Les fainéants de la butte

J’ai eu l’occasion d’expérimenter la culture sur des buttes composées de bois en putréfaction dans deux conditions très particulières, pour lesquelles cette technique pouvait avoir un certain intérêt :

Dans le cadre d’un projet d’aide au retour à l’autosuffisance alimentaire en zone tropicale humide, nous voulions réutiliser une clairière dont le sol nous paraissait riche, mais qui était encombrée d’arbre en voie de putréfaction. D’autre part, notre souhait était d’installer, à proximité du village, des cultures sur un sol qui, à force des pratiques culturales (cultures sur brulis) et des éléments climatiques, était devenu pauvre et minéralisé.

Nous avons donc nettoyé la clairière et transporté ces arbres pourris près du village. Une fois alignés, ils ont été recouverts de diverses couches de matière végétales, de déchets putrescibles, et de terre végétale tirée des forêts avoisinantes.

Les cultures alimentaires réalisées sur ces buttes ont prospéré grâce au climat chaud et humide, et leur taille réduite a autorisé la continuité du processus de décomposition de la matière organique. Après quelques années les buttes avaient disparues, mais la parcelle autre fois inculte produisait en abondance de beaux et bons légumes, tandis que dans la clairière, les légumes racines traditionnels avaient remplacé la friche.

Dans le cadre de la valorisation de marais envahis par la forêt primaire, l’abattage de ces arbres envahisseurs a permis de concevoir des îlots sur lesquels de la manière végétale a été apportée, sur laquelle nous avons étendue la vase en creusant des canaux autour des îlots.  Dans ce projet, nous n’avons rien inventé : c’est ainsi que se sont créés les hortillonnages et tous les jardins flottant de la planète.

Comme on le voit, la technique de la butte sur bois pourris est utile, parfois, dans des situations très particulières, et parfois extrêmes.

Dans le dernier quart du XXème siècle, des hippies convertis au jardinage, mais ayant conservé la fainéantise comme principal défaut, ont « inventé » une nouvelle manière de ne pas travailler la terre, qui, plus tard a été nommée « permaculture ».

La principale philosophie de cette façon de jardiner est qu’elle plaît aux fainéants et aux derniers de la classe qui considèrent un ouvrage d’agronomie comme un livre tendancieux. Pourtant, même en agriculture naturelle, les principes de l’agronomie restent exacts, et il est nécessaire de les connaître pour comprendre le sens de nos actions et leur impact sur le domaine dont nous avons la responsabilité et son environnement.

Emilia Hazelip faisait par­tie de groupes Hip­pies en Ca­li­for­nie dans les an­nées 70. Inspirée par le travail du microbiologiste japonais Masanobu Fukuoka et surtout après avoir lu son livre La révolution d’un seul brin de paille, Emilia Hazelip réussit à transformer les enseignements de Fukuoka, en les adaptant à la culture occidentale et aux conditions climatiques locales, elle s’est installée en Provence au début des années 1960.
Elle a passé sa vie à chercher un moyen de se rapprocher de la nature et elle est surtout connue pour avoir développé l’agriculture synergique après avoir étudié différentes méthodes d’agriculture naturelle dans une démarche holistique. Contrairement à Fukuoka, Emilia Hazelip a concentré son attention à l’entretien des légumes et des herbes du jardin potager.
Emilia Hazelip a également, involontairement, été utilisée pour répandre la permaculture comme idéologie en France, sauf que les derniers de la classe qui dormaient pendant ses interventions ont simplement conservé en mémoire ce qu’ils ont vu et compris, entre deux périodes sous l’influence des psychotropes.
Du jardin d’Emila Hazelip, entre deux pétards, ils n’ont retenus que ces quelques buttes dans une partie humide de son domaine et en ont fait un credo.
Le jardin d'Emilia
Phillip Forer est un autre de ces grands responsables de cette ineptie qu’est la culture sur butte de bois putréfié, qu’il a érigé en règle d’or dans son Jardin du Graal  où il prétend des récoltes spectaculaires depuis quarante ans.

Selon lui, cette technique est extrêmement simple à mettre en pratique, totalement gratuite et respectueuse de l’environnement.
Elle permet d’obtenir un sol riche, de ne pas utiliser d’engrais ni pesticides et herbicides, et de ne pas arroser.
Elle ne demande qu’un effort physique de quelques heures pour obtenir selon lui une terre riche pour une quinzaine d’années.

Les véritables conséquences de la butte sur bois putréfié.

Faire des buttes pour assainir un marais, est historiquement connu depuis que l’homme cultive la terre.

Faire des buttes en zone sahélienne aride pour lutter contre la sécheresse peut être utile.

Faire des buttes en zone tropicale humide pour régénérer un sol minéralisé, nous l’avons plus haut, et une bonne chose.

Mais faire des buttes chez nous, en climat tempéré avec des sols riches, et souvent argileux, il faut vraiment avoir envie de se casser les reins pour rien, et surtout, c’est contre productif.

Les buttes, c’est beaucoup de travail. Alors pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple en déposant la matière organique à la surface… C’est plus reposant !

Dans nos terres qui sont très souvent argileuses, et qui ont tendance à devenir compactes si on ne les aère pas, enfouir de la matière organique et du bois en putréfaction vous permettra seulement d’obtenir du charbon dans un millions d’années.

Beaucoup réalisent des buttes façon Forrer qu’ils appellent butte de permaculture… Mais ils ne connaissent pas grand-chose aux mécanismes du sol et de la fertilité. Ils réalisent des buttes bourrées de matières organiques sur des terrains déjà fertiles.
La grande bêtise de l’agriculture intensive était de labourer profondément les sols et d’enfouir la matière organique, et les éléments nutritifs hors de portée des racines. La culture sur butte de bois putréfie comment exactement la même erreur, et l’extraordinaire vivacité des plantes sur la butte les premières années tiens simplement au fait que la terre arable a été aérée qu’elle est donc plus chaude et perméable. Mais après quelques années de tassement, on obtient un sol qui s’acidifie et on ne peut pas avoir de décomposition de la matière végétale en profondeur parce qu’il faut de l’oxygène.
La matière organique tombe sur le sol puis est transformée en humus par les organismes de surface avant d’être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines pour nourrir les plantes. Mais quand les éléments nutritifs sont déjà dans les profondeurs du sol, ils sont entraînés par les eaux encore plus profondément dans le sol, hors d’atteinte des racines des plantes !

La butte de culture, cette technique agricole ancestrale et universelle pour cultiver les zones humides est un pur produit du bon sens paysan, détournée aujourd’hui par l’ignorance et ses croyances. Si le bois est enfoui à 40 cm et plus, arrive très vite à l’anoxie car la structure du sol n’est jamais grumeleuse sur une telle épaisseur, il serait intéressant de faire des analyses du Ph dans des buttes assez anciennes, et ainsi prouver de façon scientifique que cette méthode tend à rendre le sol stérile par un Ph trop acide.

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4 réflexions au sujet de « Les fainéants de la butte »

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