La permaculture, maladie infantile du jardinage naturel

La permaculture s’est imposée ces dernières années comme le concept de jardinage préféré des bourgeois bohèmes écologistes et des paresseux.

Les élèves turbulents, les fainéants, les derniers de la classe, en fait, ont laissé émerger l’idée que la nature peut subvenir seule à leurs besoins, et qu’il leur suffira de récolter ses bienfaits. Pour cela, ils se prévalent de la philosophie de Massanobu Fukuoka (dont on peut se demande s’il ont seulement ouvert un des livres). La médiacratie ordinaire, où de pseudo-journalistes, en mal d’idée, se contentent de copier des choses déjà écrites par ailleurs, a fait le reste. Les préceptes des mauvais élèves pourraient apparaître de nos jours comme l’exemple à suivre dans la pensée dominante écologiste moderne.

L’une de ces idées largement répandues semble inspirée du titre d’une de mes publications des années 1980 comme quoi, il ne faudrait plus travailler la terre. Or, Le Non-Travail du Sol était une boutade, pour marquer les esprits de l’époque qui imposaient le labour profond, et le bêchage des jardins selon la méthode à deux fers de bêche, qui consistait à enfouir la couche superficielle de terre riche en bio-éléments et en oxygène, et remonter à la surface la terre minérale anaérobie. Une parfaite stérilisation du sol !

J’expliquais toutefois dans cette plaquette (jugée subversive à l’époque) qu’il fallait remplacer les labours par un travail vertical du sol, soit par des outils à dents (cultivateur), soit par un labour superficiel avec des rotobêches.

Mais quand on est paresseux, on se contente de lire le titre d’un livre, sans même en lire la moindre ligne. En cela, ils pratiquent ce que Masanobu Fukuoka désignait comme Agriculture Sauvage Pure qui met en pratique le « non-agir » et qui conduit directement toute exploitation agricole menée ainsi à une reforestation en l’espace d’une quinzaine d’année, car quand la nature reprends ses droits, c’est la forêt primaire qui réapparaît.

Agriculture Sauvage Pure

L’idée que la nature serait une grande pourvoyeuse de ses bienfaits aux plus paresseux d’entre nous, et que le non agir permet des récoltes extraordinaires est une vue étroite de l’esprit de ceux qui, derniers de la classe, se sont endormis pendant qu’on leur expliquait le travail lié nécessaire à toute activité de jardinage.

Désormais, de nombreux amateurs qui n’ont lu, ni Rudolph Steiner, ni Masanobu Fukuoka, qui ne connaissent pas Maria Thun et aucun des pionniers de ces méthodes culturales, ne comprennent pas qu’elles sont étroitement liées à une philosophie et une approche globale du domaine. On applique donc des méthodes culturales sans en connaître le fondement, comme on utiliserait une recette de cuisine qui ne donnerait aucune proportion des divers éléments qui la compose.

Il s’en suit un certain nombre de déconvenues, c’est tout à fait logique.

Dans quelques jardins, les mulots et rats taupiers, attirés par les reliefs de cuisine laissé dans le composteur en plastique mangent toute les récoltes, dans d’autres jardins, la butte a fini par stériliser le sol, absorbant toute l’énergie de la biomasse dans une désespérée tentative de décomposer le bois qui la compose.

C’est ce qu’on appelle la pédagogie de l’échec !

Le jardinier débutant qui ne prends pas le temps de cultiver suffisamment son esprit pour s’imprégner de l’expérience des pionniers qui, depuis plus d’un siècle ont fait leur propre expérience, émaillée d’échecs cuisants, mais aussi couronnées de succès éclatants, ce jardinier-là, donc, va au devant de déceptions. Ces pionniers, dont la plupart sont aujourd’hui disparus, nous ont laissé le fruit de leurs recherches. Le jardinage respectueux de la nature n’est pas une suite de recettes, de techniques à appliquer sans réfléchir.

Le jardinage naturel commence par une longue période d’observation qui dépends du degré de connaissances, de l’apprentissage qui a été fait en matière d’agronomie et de botanique.

Puis viendra le temps des expérimentations, à comprendre comme telles : on ne maîtrise pas une science exacte en milieu naturel, on expérimente des techniques, liées à une façon de comprendre son milieu, et que l’on pense adaptées à notre situation.

C’est pourquoi celles et ceux qui se lancent, sans chercher à comprendre, dans les idées véhiculées par les tenants de ce qu’ils appellent la permaculture, vivent ce temps comme les enfants vivent la période des maladies infantiles. C’est un passage (qui n’est pas obligé) entre l’apprenti sorcier de la nature, et l’adulte qui a acquis la connaissance subtile de la nature qui entoure son domaine.

Parce que le domaine que l’on cultive évolue, au fil des saisons, des ans, de la perception que l’on a de l’espace, l’idée même de culture permanente est une hérésie infantile… qui même au retour de la forêt primaire dans tout domaine « cultivé » dans l’esprit du « non-agir ».

Le Jardin du Non-Agir

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6 réflexions au sujet de « La permaculture, maladie infantile du jardinage naturel »

  1. Merci, merci pour ce texte qui résume à 100% ce que je pense et que j’essaie, malheureusement sans succes de faire passer à de nombreuses personnes autour de moi… mais comme la plupart de ses souvent « néo-ruraux » ont un savoir absolu des choses de la terre et oublie que le jardinage est affaire d’amour, de compréhension et d’entraide au sain d’une union qui fait la force du don de soi et d’une récompense plus puissante que la vie elle-même…Āmyn

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  2. Merci également pour cet article auquel j’adhère complètement. Je suis un « néo-rural » et je pense qu’il faut se méfier des méthodes dites toutes simples qui sortent comme des buzz sur internet. Cultiver la terre demande une longue période d’observations, de tests et d’échecs. Il faut aimer travailler et comprendre la terre. Par contre, vos articles auraient plus de finesse si vous n’injuriez pas ceux qui, déçus par la permaculture, décident tout de même d’aller plus loin et de lire vos articles… J’ai été un dernier de la classe et je ne vois pas en quoi cela me détermine comme fainéant maintenant ou me rend incapable de penser par moi-même. Bien à vous.

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  3. Maraîcher biodynamique et formateur en BPRea, ça fait du bien de lire ça.
    J’ai tendance également à me battre contre les utopistes de la permaculture et triste de voir le mur qu’ils se prendront bientôt, car tout de même je veux les aimer. Comme toutes personnes qui veut retourner à la terre, il faut encourager mais prévenir aussi que la nature aussi généreuse qu’elle soit ne fais pas de cadeaux.
    La Terre demande des Efforts comme L’Éveil!!!

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  4. Merci pour cette mise au point éclairante qui s’écarte totalement du dogmatisme imbécile de charlatans incultes (de vrais permaculteurs) qui laissent espérer monts et merveilles avec des solutions toutes faites et dispensent leur pseudo savoir à des naïfs qui croient au miracle et qu »en 3 jours, au prix d’un effort financier conséquent,ils en sauront plus que « ces paysans ignorants qui les empoisonnent »
    La Nature ne fait pas de cadeaux. Elle est indifférente à toute imprécation, elle continue son oeuvre sans états d’âme et se rebiffe quand on la maltraite mais ne promet rien en échange de bons procédés. Certains disciples de la permacuture qui s’expriment sur le site de Kokopelli ont « tout bien » et se désolent de voir les maladies et les insectes ravager leurs jolis arrangements : c’est le manque d’humilité de ceux qui pensent avoir tout appris comme les touristes Américains ou Japonais qui »font » l’Europe en une semaine !
    Le mieux est l’ennemi du bien : les acharnés de la lasagne, les enthousiaste de la culture en buttes s’exposent à de sévères déconvenues. Ne serait-ce que les caprices de la météo….

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