement. Et pourtant toutes les plantes se mirent à pousser magnifiquement.

Tout le monde peut aller voir ces cultures, et constater de visu que rien ne peut expliquer l’existence de ce magnifique potager, issu d’un sol stérile et sec, partout ailleurs désolant, si ce n’est une couche de débris de quelques dizaines de centimètres qui couvre le sol.

Photos Gérard Bonnet - Mercredi 04 Avril 1973
Photos Gérard Bonnet – Mercredi 04 Avril 1973

Il s’agit d’une démonstration très simple du pouvoir créatif de l’humus. Chacun peut en répéter l’expérience, à condition d’admettre qu’il existe un autre rapport avec le travail manuel.

Agriculture avec de la paille

(Extrait des écrits et enseignements de Masanobu Fukuoka)

On pourrait considérer que répandre de la paille est plutôt sans importance alors que c’est le fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les céréales d’hiver. C’est en relation avec tout, avec la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection contre les moineaux, l’irrigation. Concrètement et théoriquement, l’utilisation de la paille en agriculture est un point crucial. Il me semble que c’est quelque chose que je ne peux pas faire comprendre aux gens.

Répandre la paille non-hachée

Le Centre d’Essai d’Okayama est en train d’expérimenter l’ensemencement direct du riz dans quatre vingt pour cent de ses champs expérimentaux. Quand je leur suggérai d’étendre la paille non-hachée, ils pensèrent apparemment que cela ne pouvait pas être bien, et firent les expériences après l’avoir hachée dans un hachoir mécanique. Quand j’allai voir l’essai il y a quelques années, je vis que les champs avaient été divisés en ceux utilisant la paille non-hachée, hachée et pas de paille du tout. C’est exactement ce que je fis pendant longtemps et comme la non hachée marche mieux, c’est la non-hachée que j’utilise. M. Fujii, un enseignant du Collège d’Agriculture de Yasuki dans la Préfecture de Shimane, voulait essayer l’ensemencement direct et vint visiter ma ferme. Je lui suggérai de répandre de la paille non-hachée sur son champ. Il revint l’année suivante et rapporta que l’essai avait raté. Après avoir écouté attentivement son récit, je m’aperçus qu’il avait posé la paille de manière rectiligne et ordonnée comme le mulch d’un jardin japonais. Si vous faites ainsi, les semences ne germeront pas bien du tout. Les pousses du riz auront du mal à passer au travers de la paille d’orge ou d’avoine si on la répand de façon trop ordonnée. Il vaut mieux la jeter à la ronde en passant, comme si les tiges étaient tombées naturellement.

La paille de riz fait un bon mulch aux céréales d’hiver, et la paille de céréales d’hiver est encore meilleure pour le riz. Je veux que cela soit bien compris. Il y a plusieurs maladies du riz qui infesteront la récolte si on applique de la paille de riz fraîche. Toutefois ces maladies du riz n’affecteront pas les céréales d’hiver, et si la paille de riz est étendue en automne, elle sera tout à fait décomposée quand le riz germera au printemps suivant. La paille de riz fraîche est saine pour les autres céréales, de même que la paille de sarrazin, et la paille des autres espèces de céréales peut être utilisée pour le riz et le sarrazin. En général la paille fraiche des céréales d’hiver telles que le froment, l’avoine et l’orge ne doit pas être employée comme mulch pour d’autres céréales d’hiver parce que cela pourrait provoquer des dégâts par maladie .

La totalité de la paille et de la balle restant après avoir battu doit retourner sur le champ.

La paille enrichit la terre. 

Éparpiller la paille maintient la structure du sol et enrichit la terre au point que le fertilisant préparé devient inutile. Ceci est lié bien entendu à la non-culture. Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité du sol s’améliore à chaque saison. J’estime que la couche supérieure riche en humus, s’est enrichie sur une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.

La paille aide à tenir tête aux mauvaises herbes et aux moineaux

Idéalement, un hectare produit environ quatre tonnes de paille d’avoine. Si la totalité de la paille est étendue sur le champ, la surface sera entièrement recouverte. Même une mauvaise herbe gênante comme le chiendent, problème le plus difficile dans la méthode d’ensemencement direct sans culture, peut être maintenue sous contrôle.

Les moineaux m’ont causé de fréquents maux de tête. L’ensemencement direct ne peut pas réussir sans moyen sûr pour venir à bout des oiseaux et il y a beaucoup d’endroits où l’ensemencement direct a été lent à se répandre pour cette seule raison. Certains d’entre vous peuvent avoir le même problème avec les moineaux et vous comprendrez ce que je veux dire.  Je me souviens du temps où ces oiseaux me suivaient et dévoraient toutes les graines que j’avais semées avant même que j’aie pu finir l’autre côté du champ. J’ai essayé les épouvantails à moineaux et les filets, des boîtes de conserve cliquetant sur des ficelles, mais rien n’a vraiment bien marché. Ou s’il arrivait qu’une de ces méthodes réussît, son efficacité ne durait qu’un an ou deux.

Mon expérience a montré qu’en semant quand la récolte est encore sur pied de telle sorte que la semence soit cachée par les herbes et le trèfle et en répandant un mulch de paille de riz, d’avoine ou d’orge dès que la récolte mûre à été moissonnée, le problème des moineaux peut être résolu avec beaucoup d’efficacité.

J’ai fait quantité de fautes en expérimentant au cours des ans, j’ai fait L’expérience d’erreurs de toutes sortes. J’en connais probablement plus sur ce qui peut aller mal dans la croissance des récoltes agricoles que personne d’autre au Japon. Quand j’ai réussi pour la première fois à faire pousser du riz et des céréales d’hiver par la méthode de la non-culture, je me suis senti aussi heureux que Christophe Colomb a dû l’être quand il découvrit l’Amérique.

Lettre ouverte aux derniers de la classe

Il y a plus de vingt ans, quand j’ai évoqué la notion de non travail du sol, certains, trop fainéant, probablement, pour lire un ouvrage dans son intégralité, se sont contenté du titre pour en faire une technique liée à leur philosophie de vie (récolter sans rien faire).

Pourtant, dès la première phrase je prévenais que « le non travail du sol ne consiste pas à rester les bras croisés, mais à mettre en œuvre un certain nombre de pratiques différentes de celles enseignées jusqu’à aujourd’hui. »

Depuis, les choses ont évoluées, et même dans les cours d’agronomie enseignés aux agriculteurs et aux spécialistes de l’agriculture, on prends en compte les différentes couches spécifiques du sol, et mis à part quelques réactionnaire et/ou abrutis arriérés, plus personne ne laboure profondément son champ ou son jardin.

Mais les choses ont évoluées aussi dans l’autre extrême, et ce qui était une philosophie, mal comprise par certain, devient un ensemble de techniques à la mode, mise en valeur dans certains média par des apprentis écrivains en mal d’idées qui recopient des inepties sans même savoir de quoi ils parlent.

Engrais vert - Novembre 2015

C’est ainsi qu’est sortie de nulle part la « permaculture » qui est aux derniers de la classe, le concours permanent des idées les plus stupides pour les plus fainéants des jardiniers et les « bourgeois bohèmes écologistes » (les bo-bec, chers à mon ami Pierre Bourdieu).

En effet, la mode du « naturel » a fait que dans nos campagnes, mais surtout dans nos villes, on a voulu transposer des idées à la mode, mais surtout sans s’encombrer d’un philosophie qui demandait un certain nombre d’efforts parfois peu compatibles avec la vie du XXIème siècle.

On s’est donc contenté de faire de quelques techniques, mal comprises, des choses indispensable pour quiconque voudrait se prévaloir d’une culture avant-gardiste et respectueuse de notre environnement. C’est ainsi que sont apparues des buttes de cultures dans des jardins à la terre déjà assez riche, la couverture du sol avec des déchets industriels importés de l’autre bout du monde (comme la fibre de coco) et autant d’inepties qui font plus de dégâts à notre environnement qu’une culture intensive chimique.

De plus, et nous savons le démontrer, simplement en ressortant nos cours d’agronomie, ces techniques, mal comprises et mal utilisées, produisent bien certainement les effets contraires à ceux escomptés.

Les fainéants de la butte

J’ai eu l’occasion d’expérimenter la culture sur des buttes composées de bois en putréfaction dans deux conditions très particulières, pour lesquelles cette technique pouvait avoir un certain intérêt :

Dans le cadre d’un projet d’aide au retour à l’autosuffisance alimentaire en zone tropicale humide, nous voulions réutiliser une clairière dont le sol nous paraissait riche, mais qui était encombrée d’arbre en voie de putréfaction. D’autre part, notre souhait était d’installer, à proximité du village, des cultures sur un sol qui, à force des pratiques culturales (cultures sur brulis) et des éléments climatiques, était devenu pauvre et minéralisé.

Nous avons donc nettoyé la clairière et transporté ces arbres pourris près du village. Une fois alignés, ils ont été recouverts de diverses couches de matière végétales, de déchets putrescibles, et de terre végétale tirée des forêts avoisinantes.

Les cultures alimentaires réalisées sur ces buttes ont prospéré grâce au climat chaud et humide, et leur taille réduite a autorisé la continuité du processus de décomposition de la matière organique. Après quelques années les buttes avaient disparues, mais la parcelle autre fois inculte produisait en abondance de beaux et bons légumes, tandis que dans la clairière, les légumes racines traditionnels avaient remplacé la friche.

Dans le cadre de la valorisation de marais envahis par la forêt primaire, l’abattage de ces arbres envahisseurs a permis de concevoir des îlots sur lesquels de la manière végétale a été apportée, sur laquelle nous avons étendue la vase en creusant des canaux autour des îlots.  Dans ce projet, nous n’avons rien inventé : c’est ainsi que se sont créés les hortillonnages et tous les jardins flottant de la planète.

Comme on le voit, la technique de la butte sur bois pourris est utile, parfois, dans des situations très particulières, et parfois extrêmes.

Dans le dernier quart du XXème siècle, des hippies convertis au jardinage, mais ayant conservé la fainéantise comme principal défaut, ont « inventé » une nouvelle manière de ne pas travailler la terre, qui, plus tard a été nommée « permaculture ».

La principale philosophie de cette façon de jardiner est qu’elle plaît aux fainéants et aux derniers de la classe qui considèrent un ouvrage d’agronomie comme un livre tendancieux. Pourtant, même en agriculture naturelle, les principes de l’agronomie restent exacts, et il est nécessaire de les connaître pour comprendre le sens de nos actions et leur impact sur le domaine dont nous avons la responsabilité et son environnement.

Emilia Hazelip faisait par­tie de groupes Hip­pies en Ca­li­for­nie dans les an­nées 70. Inspirée par le travail du microbiologiste japonais Masanobu Fukuoka et surtout après avoir lu son livre La révolution d’un seul brin de paille, Emilia Hazelip réussit à transformer les enseignements de Fukuoka, en les adaptant à la culture occidentale et aux conditions climatiques locales, elle s’est installée en Provence au début des années 1960.
Elle a passé sa vie à chercher un moyen de se rapprocher de la nature et elle est surtout connue pour avoir développé l’agriculture synergique après avoir étudié différentes méthodes d’agriculture naturelle dans une démarche holistique. Contrairement à Fukuoka, Emilia Hazelip a concentré son attention à l’entretien des légumes et des herbes du jardin potager.
Emilia Hazelip a également, involontairement, été utilisée pour répandre la permaculture comme idéologie en France, sauf que les derniers de la classe qui dormaient pendant ses interventions ont simplement conservé en mémoire ce qu’ils ont vu et compris, entre deux périodes sous l’influence des psychotropes.
Du jardin d’Emila Hazelip, entre deux pétards, ils n’ont retenus que ces quelques buttes dans une partie humide de son domaine et en ont fait un credo.
Le jardin d'Emilia
Phillip Forer est un autre de ces grands responsables de cette ineptie qu’est la culture sur butte de bois putréfié, qu’il a érigé en règle d’or dans son Jardin du Graal  où il prétend des récoltes spectaculaires depuis quarante ans.

Selon lui, cette technique est extrêmement simple à mettre en pratique, totalement gratuite et respectueuse de l’environnement.
Elle permet d’obtenir un sol riche, de ne pas utiliser d’engrais ni pesticides et herbicides, et de ne pas arroser.
Elle ne demande qu’un effort physique de quelques heures pour obtenir selon lui une terre riche pour une quinzaine d’années.

Les véritables conséquences de la butte sur bois putréfié.

Faire des buttes pour assainir un marais, est historiquement connu depuis que l’homme cultive la terre.

Faire des buttes en zone sahélienne aride pour lutter contre la sécheresse peut être utile.

Faire des buttes en zone tropicale humide pour régénérer un sol minéralisé, nous l’avons plus haut, et une bonne chose.

Mais faire des buttes chez nous, en climat tempéré avec des sols riches, et souvent argileux, il faut vraiment avoir envie de se casser les reins pour rien, et surtout, c’est contre productif.

Les buttes, c’est beaucoup de travail. Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple en déposant la matière organique à la surface… C’est plus reposant !

Dans nos terres qui sont très souvent argileuses, et qui ont tendance à devenir compactes si on ne les aère pas, enfouir de la matière organique et du bois en putréfaction vous permettra seulement d’obtenir du charbon dans un millions d’années.

Beaucoup réalisent des buttes façon Forrer qu’ils appellent butte de permaculture… Mais ils ne connaissent pas grand-chose aux mécanismes du sol et de la fertilité. Ils réalisent des buttes bourrées de matières organiques sur des terrains déjà fertiles.
La grande bêtise de l’agriculture intensive était de labourer profondément les sols et d’enfouir la matière organique, et les éléments nutritifs hors de portée des racines. La culture sur butte de bois putréfie comment exactement la même erreur, et l’extraordinaire vivacité des plantes sur la butte les premières années tiens simplement au fait que la terre arable a été aérée qu’elle est donc plus chaude et perméable. Mais après quelques années de tassement, on obtient un sol qui s’acidifie et on ne peut pas avoir de décomposition de la matière végétale en profondeur parce qu’il faut de l’oxygène.
La matière organique tombe sur le sol puis est transformée en humus par les organismes de surface avant d’être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines pour nourrir les plantes. Mais quand les éléments nutritifs sont déjà dans les profondeurs du sol, ils sont entraînés par les eaux encore plus profondément dans le sol, hors d’atteinte des racines des plantes !

La butte de culture, cette technique agricole ancestrale et universelle pour cultiver les zones humides est un pur produit du bon sens paysan, détournée aujourd’hui par l’ignorance et ses croyances. Si le bois est enfoui à 40 cm et plus, arrive très vite à l’anoxie car la structure du sol n’est jamais grumeleuse sur une telle épaisseur, il serait intéressant de faire des analyses du Ph dans des buttes assez anciennes, et ainsi prouver de façon scientifique que cette méthode tend à rendre le sol stérile par un Ph trop acide.