Du compagnonnage des plantes

L’expression « cultures associées » est de Gertrud Franck, qui était la responsable du grand potager de la ferme d’Oberlimpurg dans le Bade-Wurtemberg.

Sur l’enseignement que j’ai reçu, selon ces indications, j’ai commencé, dès les années 80, à cultiver des plantes associées entre elles, en rangées bien alignées, côte à côte, et cela avec un certain succès.

Par la suite, j’ai mêlé plus intimement mes associations dans des plantes où deux, rarement trois, variétés de plantes différentes étaient cultivées dans la même planche bien rectangulaire, bordée d’allées d’herbes tondues.

Aujourd’hui, j’ai bousculé les lignes afin de sortir du rang, et les planches de cultures sont déjà un lointain souvenir. De la façon dont je cultive désormais, je ne peux plus guère parler de cultures associées, dans le sens clairement défini par G. Frank, et j’aime plus à définir cette façon de cultiver par du compagnonnage de plantes.

La première fois que j’ai vu un tel jardin, c’était au Japon, chez Masanobu Fukuoka et son fils. Dans la paille poussait une véritable forêt vierge de légumes d’une étonnante variété sur un même espace.

Dans mon cheminement personnel, parvenir à un résultat comparable est devenu, au fil du temps, comme une évidence.

Pour cela, il était donc nécessaire, dans un premier temps, oublier tous les préceptes que l’on m’avait enseigné ces vingt dernières années lors des formations à l’agriculture biologique ou la la biodynamie.

Si l’association des plantes selon leurs affinités permet d’organiser la rotation des cultures, de lutter contre les agents parasites. L’association des cultures potagères permet donc d’optimiser l’occupation de l’espace : c’est l’architecture du potager qui est définie et structurée par les associations de plantes.

Dans mon jardin, l’architecture n’est même plus dictée par des jeux d’associations, car j’ai réduit les partenariats intimes, pour que le compagnonnage des plantes devienne la norme. Le domaine est devenu une grande culture associée ou arbres, arbustes, lianes, herbes et fleurs annuelles ou vivaces, légumes et bulbes poussent ensemble.
Si j’ai délimité l’espace entre le potager et le jardin d’ornement, c’est la même philosophie qui prévaut, et les fruitiers et légumes s’échappent du potager où les fleurs ont une place de choix.

En procédant ainsi, j’ai réduit de moitié la surface des cheminements dans les cultures vivrières.

L’occupation du sol est également optimisée par un échelonnement des cultures sur un même emplacement, avec parfois trois ou quatre plantes qui cohabitent car les ont un rythme différent, des besoins qui ne les mettent pas en concurrence, des périodes de production décalées, et que, bien souvent elles s’apportent des bienfaits les unes aux autres.

Les principales raisons de favoriser le compagnonnage des plantes, tant au potager qu’au jardin d’ornement :

  • Mieux profiter de l’azote puisé dans l’air par les espèces appartenant à la famille des légumineuses (haricot, pois, fève, trèfle,…) et qui est libéré dans le sol au fur et à mesure de la décomposition des racines.
  • Bénéficier de l’effet protecteur (face aux maladies) ou répulsif (face aux ravageurs) de certaines espèces. Dans les cultures associées, on se limitera à ne cultiver ensemble que des espèces qui se stimulent mutuellement ou qui au moins ne se gênent pas, dans le compagnonnage, cette limite disparaît
  • Profiter de l’influence bénéfique que certaines espèces végétales ont sur d’autres, grâce aux substances excrétées par leurs racines, ou aux huiles essentielles qu’elle dispersent dans l’air.
  • Mieux occuper l’espace en associant des espèces à cycle court et des espèces à cycle long.
  • Mieux utiliser le sol qui sera dès lors plus productif.
  • Mieux couvrir le sol de façon à le rendre moins facilement accessible aux herbes indésirables.

Les plantes riches en essences répulsives sont aussi souvent des plantes antiparasitaires. Il s’agit la plupart du temps d’herbes et de fleurs fortement aromatiques, utilisées de toute façon en cuisine ou au jardin. Les aromatiques ont toutes un pouvoir répulsif sur les nuisibles. Entre autre intérêt, leurs racines diffusent des substances repoussantes pour les nématodes (nuisibles notamment aux tomates). Le thym est aussi réputé pour éloigner les limaces. Les seules exceptions, le fenouil et l’absinthe sont à utiliser à l’extérieur de la zone potagère. Car elles ont toutefois une action repoussante sur la piéride du chou.

Profitez de l’odeur fortes des aromatiques à feuillage, ainsi que des Alliacées (ail, échalote, oignon, poireau) pour créer des confusions olfactives qui perturbent les ravageurs : disséminez ces plantes entre les cultures (surtout carotte, chou, tomate).
Par exemple, nous semons à la volée de l’aneth partout dans le jardin. Filiforme, elle ne concurrence aucune autre plante, son parfum puissant déroute les insectes prédateurs qui s’en vont plus loin dans les jardins du voisinage, enfin, ses graines sont indispensables à la production des cornichons molossol pour l’hiver.

L’association de cultures permet aussi de lutter contre certaines pestes. Ainsi, en lutte biologique contre les taupes, certaines plantes s’avèrent efficaces grâce à l’odeur de leurs racines telle l’euphorbe épurge (Euphorbia lathyrus) ou encore la couronne impériale (Fritillaria imperialis) qui a des racines toxiques qui s’étendent jusqu’à deux mètres du bulbe. Planter ces espèces à proximité du potager permettra d’éviter le passage des taupes…

Pour éviter la prolifération des herbes que l’on dit « mauvaises », il est conseillé, dans la mesure du possible, de planter entre les cultures désirées des cultures ayant plus une fonction de couverture du sol et d’engrais vert. Semé assez serré en juin, le sarrasin par exemple, étouffe les mauvaises herbes et, grâce à son enracinement très profond, rend le sol grumeleux. Capable d’absorber le phosphore sous une forme non assimilable par les autres plantes et d’accumuler le calcium, il constitue aussi un excellent engrais vert à retourner dans le sol.

Plantes compagnes

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